Une résidente de Caraquet, dont la sœur a été grièvement blessée au Québec par un homme en situation d’itinérance originaire de Saint-Jean, interpelle Susan Holt et plusieurs ministres au sujet de l’itinérance, de la pauvreté, des dépendances et de la santé mentale au Nouveau-Brunswick.
L’incident dont il est question est survenu mardi soir dernier dans le secteur du séminaire Saint-Joseph, une école secondaire située en plein cœur de Trois-Rivières, au Québec.
«Une septuagénaire se trouve présentement dans un état critique après avoir été happée par une camionnette volée sur le terrain d’une école secondaire de Trois-Rivières», a indiqué le Service de police de Trois-Rivières au lendemain de l’incident.
Gregory Leaman, âgé de 42 ans, a comparu en milieu de semaine dernière au palais de justice de Trois-Rivières.
L’homme originaire de Saint-Jean et qui est sans domicile fixe devait subir au Centre régional de santé mentale du CIUSSS MCQ à Shawinigan une évaluation afin de déterminer son aptitude à comparaître.
Il fait face à des accusations de conduite dangereuse causant des lésions corporelles, vol de voiture, conduite avec les facultés affaiblies par la drogue causant des lésions corporelles, d’introduction par effraction et d’omission de s’arrêter à la suite d’un accident ayant causé des lésions corporelles.
Selon des informations de la police, le suspect aurait effectué plusieurs manœuvres dangereuses avant l’impact.
Des témoins de la scène sont rapidement intervenus afin de porter assistance à la victime avant son transport vers un centre hospitalier.
Il se serait ensuite introduit par effraction dans une résidence privée, où il a finalement été arrêté par des patrouilleurs.
«Je ne donnerai pas beaucoup de détails, mais sachez simplement que mon frère est hospitalisé en psychiatrie et que nous faisons tout notre possible pour qu’il reçoive l’aide dont il a besoin. Il a été impliqué dans une affaire grave….», a déclaré Tim Leaman, le frère de l’accusé, tout en souhaitant des jours meilleurs à la victime, à sa famille et à la sienne.
Une famille ébranlée
Dans une lettre adressée jeudi à la première ministre Susan Holt ainsi qu’à plusieurs ministres, Anne-Marie Jourdain a voulu faire part de la tragédie qui a bouleversé sa famille et qui, selon elle, démontre l’urgence d’agir face à différents enjeux sociaux.
«Comme citoyenne du Nouveau-Brunswick, je suis consciente que de nombreuses personnes vivant dans la rue souffrent de dépendances, de problèmes de santé mentale ou d’une grande précarité. Elles méritent compassion, soutien et accès à des services adaptés. Cependant, les événements que nous traversons démontrent également que l’absence de ressources suffisantes peut avoir des conséquences dévastatrices pour les personnes en difficulté comme pour l’ensemble de la population», peut-on lire dans le document dont l’Acadie Nouvelle a obtenu copie.
L’auteure de la lettre se dit préoccupée par le contexte social qui prévaut actuellement, citant la récente vague de surdoses dans la région de Moncton et la note globale d’échec (F) en matière de lutte contre la pauvreté attribuée la semaine dernière au Nouveau-Brunswick par l’organisme communautaire Banques alimentaires Canada.
«Ce constat alarmant reflète les difficultés croissantes auxquelles font face de nombreuses familles concernant le coût de la vie, l’accès au logement, la sécurité alimentaire et le soutien aux personnes vulnérables. Ces indicateurs démontrent que les problèmes de pauvreté, d’itinérance et de dépendances sont intimement liés et nécessitent une réponse gouvernementale forte et coordonnée», écrit Mme Jourdain dans sa missive.
Cette dernière a indiqué ne pas encore avoir eu de réponse de la part des cinq élus contactés, à l’exception de sa députée, la ministre Isabelle Thériault.
Même si sa sœur se trouve dans un état critique, sous coma artificiel, après de nombreuses blessures et fractures, et qu’elle vit dans l’angoisse de ne pas savoir ce que l’avenir réserve, Anne-Marie Jourdain fait montre d’une grande empathie envers le suspect dans cette affaire.
Elle refuse de se laisser envahir et détruire par des sentiments de vengeance et de justice.
«Il se passe quelque chose de terrible dans notre province, et partout au Canada. Le problème, ce n’est pas les itinérants, c’est qu’on ne donne pas assez de services à des gens qui sont en train de souffrir et qui vont éventuellement commettre des actes comme ce qui s’est passé avec ma sœur», a déclaré Mme Jourdain dans un entretien accordé à l’Acadie Nouvelle une semaine après le drame.
«Je suis une militante de la justice sociale avec le Comité des 12 depuis plus de 15 ans et gravite autour des soins médicaux. Je ne suis pas une personne qui va, par exemple, demander des peines plus lourdes et être de ce côté-là du spectre. Mais n’empêche que c’est grave ce qui s’est passé et que cet homme-là a des antécédents criminels», a-t-elle ajouté.
Si elle admet sans détour qu’il n’existe pas de solution miracle à ces problèmes sociaux, Mme Jourdain a formulé certaines recommandations au gouvernement, comme d’augmenter l’accès rapide aux services de traitements des dépendances, renforcer les services de santé mentale partout dans la province et créer davantage de logements supervisés et de ressources de transition.
Elle dit également souhaiter une meilleure collaboration entre les services de santé, les organismes communautaires et les forces de l’ordre et des investissements dans la prévention afin de réduire les situations à haut risque pouvant mener à des tragédies.
«Il n’y a pas de solutions simples à des problèmes complexes, je suis très consciente de ça. Mais il manque de services, de main-d’œuvre et d’argent. En fait, il manque de solutions pour aider ces gens-là», a affirmé en cours d’entrevue celle qui est psychologue de formation et qui se dirigera à Trois-Rivières bientôt pour aller au chevet de sa sœur.
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