Faire le tour du monde avec ses enfants, une belle aventure qui peut tourner au “désastre”

[Initialement publié le 13 janvier, cet article a été republié le 10 mars 2026.]

Le wordschooling, l’“école autour du monde”, est à la mode. Sur Instagram, le hashtag #worldschooling compte quelque 350 000 publications, relève The Guardian. Une tendance alimentée par l’engouement pour le nomadisme numérique, qui restait jusqu’à tout récemment l’apanage de jeunes professionnels indépendants. Aujourd’hui, note le quotidien britannique, de plus en plus de familles sautent le pas.

Mais le mode de vie des nomades numériques n’est pas toujours aussi agréable qu’il paraît. “Nombreux sont ceux qui évoquent la solitude, le manque de relations sociales et le stress lié à la gestion du travail à travers les fuseaux horaires. Si l’on ajoute à ça la nécessité d’assurer l’éducation et l’instruction des enfants, le rêve peut sembler plus intimidant qu’idyllique.”

Le nomadisme numérique étant un phénomène relativement récent, on sait peu de choses sur ses conséquences sur les enfants. Mais une étude publiée dans la revue JAMA Psychiatry montre que les adultes ayant beaucoup déménagé durant leur enfance présentent un risque de dépression plus élevé que ceux qui n’ont pas connu des déménagements incessants. Clive Sabel, chercheur à l’Université de Plymouth et auteur principal de l’étude, souligne l’importance des liens d’amitié, de la vie communautaire et du sentiment d’appartenance. “Le capital social est primordial et un déménagement le perturbe.”

“Voyager vite et longtemps, ça ne marche pas”

Un sentiment partagé par la Néo-Zélandaise Melissa Wiringi, qui voyage avec son mari et leurs quatre enfants depuis 2020. Un mode de vie qui n’est pas facile, prévient-elle. Surtout quand les enfants sont malades, lorsqu’il faut quitter prématurément un pays, faute d’avoir obtenu l’indispensable visa ou quand l’argent mis de côté pour le voyage fond plus vite que prévu.

Le périple de la famille a été ralenti par la pandémie, qui les a contraints à prolonger leur séjour au Vietnam. Une pause bienvenue de dix-huit mois dans un village au bord de la mer où ils ont noué des liens avec d’autres familles. “Voyager vite et longtemps, ça ne marche pas : c’est épuisant pour les parents comme pour les enfants. L’aventure peut vite tourner au désastre si l’on est sans cesse en mouvement.” L’épisode les a convaincus d’adopter un rythme plus lent.

Trouver un équilibre entre les études des enfants, le travail rémunéré et les plaisirs de l’aventure est toujours un défi, confirme Sharon Ward, qui a quitté Dubaï en 2020 pour parcourir l’Asie du Sud-Est, l’Amérique centrale et si possible d’autres régions du monde avec son mari, Mike, et leurs deux filles de 8 et 5 ans. À certains moments, “nous n’avions pas le temps de faire quoi que ce soit d’autre que d’aller d’un point A à un point B, de déballer et de refaire nos valises – et de réfléchir à ce que nous allions manger.”

La plus jeune de leurs filles a du mal à s’adapter aux changements et, au début de leurs aventures, elle piquait une crise de nerfs chaque fois qu’il fallait déménager. “Pour atténuer son stress, nous avons cherché des occasions de nous arrêter et de faire des pauses.” Un périple en voiture à travers la Turquie a été annulé pour permettre à leur fille de se ressourcer. Finalement, la famille s’est installé pour un an (au moins) à Bali.

Selon Clive Sabel, il serait tout de même faux de croire que le nomadisme numérique condamne les enfants à la dépression. Ils ont certes besoin de stabilité, “mais celle-ci peut parfaitement être assurée au sein de la famille”. Le chercheur préfère insister sur la diversité des retours d’expérience qu’il a recueillis de la part d’adultes ayant beaucoup voyagé durant leur enfance. “La moitié d’entre eux disent : ‘C’est la meilleure chose qui me soit arrivée’ alors que les autres affirment : ‘C’était épouvantable !’”

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