La France a gelé pour six mois les fonds et ressources économiques de Xenia Fedorova, ancienne dirigeante de RT France, selon un arrêté publié au Journal officiel. Cette mesure intervient deux jours après l’adoption d’un arrêté d’expulsion à son encontre.
Un arrêté conjoint des ministres de l’Intérieur et de l’Économie, daté du 30 juillet et publié le 31 juillet au Journal officiel, vise l’ensemble des fonds appartenant à l’ancienne dirigeante de RT France, Xenia Fedorova, ou contrôlés par elle, ainsi que ceux de toute entité agissant pour son compte. Toute mise à disposition de ressources à son bénéfice, directe ou indirecte, est désormais interdite. L’arrêté la désigne sous trois identités : Ksenia Borchik Fedorova, Kseniya Fedorova et Xenia Fedorova.
Ce gel des avoirs n’a rien d’anodin. Il vient compléter un arrêté d’expulsion pris mercredi 29 juillet par le ministère de l’Intérieur. Xenia Fedorova est depuis assignée à résidence et doit se présenter quotidiennement au commissariat. Objectif affiché par Bercy : empêcher la commission de « nouveaux actes d’ingérence ». La mesure s’inscrit dans le cadre du dispositif créé par la loi du 25 juillet 2024 visant à prévenir les ingérences étrangères en France. Le gel est prononcé pour six mois et pourra être renouvelé.
Une « propagandiste » selon l’exécutif
Ancienne patronne de RT France, média d’État russe dont les activités de diffusion ont été suspendues dans l’Union européenne en mars 2022, quelques semaines après le déclenchement de l’invasion russe de l’Ukraine, Xenia Fedorova a depuis poursuivi ses activités dans le paysage audiovisuel français. Chroniqueuse régulière sur CNews et Europe 1, elle signe aussi une rubrique dans l’hebdomadaire Le JDNews.
Vendredi matin sur RTL, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a défendu la mesure, écartant toute atteinte à la liberté d’expression. Il a évoqué un arrêté « très motivé », s’appuyant selon lui sur des propos dans lesquels Xenia Fedorova reprendrait « systématiquement » et « au mot près » la ligne du Kremlin sur la guerre en Ukraine, la position de la France et les raisons de l’invasion russe.
La veille, sur BFMTV, il avait été plus tranchant encore, accusant la chroniqueuse russe de relayer la propagande du Kremlin sur le sol français, dans le but, selon lui, de fragiliser le fonctionnement démocratique du pays.
Le ministre ne s’est pas arrêté à ce seul cas. Il a également cité deux personnalités politiques françaises, Florian Philippot, ancien vice-président du Front national, et Thierry Mariani, membre du Rassemblement national, estimant leurs discours proches de celui de Xenia Fedorova. Il a toutefois reconnu qu’en tant que citoyens français, ceux-ci continueraient à s’exprimer librement.
Du côté de la défense, le ton est à l’indignation. Son avocat, Me Emmanuel Piwnica, dénonce une mesure « manifestement illégale », qui confirmerait selon lui un « acharnement » à l’encontre de sa cliente. Elle ne serait, à ses yeux, « pas mieux justifiée que son expulsion ». Un recours a par ailleurs été annoncé contre l’arrêté d’expulsion.
Canal+ et Lagardère montent au créneau
Les groupes auxquels appartiennent les médias qui emploient Xenia Fedorova n’ont pas tardé à réagir. Dans un communiqué commun publié mercredi, Canal+ et Lagardère ont dénoncé une atteinte « particulièrement grave » à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions, apportant leur plein soutien à leur chroniqueuse.
Le dossier avait également suscité des réactions au Parlement européen avant même l’adoption de ces mesures. En juin, des eurodéputés du groupe centriste Renew avaient réclamé des sanctions européennes contre celle qu’ils qualifiaient de « propagandiste russe notoire », l’accusant de diffuser des récits « grossièrement manipulatoires » sur la guerre en Ukraine et sur l’Union européenne.
Emmanuel Macron avait déjà dénoncé, en 2017, RT et Sputnik comme des « organes d’influence et de propagande ». En juin 2026, il a directement remis en cause le rôle de Xenia Fedorova, affirmant qu’elle avait dirigé une « agence de propagande d’État » russe et que « les choses n’avaient pas changé » depuis.
Le sort de ces mesures reste désormais suspendu aux recours annoncés par la défense. Dans l’intervalle, Xenia Fedorova demeure assignée à résidence, tandis que ses fonds et ressources économiques sont gelés pour six mois.
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