Début de saison plus lent et plus difficile pour les crabiers

Beaucoup d’incertitudes planent dans l’industrie du crabe de neiges en ce début de saison plus lent et plus difficile que l’année dernière.

Le directeur général de l’Association des crabiers acadiens, Marcel Hébert, n’est pas très optimiste à ce stade-ci de la saison. «Ce n’est pas une année facile», exprime-t-il.

«Je calcule les taux de capture des pêcheurs et jusqu’à maintenant, ils sont vraiment inférieurs à ce qu’on a observé l’an passé, à peu près de moitié.»

Certains pêcheurs font bien dans leurs débarquements, mais d’autres moins.

«Ceux qui arrivent avec de gros voyages, c’est parce qu’ils y ont mis de l’effort», constate-t-il.

«Pour ce qui est du nombre de crabes par casier levé, en termes de kilogrammes, d’après les renseignements que j’ai sur une dizaine de pêcheurs, c’était en moyenne de 47 kg par casier. L’année passée, c’était 92 kg par casier dans la première semaine de pêche. Il y a vraiment une diminution importante des taux de capture», fait-il observer.

Sur l’eau, les pêcheurs doivent également ratisser plus large, c’est-à-dire se déplacer sur une plus grande distance pour capturer leur crabe.

«On savait que ce serait plus difficile cette année avec la diminution de la biomasse, mais les premières semaines de pêche, on pensait que ce serait meilleur que ça», dit-il.

«Une chance que les quotas sont plus bas cette année en moyenne pour tout le monde parce que ce serait difficile dans certains cas pour certains pêcheurs de capturer leur quota.»

Le directeur général de l’Association des crabiers acadiens ne croit pas que la situation va s’améliorer.

«Lorsque tu regardes les taux de capture hebdomadaires, moi je les ai depuis 2017, ils sont plus élevés les premières semaines. À mesure que la saison progresse, les taux de capture diminuent.»

«À partir de la troisième ou quatrième semaine de pêche, tes taux de capture sont rendus à un niveau très bas. À ce moment, c’est tout le monde qui doit gratter pour trouver du crabe.»

Il espère que les pêcheurs réussiront à capturer une bonne part de leur quota au cours des trois prochaines semaines. À défaut, certains risquent de ne pas atteindre leur objectif de capture, prévient-il.

«C’est arrivé en 2020 et 2022. Ça pourrait être le cas cette année si certains pêcheurs ont de la difficulté à trouver les concentrations de crabe.»

Prix aux pêcheurs

Selon Marcel Hébert, voici les prix qui sont offerts aux crabiers: 7$ la livre pour le crabe dans les cales à glace et 7,25$ pour celui dans les cales à eau, ce qui est inférieur à l’année dernière. En fin de saison 2025, les crabiers recevaient entre 8$ et 8,50$ pour la livre.

«Ça ne reflète pas vraiment la valeur du marché actuel. On sait que les inventaires de crabe des neiges sur le marché américain sont faibles. De sorte que la demande est très élevée», déclare-t-il.

«C’est certain qu’il y a des incertitudes au niveau du prix par rapport à l’inflation aux États-Unis, mais le crabe des neiges du sud du golfe est prisé par les Américains parce qu’il est de bonne qualité et de belle apparence.»

Il s’attend à ce que la situation s’améliore, puisque le prix de référence actuel sur le marché du crabe des neiges est supérieur à l’année dernière.

«Au même moment l’an passé, pour le crabe de 5 à 8 onces congelé, il était à 9,50$ la livre au début de la pêche. Présentement, il est à 11$ la livre.»

Il ajoute que les pêcheurs s’attendaient à une augmentation des prix.

«Les transformateurs, c’est sûr qu’ils vont parler des incertitudes, de l’augmentation de l’inflation aux États-Unis. C’est vrai, mais le crabe des neiges ce n’est pas tout le monde qui l’achète aux États-Unis. Habituellement, c’est un produit de luxe. Ceux qui ont de l’argent vont l’acheter. Je ne pense pas qu’une légère augmentation de l’inflation aura un impact», affirme Marcel Hébert.

Plus optimiste

Le directeur de l’Association des pêcheurs professionnels crabiers acadiens, Paul Robichaud, semble plus optimiste en ce début de saison.

Il trouve que la pêche se déroule plus lentement que l’année dernière, «mais il n’en demeure pas moins que ça va mieux que ça pouvait aller dans les premiers jours de la saison de pêche», expose-t-il lors d’un entretien téléphonique, mardi matin.

«Il faudra voir après les deux premières semaines. Normalement, ce sont les meilleures semaines de pêche. Les pêcheurs réussissent à capturer de 40 à 50% de leur contingent au début de la saison. Si à la fin du mois, on a réussi à capturer 40 à 50% du contingent, ce ne sera pas si mal comme situation.»

«On ne peut pas toujours se fier à la première semaine. Ce n’est pas toujours une science exacte.»

Pour lui, il n’y a aucun doute que les crabiers vont atteindre leur total admissible de capture d’ici la fin de la saison.

«Ce qu’on ne sait pas, c’est la durée de temps que ça va prendre pour atteindre le contingent.»

Moins de demande, selon les transformateurs

La directrice générale de l’Association des transformateurs de crabe du Nouveau-Brunswick, Joanne Losier, qualifie ce début de saison comme «très lent» côté demande.

«Beaucoup d’usines n’avaient pas beaucoup de demandes. Très peu, sinon pas, de commandes. Ç’a vraiment commencé très lentement. C’est là que l’inquiétude a commencé à gagner du terrain.»

«Ce qui se passe cette année, c’est que les camions de crabe de Terre-Neuve sont en train d’arriver sur le marché américain en même temps que les nôtres. Terre-Neuve, c’est presque cinq fois le quota de crabe du golfe. C’est énormément de crabe, typiquement à moindre prix.»

«L’effet sur le marché, c’est que ça exerce une pression vers la baisse. Les acheteurs sont au courant des quotas. Donc, tous les clients savent d’avance combien il y en aura à vendre. Ils peuvent acheter des substituts s’ils trouvent que le crabe du golfe est trop cher.»

Malgré l’incertitude qui plane, il apparaît clair pour elle que le crabier d’ici ne recevra pas 8$ la livre au débarquement.

«Avec les prix qui flottent dans l’air actuellement, 8$, ça n’a aucun sens. On sait que le prix du pétrole fait monter les coûts des pêcheurs, on est très conscients de ça, mais le prix du pétrole a un effet sur tout le reste de la chaîne aussi. On l’entend clairement.»

À son avis, les consommateurs américains – où s’écoule 92% du crabe canadien congelé – font clairement savoir à l’industrie qu’ils sont sous haute pression en raison de l’inflation, principalement propulsée par la hausse des prix de l’énergie (+10,9 % en un mois) liée aux tensions géopolitiques.

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