Ce mardi 14 avril, les premiers résultats de l’enquête Contexte sexualités France 2023 ont été présentés au CHU de Guyane. Menée à la fois en Guyane, en Guadeloupe, en Martinique et à la Réunion, elle a pris le pouls de 10 529 personnes qui ont répondu par téléphone à des questions sur leur comportement sexuel. Objectif : donner une photographie actuelle qui guidera les politiques de santé publique. La dernière étude de ce type, dans nos territoires, avait été réalisée entre 2011 et 2012.
Lâge du premier rapport
Contrairement aux autres territoires ultramarins et à l’Hexagone, la Guyane ne suit pas la tendance générale de recul de l’âge au premier rapport sexuel. Cette précocité, dont les causes restent à approfondir, selon les chercheurs ayant mené l’enquête, interroge sur les déterminants sociaux, culturels et éducatifs propres au territoire. Elle souligne aussi la nécessité d’intervenir plus tôt en matière d’éducation à la vie affective et sexuelle.
Une situation préoccupante face aux IST
L’enquête met en évidence une tendance : la multiplication du nombre de partenaires, notamment chez les hommes. Cet écart entre hommes et femmes est plus marqué chez nous que dans les autres départements. Ce phénomène joue un rôle clé dans la diffusion des infections sexuellement transmissibles (IST), déjà très présentes sur le territoire.
Par ailleurs, le recours au préservatif reste insuffisant, y compris lors de premiers rapports ou avec de nouveaux partenaires. Chez les 18-29 ans, 72,5 % des femmes et 69,3 % des hommes déclarent avoir utilisé un préservatif lors de leur premier rapport sexuel. Près d’une personne sur deux parmi les 18-89 ans déclare en avoir utilisé un lors du premier rapport avec un nouveau partenaire.En 2023, 76,4 % des femmes et 64,6 % des hommes âgés de 18 à 59 ans déclarent avoir réalisé un dépistage du VIH. Néanmoins, ces niveaux demeurent inférieurs aux recommandations en vigueur au regard de la dynamique des IST sur le territoire.
Des inégalités d’accès à la prévention
L’enquête révèle également plusieurs fragilités structurelles. La couverture vaccinale est insuffisante, notamment contre le papillomavirus (HPV) et l’hépatite B. Par ailleurs, le recours à la contraception est limité : jusqu’à un tiers des femmes concernées n’utilisent aucune méthode de contraception, ce qui a une incidence sur la proportion élevée de grossesses non souhaitées.
Une société en mutation
Comme ailleurs, les jeunes générations en Guyane montrent une diversification des pratiques et des identités sexuelles, avec un éloignement progressif des normes traditionnelles, notamment hétérosexuelles. En Guyane, l’acceptation de l’homosexualité est faible, comme dans les autres départements d’Outre-mer, même si la Réunion se détache un peu.
Le numérique joue un rôle croissant dans les rencontres et la socialisation sexuelle, mais expose aussi à de nouvelles formes de violences, comme la diffusion non consentie d’images intimes. Tous départements confondus : 7,7% des personnes de 18 à 29 ans ayant déjà envoyé une image intime de leur corps déclarent que des photos ou vidéos d’elles ont déjà circulé sans leur consentement
Satisfaction sexuelle
En 2023, la proportion de personnes se déclarant « très satisfaites » de leur vie sexuelle actuelle varie entre 42,5% en Guadeloupe et 55,2% en Guyane et à La Réunion chez les femmes, 37,0% en Martinique et 51,0% en Guyane chez les hommes. Globalement, les femmes se disent plus fréquemment « très satisfaites » de leur vie sexuelle que les hommes. Il y a toutefois une diminution progressive avec l’âge chez les femmes, réduisant l’écart au fil de l’avancée en âge et pouvant traduire un effet de génération.
Chez les hommes, la déclaration de la satisfaction de la vie sexuelle semble être plus élevée chez les hommes plus âgés, avant de décroitre chez les + de 50 ans.
Des violences sexuelles persistantes
Les violences sexuelles concernent une part importante des femmes, y compris en Guyane. Les taux apparaissent globalement stables par rapport aux précédentes enquêtes, mais restent élevés. Les jeunes femmes sont particulièrement touchées : en Guyane, plus d’une femme sur quatre déclare avoir subi une tentative de rapport forcé et/ou un rapport forcé au cours de sa vie, proportion équivalente à ce qui est observé en Martinique et en Guadeloupe.
Des défis spécifiques à la Guyane
Si cette première communication reste très générale, les chercheurs soulignent certaines limites méthodologiques de l’enquête, à commencer par la diversité linguistique qui peut biaiser les réponses. De même, les populations les plus précaires sont sous-représentées et les disparités territoriales internes ne sont pas visibles.
« Pour le moment, c’est encore difficile d’établir de réelles comparaisons avec l’étude menée en 2011-2012 sur les indicateurs de santé sexuelle, indique Astrid Van Melle, responsable d’études au CHU de Guyane. Les comparaisons ne sont pas toujours évidentes avec les données précédentes. Néanmoins, l’idée est d’approfondir sur chacune des thématiques. Là, on a donné les premières tendances. Mais on constate déjà la persistance de difficultés dans plusieurs indicateurs, que ce soit l’usage de la contraception, le recours au préservatif et également la vaccination, notamment sur les IST comme le papillomavirus. »
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