Chômage des travailleurs frontaliers : récit de dix ans d’un bras de fer gagné par la France – L’Express
Nombre de ministres du Travail successifs assurent avoir découvert l’ampleur du problème pour la première fois après leur nomination. Il est pourtant massif et semblait, jusque très récemment, insoluble. En vertu du règlement européen 883 adopté en 2004, les travailleurs frontaliers doivent être indemnisés par leur pays de résidence lorsqu’ils se retrouvent sans emploi. Il existe bien des compensations financières entre Etats, mais elles ne permettent pas de contrebalancer un déficit qui se creuse d’année en année et coûte très cher à l’Unédic, l’organisme gestionnaire du régime d’assurance chômage en France : rien qu’en 2024, la facture s’élevait à 860 millions d’euros. Près de 10 milliards d’euros en cumulé depuis 2011. La faute, en grande partie, au déséquilibre salarial avec le Luxembourg et la Suisse – celle-ci applique aussi ce texte de l’UE – où sont employés les trois quarts des travailleurs frontaliers français.
Cette anomalie juridique et économique est en passe d’être corrigée après une bataille à rebondissements d’une décennie. Fin avril, le gouvernement français, via Jean-Pierre Farandou, a obtenu une majorité confortable de 21 Etats membres en faveur d’une révision de la réglementation. Dès sa prise de fonctions en octobre 2025, le ministre du Travail avait placé ce dossier en haut de la pile, multipliant les rencontres bilatérales à Bruxelles et à Strasbourg pour obtenir un compromis. « C’était presque du porte-à-porte diplomatique. Ceux qui me connaissent savent que je suis très déterminé : les combats difficiles ne me font pas peur », confie Jean-Pierre Farandou.
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