Dakar impose ses règles à Bruxelles sur le marché des bus de 320 millions d’euros

(SenePlus) – Face aux pressions de Bruxelles qui souhaite écarter l’entreprise chinoise CRRC de l’appel d’offres pour 380 bus à Dakar, le gouvernement sénégalais affirme appliquer rigoureusement ses propres critères techniques et financiers. Le ministre Yankhoba Diémé rejette toute ingérence et rappelle que la procédure respecte strictement les règles établies par le Sénégal.

Le Sénégal ne cédera pas aux injonctions européennes sur l’attribution de son marché public de transport. Alors que Bruxelles multiplie les signaux pour écarter l’entreprise chinoise CRRC de l’appel d’offres portant sur 380 bus au gaz naturel comprimé à Dakar, le ministre des Transports Yankhoba Diémé campe sur une ligne de défense de la souveraineté nationale dans les procédures d’attribution.

« Les autorités sénégalaises appliquent exclusivement les critères techniques et financiers définis dans les documents d’appel d’offres, sur un pied d’égalité pour tous les soumissionnaires », a déclaré le ministre à Euractiv dans des propos rapportés le 29 avril 2026 par Magnus Lund Nielsen et Eddy Wax. 

Le géant chinois CRRC arrive en tête des évaluations après avoir soumis une offre dont le prix est inférieur de plus de moitié à celui de ses concurrents, dont le suédois Scania. Pour Dakar, c’est le résultat d’une procédure transparente basée uniquement sur les mérites techniques et financiers des candidats.

Rejet de toute influence extérieure

Face aux interrogations sur d’éventuelles aides d’État chinoises à CRRC, Yankhoba Diémé n’a pas jugé nécessaire de répondre, préférant marteler le respect de la procédure sénégalaise. « La procédure est menée de manière rigoureuse et dans le strict respect des règles établies », a-t-il insisté à Euractiv.

Le ministre a également écarté l’idée selon laquelle le projet d’usine chinoise d’assemblage de bus au Sénégal aurait pu influencer le processus de sélection. Pour Dakar, les deux dossiers sont distincts et la décision d’attribution repose exclusivement sur l’analyse objective des offres reçues.

Cette fermeté sénégalaise intervient dans un contexte où l’Union européenne, bien que principal bailleur du projet à travers un consortium comprenant la Banque européenne d’investissement, la Commission européenne, l’AFD française et la KfW allemande, se retrouve impuissante à imposer ses propres règles de concurrence.

L’UE contrainte d’accepter les règles sénégalaises

Le commissaire européen chargé de l’industrie, Stéphane Séjourné, a dû reconnaître les limites de l’influence de Bruxelles. « La Commission ne peut pas imposer aux pays tiers des règles en matière de marchés publics identiques aux règles européennes actuelles », a-t-il admis à Euractiv, confirmant que le Sénégal reste maître de ses procédures.

La BEI a confirmé qu’elle ne pouvait pas demander à ses clients « de discriminer les soumissionnaires sur la base de leur nationalité ». 

La Commission européenne a pourtant plus tôt écarté CRRC d’un projet de métro à Lisbonne, estimant que l’entreprise bénéficiait de subventions publiques lui conférant un « avantage concurrentiel déloyal ». Mais cette décision, applicable sur le territoire européen, ne peut s’étendre au Sénégal.

Varg Folkman, analyste au think tank European Policy Centre de Bruxelles, a confirmé qu’« malheureusement, le règlement sur les subventions étrangères vise les contrats et les appels d’offres au sein du marché intérieur. Il ne peut pas être utilisé pour cibler des transactions ou des appels d’offres dans un pays non membre de l’UE ».

Barry Andrews, président de la commission du développement du Parlement européen, a même apporté son soutien à la position sénégalaise. « Faites ce qui est dans votre intérêt », a-t-il déclaré à Euractiv, estimant que les Européens demandent en substance au Sénégal « de payer deux fois » en choisissant l’offre suédoise plus chère.

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