Burkina Faso : Crimes et haine ethnique

Le rapport d’HRW souligne les graves violations des droits humains et pointe la responsabilité des autorités dans la haine ethnique à l’encontre des Peuls.

Deux années d’enquête ont été nécessaires à l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) pour établir son rapport sur le Burkina Faso. La période couverte s’étend de janvier 2023 à août 2025, et l’analyse porte sur 57 événements dans onze régions du pays, ayant occasionné la mort de plus de 1 800 civils.

Politique de la terre brûlée

Parmi ces décès, 1 255, dont 193 enfants, sont dus à l’action de l’armée ou de sa milice supplétive, les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP). Les groupes djihadistes, principalement le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, sont responsables de la mort de 582 personnes, dont 15 enfants.

L’étude de HRW montre que ces nombres élevés de victimes ne sont pas la conséquence d’actes isolés ou de groupes de combattants en déshérence, mais relèvent d’une stratégie de terreur commune aux forces belligérantes.

Parmi les exemples, on peut citer, du côté de l’armée, une de ses opérations baptisée Tchéfari 2 (« Le miel des guerriers 2 »). «  Les soldats et les VDP ont ciblé des communautés vivant sous le contrôle du GSIM, tuant des centaines de civils. ». Du côté des djihadistes : « Lorsqu’une communauté compte des VDP parmi ses membres, le GSIM considère l’ensemble de cette communauté comme alliée aux forces de sécurité gouvernementales, ce qui en fait une cible de représailles, d’attaques et d’intimidation. »

Haine ethnique et médias muselés

À cette politique de prise en otage des civils s’ajoute celle menée par les plus hautes autorités du pays, qui entretiennent une haine ethnique vis-à-vis de la communauté peule, accusée d’être en collusion avec les islamistes. Ce racisme anti-peul n’est pas nouveau, mais il prend désormais des proportions inquiétantes avec la popularisation du slogan « zéro Peul ». Le président Traoré, qui a pris le pouvoir par un coup d’État, joue de cette rhétorique en déclarant à l’attention des Peuls : « Nous lancerons toutes nos forces dans la bataille et il y aura beaucoup de morts. Et ce sera plus compliqué pour votre communauté. »

L’interdiction de toutes les ONG et les restrictions drastiques imposées aux médias par le gouvernement empêchent de connaître le nombre réel de victimes. Les deux millions de déplacés à l’intérieur du pays donnent une idée de la violence qu’endurent les populations. En bâillonnant la presse, les autorités tentent de minorer les effets de cette guerre qui ne dit pas son nom. Lorsque l’armée subit des revers, les « Wayiyans » – les partisans de la junte – tentent d’allumer des contre-feux en arguant qu’il s’agit de fausses informations propagées par les ennemis du Burkina.

Si cette limitation du droit à l’information cache difficilement la progression des djihadistes, qui contrôlent une grande partie du pays, elle reste un instrument efficace favorisant l’impunité de la hiérarchie militaire pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Paul Martial

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