Une future alerte sanitaire ? En Amérique du Sud, le moustique transmettant le paludisme est devenu résistant aux insecticides
Anopheles darlingi transmet le paludisme à des
centaines de milliers de personnes chaque année en Amérique du Sud.
Une vaste étude génomique révèle désormais l’émergence d’un
moustique résistant aux insecticides dans six pays simultanément.
Cette adaptation surprenante pourrait compliquer la lutte contre la
maladie.
Le paludisme sud-américain résiste déjà à plus de 600 000 cas
annuels
Anopheles darlingi est le principal vecteur du
paludisme en Amérique du Sud. L’espèce fréquente des environnements
très variés, des forêts tropicales aux zones minières et agricoles,
couvrant six pays du continent. Malgré son importance sanitaire, sa
biologie évolutive restait mal connue, faute d’outils génomiques
adaptés.
Une étude publiée en mars 2026 dans Science, menée par des chercheurs de la
Harvard T.H. Chan School of Public Health, a séquencé les génomes
complets de 1 094 femelles adultes, prélevées dans 16 sites
répartis dans six pays. C’est la première étude à séquencer plus de
1 000 génomes complets d’Anopheles dans les Amériques. L’ampleur de
l’échantillon a permis de détecter des signaux évolutifs que les
méthodes précédentes ne pouvaient pas révéler.
Comme le rapporte EurekAlert, Jacob Tennessen, chercheur au
département des maladies infectieuses de Harvard, mentionne que la
persistance de la fièvre palustre en Amérique du Sud représente un
risque mondial. Des souches résistantes aux médicaments
antipaludiques pourraient évoluer sur le continent et se propager
ailleurs. Sans séquençage complet d’Anopheles darlingi,
impossible de mesurer l’ampleur de ses adaptations.
Moustique résistant aux insecticides : une pression venue des
pesticides agricoles
Le résultat le plus inattendu concerne la capacité de survie
face aux traitements chimiques. Les chercheurs ont détecté des
gènes d’adaptation en évolution active dans les populations
d’Anopheles darlingi, dans plusieurs pays simultanément.
Cette espèce n’avait pourtant pas subi les campagnes massives de
pulvérisation utilisées ailleurs, notamment en Afrique
subsaharienne, où ce phénomène est bien documenté.
Les chercheurs avancent une explication. L’immunité acquise
observée serait probablement liée aux
pesticides agricoles plutôt qu’aux produits utilisés pour le
contrôle des vecteurs. En Amérique du Sud, l’agriculture intensive
expose les populations de moustiques à des concentrations élevées
de produits chimiques, créant une pression de sélection qui
favorise les individus porteurs de mutations de survie. En quelques
générations, ces mutations peuvent devenir majoritaires dans une
population locale.
L’étude révèle par ailleurs une forte divergence génétique entre
les populations d’Anopheles à travers le continent. Les
insectes de Guyane et du Venezuela présentent des profils
génétiques très distincts. Cette hétérogénéité suggère que les
stratégies de lutte ne pourront pas être uniformes. Une approche
efficace au Brésil ne produira pas nécessairement les mêmes
résultats en Colombie ou au Pérou.
Le risque que des souches résistantes
se propagent au-delà du continent
La diversité génétique observée révèle aussi une capacité
d’adaptation remarquable de l’espèce. Anopheles darlingi
montre des signes clairs d’adaptation locale à des environnements
très différents, des zones forestières aux milieux agricoles
dégradés. Cette plasticité génétique renforce les inquiétudes des
chercheurs quant à la capacité de l’insecte à répondre rapidement à
de nouveaux traitements ou à de nouvelles conditions
climatiques.
Daniel Neafsey, professeur associé à Harvard et auteur
principal, précise que les résultats constituent une base de
connaissances précieuse pour améliorer les méthodes de contrôle de
la maladie. Il insiste pourtant sur la nature fondamentale de la
recherche. Des études complémentaires restent nécessaires avant
toute modification des politiques de santé publique. L’étude
fournit par ailleurs un cadre méthodologique applicable à d’autres
Anopheles présents dans la région.
La résistance aux pesticides représente aujourd’hui l’un des
obstacles majeurs à l’éradication du
paludisme dans le monde. En Afrique, où les campagnes de
pulvérisation et les moustiquaires imprégnées constituent les
principaux outils de lutte, cette adaptation a déjà compromis
l’efficacité des interventions. L’équipe appelle à mettre en place
un suivi génomique continu des populations d’Anopheles
darlingi dans les six pays concernés.
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