VIDEO. Grève des AESH devant le rectorat de Martinique : ces accompagnants d’élèves en situation de handicap dénoncent leur précarité
Parmi les principales revendications des AESH figurent la création d’un véritable statut dans la fonction publique, une revalorisation salariale et un meilleur accès à la formation.
Sur place, les accompagnants lèvent le voile sur les difficultés quotidiennes auxquelles ils font face :
« J’accompagne un élève autiste neuf heures par semaine. C’est un enfant qui peut faire des crises et qui demande une attention particulière. En parallèle, je suis également trois autres élèves. Au total, j’en accompagne quatre. »
Nicaise, AESH à l’école primaire du Gros-Morne
« Une journée difficile, c’est quand les élèves qui ont des problèmes de comportement, troubles autistiques, vraiment qui sont très agités et qui prennent notre énergie pour toute la journée. Certains mordent, certains tapent, ils peuvent aussi tirer les cheveux, voltiger les tables et les cahiers, tout le matériel, courir hors de la classe. »
Dina, AESH · ©Martinique La Première
Un manque de moyens dénoncé sur le terrain
Présente lors du rassemblement, une enseignante, ancienne AESH, a tenu à témoigner des difficultés rencontrées quotidiennement dans les établissements scolaires.
« Aujourd’hui, nous manquons de moyens humains et matériels. Avant, il existait des classes d’inclusion où les élèves en situation de handicap étaient regroupés avec un enseignant spécialisé. Depuis la loi de 2005 sur l’école inclusive, ces élèves sont scolarisés dans les classes ordinaires avec un accompagnement assuré par les AESH. Mais les moyens accordés ne correspondent pas toujours aux réalités du terrain », explique-t-elle.
Selon elle, de nombreux accompagnants ne bénéficient pas des formations nécessaires pour exercer leur mission dans de bonnes conditions.
« J’ai récemment échangé avec une collègue en poste depuis un an qui n’a toujours reçu aucune formation alors qu’elle accompagne des élèves atteints de troubles du spectre autistique. Les AESH sont pourtant nos partenaires au quotidien dans les classes. Leur présence est indispensable pour garantir la sécurité des élèves et le bon déroulement des enseignements. »
L’enseignante souligne également la précarité de la profession.
« Lorsque j’étais AESH, je gagnais environ 900 euros par mois alors que mon loyer s’élevait à 600 euros. J’étais obligée de travailler le soir pour compléter mes revenus. Malgré la fatigue, il fallait revenir le lendemain avec le sourire pour accompagner des élèves qui, sans cet appui, n’auraient pas pleinement accès à l’éducation. L’école inclusive est une belle ambition, mais les moyens ne permettent pas toujours de la mettre en œuvre correctement. »
Une rencontre avec le rectorat
Une délégation a été reçue par l’administration académique au cours de la matinée.
« Nous sommes venus au rectorat pour que l’administration prenne conscience des difficultés rencontrées sur le terrain. Nous savons que les revendications nationales ne se régleront pas à l’échelle du rectorat de Martinique. En revanche, il était important que certaines réalités locales soient entendues. De ce point de vue, les échanges ont été constructifs. »
Carl Toussaint, secrétaire général du SE-UNSA Martinique
Une profession indispensable mais de moins en moins attractive
Les AESH interviennent chaque jour dans les écoles, collèges et lycées afin de favoriser la scolarisation des élèves en situation de handicap.
Au niveau local, des pistes d’amélioration auraient été évoquées, notamment la mise en place de formations communes entre enseignants et AESH afin de renforcer les compétences de chacun et de mieux faire connaître le rôle de ces accompagnants auprès des personnels, des parents et des élèves.
Mais la question salariale demeure centrale. Rémunérés au Smic, les AESH peinent à attirer de nouveaux candidats. En Martinique, leur nombre est passé de 720 à 637 en un an.
À l’échelle nationale, près de 130 000 AESH exercent aujourd’hui. Un personnel devenu indispensable au fonctionnement de l’école inclusive, mais qui continue de réclamer davantage de reconnaissance et de moyens.
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