Rodenticides interdits : l’alerte sanitaire face à une explosion d’intoxications chez les jeunes enfants
Une étude de toxicovigilance révèle une hausse inquiétante des
intoxications pédiatriques aux rodenticides en Guyane
française. En cause : des produits illégaux, parfois hautement
toxiques, facilement accessibles dans les foyers.
Une augmentation alarmante des cas chez
les tout-petits
Entre 2010 et 2024, 208 cas d’exposition d’enfants à des
rodenticides ont été recensés en Guyane française. Longtemps
stable, le phénomène connaît une nette accélération depuis 2023,
avec un pic de 36 cas en 2024. Dans plus de 97 % des situations,
l’exposition survient au domicile, et concerne majoritairement des
enfants de moins de deux ans.
Ces intoxications sont le plus souvent accidentelles : les
jeunes enfants ingèrent des appâts mélangés à des aliments du
quotidien comme le riz ou le pain. Leur curiosité naturelle et leur
incapacité à percevoir le danger les rendent particulièrement
vulnérables. Si la majorité des cas restent bénins, certains
présentent des symptômes graves :
convulsions, troubles neurologiques, atteintes cardiaques ou
rénales. Un décès a même été enregistré.
Des produits illégaux et dangereux en
circulation
Au cœur du problème, la circulation de rodenticides non
conformes, souvent importés illégalement depuis le Suriname voisin.
Plus de la moitié des produits impliqués dans les intoxications ne
sont pas autorisés en France. Beaucoup proviennent de Chine et sont
vendus sans étiquetage compréhensible, parfois uniquement en langue
chinoise.
Ces produits échappent aux réglementations européennes strictes,
qui limitent notamment la concentration et la forme des substances
toxiques. En Guyane, les rodenticides sont fréquemment utilisés
sous forme liquide, mélangés à de la nourriture et déposés au sol,
sans dispositif de sécurité. Cette pratique augmente fortement le
risque d’ingestion par les enfants.
L’étude souligne aussi que les formes liquides sont associées à
des intoxications plus graves, et que leur usage a fortement
progressé ces dernières années.
Des substances neurotoxiques parfois
dissimulées
Plus inquiétant encore, certains produits présentés comme
relativement peu dangereux contiennent en réalité des substances
interdites en Europe, comme le fluoroacétate de sodium, un puissant
neurotoxique. Cette falsification complique la prise en charge
médicale, les symptômes observés ne correspondant pas toujours à la
composition indiquée.
Un produit en particulier, appelé « Hai Zhen Wei », est de plus en
plus impliqué dans les cas d’intoxication. Réputé pour son
efficacité et son faible coût, il pourrait contenir cette substance
hautement toxique. Depuis 2021, son utilisation ne cesse
d’augmenter.
Prévenir et contrôler : une urgence
sanitaire
Face à cette situation, les autorités sanitaires ont lancé fin
2024 une campagne de prévention ciblée. Trois axes sont
prioritaires : renforcer les contrôles sur l’importation et la
distribution de ces produits, sensibiliser la population aux
risques, et améliorer la collecte des données pour mieux suivre le
phénomène.
Dans un territoire où les conditions de vie favorisent la
prolifération des rongeurs, le recours aux rodenticides est
courant. Mais sans encadrement strict et sans information adaptée,
ces solutions deviennent elles-mêmes une menace pour la santé
publique, en particulier celle des plus jeunes.
La prévention passe aussi par des gestes simples : stocker les
produits hors de portée, éviter les mélanges alimentaires et
privilégier des dispositifs sécurisés. Autant de mesures
essentielles pour protéger une population particulièrement
exposée.
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