Un couple de Hollandais sillonne la France en roulotte : « L’idée de retrouver une vie normale, c’est impossible pour nous »

Un couple de Hollandais vient de poser son tracteur et sa remorque à Beauvais. Une petite halte pour ces voyageurs d’un autre genre. Ils ont décidé de tout quitter pour partir sur les routes à la rencontre de l’inattendu. Une vie de bohème choisie et assumée.

« Nous verrons où le vent nous mène« , une maxime que Paul et Patricia appliquent à la lettre. Depuis cinq ans, ce couple de Hollandais voyage au gré de ses envies, à bord d’une roulotte, remorquée par un… tracteur. Une maison mobile qu’ils ont entièrement construite et façonnée à leur image. De la Hollande à la Creuse, en passant par l’Espagne, ils se sont posés quelques jours en Picardie.

Un couple de Hollandais voyage depuis cinq ans sur les routes de France et d’Espagne, au gré de leurs envies, sur un tracteur et une remorque aménagée en maison.

© Pascal Lavenet

En 2021, Paul et Patricia vendent leur maison, quittent leur travail et décident de se lancer dans l’aventure. Paul, 57 ans, était agent de police puis enquêteur en Hollande. Il abandonne l’uniforme et change de vie lorsqu’il apprend la maladie de sa femme. « Patricia est tombée malade d’un cancer. Elle a suivi des soins puis elle ne supportait plus les hôpitaux et m’a dit : Je préfère vivre. Nous avons donc décidé de tout quitter et de profiter du temps qui nous reste.« 

Ils achètent un tracteur et une remorque pour chevaux et construisent petit à petit leur maison sur cette base, avec l’aide d’amis. Une étonnante tiny house roulante de 7 mètres de long et 2,20 mètres de large. À l’avant, une petite terrasse fleurie et un poulailler avec ses deux poules et son coq. À l’intérieur, le couple a aménagé un coin cuisine salon et une petite chambre dans cet espace d’environ 12 mètres carrés. Paul a installé un système d’eau courante qu’il alimente grâce à trois réservoirs d’eau et une douche solaire extérieure. L’hiver, ils se chauffent au bois.

Le couple s’est aménagé une cuisine au gaz, un petit salon et un coin chambre dans la remorque où ils vivent hiver comme été.

© Paul et Patricia

Depuis la Hollande, ils ont fait du chemin, avec leur chienne Luna, décédée pendant le voyage. « Nous sommes allés en Belgique, puis en France, à Orléans, puis la Loire, la Creuse et dans le Sud-Ouest, nous sommes restés longtemps. Ensuite nous sommes allés en Espagne et on est retournés en France », explique Paul avec un charmant accent néerlandais. Un périple de plusieurs années à la vitesse de 15 km/h. « Nous avons le temps », sourit Paul, « Nous ne savons jamais qu’elle sera notre prochaine étape. On suit le vent. » Une brise qui les a emmenés quelques jours à Beauvais, par hasard. Ils sont installés sur une aire de camping-car. Un stationnement inhabituel pour eux, qui préfèrent faire du camping sauvage.

Le couple a fait le choix de cette vie totalement indépendante et sans contrainte, pour être libre mais ils ont dû affronter les doutes. « Avant de partir, on a surtout pensé aux problèmes d’une telle vie. Le système te laisse penser que tu ne peux pas vivre comme ça, que c’est difficile et dangereux mais la réalité est plus belle que les rêves« , insiste Paul. Pour subvenir à leurs besoins, Paul propose ses services dans les fermes, les campings, les jardins.

De cette vie de bohème, il retient surtout les rencontres « faciles et incroyables ». « En France surtout, les gens sont très accueillants. Au moins 10 personnes par jour viennent nous voir pour nous parler, nous questionner. Ils sont toujours très émus par notre choix. Et les discussions peuvent être très vite intimes. Les gens se confient facilement, certainement parce qu’ils savent que nous ne resterons pas longtemps. Nous n’avions jamais eu ce type de relation lorsque nous avions une stabilité, un travail, une vie tracée. » Ces rencontres sont furtives, quelques jours, mais les traces restent sur les murs de la roulotte. De petits mots laissés à la postérité et surtout à Paul et Patricia en guise de souvenir : « Si tu ne sais pas où tu vas, tu ne peux pas te perdre« , ou « L’aventure est dangereuse, la routine mortelle. »

Des mots d’encouragement, d’amitié sont inscrits sur le côté de la remorque par les personnes que le couple rencontre.

© Paul et Patricia

Au gré de leurs déplacements, le couple croise des personnes avec qui ils n’auraient imaginé partager un moment. « En Espagne, nous avons vécu six semaines avec un groupe de sans domicile fixe, des gens qui vivaient totalement en marge de la société, dormaient sous des tentes. C’était surprenant. Ils ont tout partagé avec nous et nous ont donné beaucoup d’amour. Et puis, nous avons rencontré des châtelains. Ce sont des expériences très intéressantes. » Le couple garde parfois contact avec ses nouveaux amis. Ils se revoient parfois. « L’idée de retrouver une vie normale avec un travail et une maison, c’est impossible pour nous. »

Le couple reprend la route dans quelques jours. Mais ils ne savent pas encore quel sera leur prochain arrêt car, pour eux, « L’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage« , selon la célèbre formule de Robert Louis Stevenson, écrivain et grand voyageur.


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