Le procès s’est tenu devant un tribunal fédéral de Miami, en Floride. Vendredi 8 mai, les jurés ont déclaré coupables Arcangel Pretel Ortiz, un Colombien de 53 ans, Antonio Intriago, un Vénézuélo-Américain de 63 ans, Walter Veintemilla, un Equato-Américain de 57 ans et James Solages, un Américano-Haïtien de 40 ans, de complot visant à assassiner ou enlever le président haïtien Jovenel Moïse. Ils ont également été reconnus coupables d’avoir apporté un soutien matériel à cette opération et de violation de la loi américaine sur la neutralité pour s’être engagés dans une expédition militaire illicite à l’étranger.
Les quatre hommes encourent désormais la prison à vie. Leur peine sera prononcée à une date ultérieure.
Un complot organisé depuis la Floride
Selon les procureurs américains, le sud de la Floride aurait servi de base logistique pour préparer et financer l’opération contre le président haïtien. Les enquêteurs estiment que les accusés voulaient renverser Jovenel Moïse afin d’installer à sa place un dirigeant favorable à leurs intérêts.
Les procureurs ont soutenu pendant le procès que les hommes espéraient tirer des avantages financiers d’un futur changement de gouvernement en Haïti.
Deux des accusés, Arcangel Pretel Ortiz et Antonio Intriago, dirigeaient des entreprises de sécurité installées en Floride.
Walter Veintemilla occupait pour sa part un rôle important dans une autre société de sécurité.
Les enquêteurs américains affirment que ces structures ont participé à l’organisation du projet visant à renverser le président haïtien.
James Solages est accusé d’avoir coordonné certaines opérations avec Christian Sanon, un médecin haïtiano-américain présenté comme le candidat choisi pour remplacer Jovenel Moïse après le coup d’État présumé. Sanon doit être jugé séparément.
La mort de Jovenel Moïse avait aggravé le chaos dans le pays
Jovenel Moïse, 53 ans, avait été abattu par un commando armé dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 dans sa résidence privée à Port-au-Prince sans que ses gardes du corps n’interviennent. Le commando était principalement composé de mercenaires colombiens.
Son épouse, Martine Moïse, avait été blessée pendant l’attaque avant d’être transférée aux États-Unis pour recevoir des soins. Elle a été le premier témoin entendu lors de ce procès, ouvert en mars dernier à Miami. Devant les jurés, elle a raconté avoir été réveillée par des tirs au milieu de la nuit.
Par l’intermédiaire d’un interprète créole, elle a expliqué s’être tournée vers son mari pour lui demander ce qui se passait. Selon son témoignage, le président lui aurait alors répondu : « Chérie, nous sommes morts.«
L’assassinat de Jovenel Moïse avait aggravé la crise politique et sécuritaire dans le pays. Haïti n’a pas connu d’élection depuis 2016 et n’a plus de président depuis cet assassinat. Les gangs armés ont renforcé leur emprise sur une grande partie du territoire.
Pour la défense, une enquête bâclée
Pendant le procès, les avocats de la défense ont contesté les accusations. Selon eux, l’enquête aurait été mal menée et les quatre hommes auraient été manipulés pour porter la responsabilité d’un conflit politique interne à Haïti.
Les accusés affirmaient croire qu’ils participaient à une opération légale, appuyée par un mandat signé par un juge haïtien, dans le but d’arrêter Jovenel Moïse.
Malgré ces arguments, le jury fédéral a retenu les charges contre les quatre hommes.
D’autres procès à venir
La police haïtienne avait rapidement arrêté une quarantaine de suspects, dont une vingtaine de mercenaires colombiens. L’enquête a ensuite buté sur les défaillances du système judiciaire local.
La justice américaine, compétente pour juger les complots ourdis sur son sol, avait ensuite inculpé onze personnes pour implication dans cet assassinat.
Cinq ont été condamnées à la réclusion criminelle à perpétuité dans ce dossier : un ancien militaire colombien, un ex-sénateur haïtien, un homme d’affaires de nationalités haïtienne et chilienne, un militaire colombien à la retraite et un Américano-Haïtien.
En Haïti, 20 suspects restent poursuivis, parmi lesquels 17 anciens militaires colombiens. Mais l’enquête locale progresse difficilement en raison de l’insécurité, des menaces contre les magistrats et de l’effondrement du système judiciaire haïtien.
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