Côte d’Ivoire : derrière les chiffres du Plan nationa de développeent, le pari d’une croissance plus inclusive
La Côte d’Ivoire a-t-elle réussi à transformer sa forte croissance économique en progrès sociaux tangibles ? C’est la question qui se dessine à la lecture du bilan du Plan national de développement (PND) 2021-2025, présenté le vendredi 22 mai par le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba.
Depuis plus d’une décennie, le pays s’est imposé comme l’une des locomotives économiques d’Afrique de l’Ouest, avec des taux de croissance régulièrement supérieurs à la moyenne régionale. Entre 2021 et 2025, l’économie ivoirienne a ainsi enregistré une croissance moyenne de 6,5 % selon les chiffres du gouvernement, consolidant sa position parmi les économies les plus dynamiques d’Afrique subsaharienne. Le pays a également enregistré une progression du PIB par habitant, passé de 2 287 USD (environ 1 961 euros) en 2020 à 3 148,2 USD (environ 2 700 euros) en 2025.
Cette séquence sert désormais de socle au prochain cycle de développement. Adopté en Conseil des ministres début février, le PND 2026-2030 prévoit de mobiliser 114 838,5 milliards FCFA, soit plus de 175 milliards d’euros. C’est presque deux fois le volume du PND 2021-2025, estimé à près de 59 000 milliards FCFA, soit environ 90 milliards d’euros.
Un bilan macroéconomique solide
Pour les autorités ivoiriennes, l’enjeu n’est donc pas seulement de présenter les résultats du plan précédent. Il s’agit aussi de rassurer les investisseurs, bailleurs de fonds et partenaires au développement sur la capacité du pays à absorber et orienter efficacement des financements de plus grande ampleur.
Sur le plan budgétaire, le gouvernement insiste sur le retour progressif aux standards communautaires. Le déficit public a été ramené de 4,9 % du PIB en 2021 à 3% en 2025, conformément aux critères de convergence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Dans le même temps, le ratio dette publique/PIB s’établit à 57%, en dessous du plafond communautaire de 70%.
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Ces chiffres sont importants dans le contexte du futur PND. Celui-ci reposera fortement sur la capacité du pays à mobiliser des ressources privées et à conserver un accès favorable aux marchés financiers. Selon l’architecture retenue pour le PND 2026-2030, 70,2% des investissements projetés devraient provenir du secteur privé, contre 29,8% pour le secteur public. L’État devra néanmoins mobiliser environ 38 000 milliards FCFA, soit près de 58 milliards d’euros, pour financer sa part du programme, notamment à travers les marchés financiers et les bailleurs de fonds internationaux.
La progression des investissements directs étrangers constitue, dans cette perspective, un signal positif pour Abidjan. Leur part dans le PIB est passée de 1,5 % en 2021 à 3,9 % en 2025, traduisant une amélioration de l’attractivité du pays auprès des investisseurs.
Cette dynamique rejoint l’évolution récente de la perception du risque ivoirien. En 2025, plusieurs agences de notation ont confirmé ou amélioré l’appréciation du profil souverain du pays. Fitch Ratings a notamment relevé la note de la Côte d’Ivoire à BB avec perspective stable, tandis que S&P Global Ratings a maintenu sa note en catégorie BB/B avec perspective stable. Moody’s a de son côté attribué au pays une note Ba2 stable, mettant en avant la résilience de la croissance et la solidité des fondamentaux économiques.
Le social au centre du récit gouvernemental
C’est sur ce terrain que le bilan présenté par Souleymane Diarrassouba cherche à déplacer le débat. Après plusieurs années marquées par des investissements dans les infrastructures et la consolidation des équilibres macroéconomiques, l’exécutif met désormais davantage en avant les effets sociaux de la croissance.
Le taux de pauvreté est passé de 55,4% en 2011 à 37,5% en 2021, une évolution que le gouvernement présente comme l’un des principaux marqueurs des progrès sociaux enregistrés au cours de la dernière décennie. Dans le même temps, les dépenses dites « pro-pauvres » sont passées de 3 066 milliards FCFA en 2021 (environ 4,67 milliards d’euros) à 3 845 milliards FCFA (environ 5,86 milliards d’euros) en 2025, illustrant l’augmentation des ressources consacrées aux secteurs sociaux et aux politiques d’inclusion.
Les filets sociaux ont également été élargis. D’après l’État, le nombre de ménages bénéficiaires est passé de 227 000 en 2020 à 527 000 en 2025. L’éducation constitue l’un des principaux volets de ce bilan. Sur la période, 6 777 salles de classe auraient été construites, ainsi que 227 lycées et collèges. Le taux brut de scolarisation au primaire est passé de 101,9% en 2021 à 109,5% en 2024, tandis que le taux d’achèvement du premier cycle du secondaire a progressé de 60,7% à 81,1%.
Ces résultats replacent la question du capital humain au cœur des ambitions du futur PND, qui vise notamment à renforcer la formation, l’employabilité et l’adéquation entre les compétences disponibles et les besoins d’une économie en diversification.
La santé occupe également une place importante dans le bilan. La proportion de la population vivant à moins de cinq kilomètres d’un centre de santé est passée de 70,1% en 2020 à 82 % en 2025. Plus de 1 051 établissements sanitaires de premier contact ont été construits ou réhabilités. Le déploiement de la Couverture maladie universelle (CMU) a, lui aussi, franchi une étape importante avec plus de 23 millions de personnes enrôlées à fin 2025.
L’accès à l’eau potable s’inscrit dans la même logique. Le taux national atteint désormais 86,7 %, tandis que la production d’eau à Abidjan a été portée à plus de 1 004 944 mètres cubes par jour. Cette hausse vise notamment à accompagner la croissance démographique du district d’Abidjan.
Ces évolutions donnent au gouvernement des arguments au moment où il prépare la mobilisation des financements du PND 2026-2030. Mais elles rappellent aussi l’ampleur du chantier. Le précédent plan a permis de maintenir une croissance élevée et d’améliorer certains indicateurs sociaux, sans effacer totalement les fragilités structurelles du modèle ivoirien : pauvreté encore élevée, besoins importants en services publics, pression démographique, inégalités territoriales et dépendance persistante à certains secteurs clés, dont le cacao.
« Ce bilan satisfaisant est le résultat d’une planification rigoureuse, de réformes structurelles cohérentes et d’un partenariat de confiance entre l’État, le secteur privé, la société civile et les partenaires au développement », a déclaré Souleymane Diarrassouba.
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