Au Burkina Faso, l’État resserre à tout prix son emprise sur les mines d’or

Le gouvernement burkinabè vient d’autoriser sa société minière publique à acquérir 25% supplémentaires dans la mine d’or Kiaka, opérée par l’australien West African Resources, une transaction qui illustre la montée en puissance de l’État dans les mines industrielles du pays.

La Société de participation minière du Burkina Faso (SOPAMIB), entreprise publique, s’apprête à acquérir une participation de 25% dans la mine d’or Kiaka. La transaction portera la part de l’État burkinabè à 40% dans l’un des principaux actifs aurifères du pays, laissant 60% à l’australien West African Resources (WAF), qui a développé et mis en service Kiaka en juin 2025. Pour Ouagadougou, cette prise de participation est le dernier acte (en date) d’une stratégie de reconquête du secteur minier menée méthodiquement depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en 2022.

Un décret qui confirme la participation du gouvernement

Le décret autorisant l’opération a été publié le jeudi 16 avril au Journal officiel, après plusieurs mois de négociations entre WAF et le gouvernement qui détenait jusque-là une participation gratuite de 15%. Le prix fixé pour les 25% d’intérêts à acquérir par la SOPAMIB est de 70 milliards de francs CFA, soit environ 107 millions d’euros, précise WAF dans un communiqué du mardi 21 avril. La compagnie prévoit de reverser le produit de la cession à ses actionnaires sous forme de dividende exceptionnel.

« La publication du décret lève toute incertitude quant à la participation du gouvernement dans Kiaka. WAF va désormais finaliser la transaction avec SOPAMIB, que nous comptons conclure d’ici la fin de l’année civile 2026 […] Nos discussions avec SOPAMIB ont été approfondies et fructueuses », assure Richard Hyde, PDG de West African Resources, qui a pourtant tenté d’éviter ce résultat.

Face à la proposition initiale transmise à WAF l’année dernière, Richard Hyde a en effet tenté d’infléchir la position du gouvernement. À la place d’une augmentation de la participation de l’État à 50% dans la mine Kiaka, le dirigeant a offert à Ouagadougou d’accroître les recettes minières à travers le co-développement de nouveaux projets ou d’actifs à l’arrêt. Une alternative qui n’a donc pas suffi à détourner le gouvernement de ses objectifs.

L’enjeu autour de Kiaka est en effet considérable. La mine peut livrer jusqu’à 280 000 onces d’or prévues en 2026, soit 8,7 tonnes, ce qui représenterait environ 16 % de la production industrielle nationale de l’année dernière. Surtout, la montée de l’État au capital de Kiaka ne relève pas d’un projet soudain mais repose sur un arsenal réglementaire bâti progressivement.

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Un cadre juridique construit depuis 2024

Le nouveau code minier que le gouvernement a fait adopter en 2024 a d’abord relevé la participation gratuite de l’État dans les mines industrielles de 10% à 15%, tout en introduisant la possibilité d’acquérir au moins 30% d’intérêts supplémentaires, seul ou avec des partenaires nationaux. Un décret d’application publié en avril 2025 a ensuite précisé les modalités : l’État peut théoriquement dépasser les 50 % dans les sociétés d’exploitation aurifère industrielle. Le cas Kiaka n’est donc que la première application majeure d’un dispositif que l’État peut répéter.

Dès 2024, le président Traoré a été explicite sur ses intentions. « Toutes les mines d’or sont inscrites actuellement dans notre agenda. Je ne comprends pas pourquoi on sait exploiter l’or et qu’on doit donc laisser des multinationales venir exploiter notre or. On va le faire nous-mêmes », déclarait-il en octobre lors d’une intervention à la radio nationale.

Quelques mois plus tôt, la SOPAMIB posait les premiers jalons de cette stratégie en prenant le contrôle des mines d’or Boungou et Wahgnion, deux actifs que le groupe canadien Endeavour Mining avait cédés à Lilium Mining, société de l’homme d’affaires américain d’origine burkinabè Simon Tiemtoré. Un litige judiciaire opposait les deux groupes et l’État s’est impliqué pour y mettre fin au profit de la SOPAMIB.

Nationalisme des ressources à tout prix ?

La séquence en passe de s’achever entre Ouagadougou et West African Resources place les opérateurs miniers présents au Burkina Faso face à une réalité qu’ils ne peuvent plus ignorer. Le gouvernement dispose désormais des outils juridiques pour monter au capital de n’importe quelle mine industrielle, et montre qu’il entend s’en servir. Si West African Resources assure que ses autres actifs dans le pays ne sont pas concernés, notamment la mine d’or Sanbrado et le gisement satellite Toega qui lui est associé, la question pour les compagnies n’est plus de savoir si l’État frappera à leur porte, mais quand et à quelles conditions.

Face à ces changements, certains acteurs se montrent proactifs, à l’instar de la société canadienne Fortuna Mining, qui a vendu en 2025 sa mine Yaramoko, évoquant un climat des affaires de plus en plus difficile. Si ses compatriotes Orezone Gold, propriétaire de la mine Bomboré, et Iamgold (actif à Essakane, plus grande mine d’or du pays) n’ont pas plié bagages, ils ont intensifié les investissements hors du Burkina Faso. Un signal de diversification géographique qui pose aussi le sujet de l’attractivité d’un secteur minier burkinabè où l’État entend désormais régner en maître, au prix d’un potentiel recul des investissements étrangers.

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