Le programme d’aide du gouvernement du Nouveau-Brunswick pour clients d’Énergie NB favorise les Néo-Brunswickois les plus nantis. Ce n’est pas surprenant, étant donné la nature du rabais offert. Or, nous avons désormais en main des données qui chiffrent l’ampleur du problème. Nous invitons le ministre responsable, René Legacy, à réfléchir à une façon plus efficace de dépenser les fonds publics.
Lors de la campagne électorale de 2024, le Parti libéral de Susan Holt a promis d’accorder un rabais de 10% sur les factures d’Énergie NB, soit l’équivalent de la taxe provinciale imposée sur l’électricité. Ce rabais a depuis été mis en vigueur. Il s’applique à tout le monde et est sans plafond. Plus votre facture résidentielle d’électricité est élevée, plus le rabais de 10% représente une forte somme.
Le programme coûte environ 100 millions $ par année au gouvernement provincial. Grâce au travail d’enquête de la CBC, laquelle s’est appuyée sur des données de Statistique Canada, nous savons qu’environ le quart de ces fonds, soit 24 millions $ par an, aide les clients les mieux nantis. Autrement dit, depuis la création du rabais, il y a 16 mois, les 70 000 ménages les plus riches ont reçu un rabais de 36 millions $ sur leur facture d’électricité, c’est-à-dire le double de ce qu’ont reçu les 70 000 ménages les moins nantis de la province.
Rien de plus logique. Si vous avez des revenus élevés, vous avez probablement une grande maison et des factures d’électricité en conséquence. Le rabais de 10% représente donc une plus grande somme que si vous habitez dans un appartement de type trois et demie.
Ce scénario était prévisible et le ministre des Finances et de l’Énergie, René Legacy, ne s’en cache pas. Il rappelle que son parti souhaitait aider les Néo-Brunswickois à faire face à la hausse du coût de la vie le plus rapidement possible. À ses yeux, le rabais de 10% sur toutes les factures résidentielles d’Énergie NB était la façon la plus rapide d’y arriver, même si cela signifie que de nombreux clients profitent ainsi d’un coup de pouce dont ils n’ont pourtant pas besoin de la part des contribuables.
Nous pouvons difficilement reprocher aux libéraux d’avoir choisi cette voie. En effet, ils ont tenu parole. Leur programme électoral est clair: «Supprimer immédiatement la taxe de vente provinciale (TVP) des factures résidentielles d’électricité de sorte à offrir une réduction mensuelle de 10%.»
Il n’a jamais été question pendant la campagne de limiter l’aide à une certaine tranche de la population, quoique une section du programme libéral énonce que «le gouvernement Higgs a échoué à aider ceux qui en ont pourtant besoin dès maintenant», ce qui exclut forcément les ménages les plus fortunés.
Nous nous interrogeons à savoir si le Nouveau-Brunswick a bien les moyens de subventionner l’électricité consommée par les plus riches. La question est particulièrement pertinente du fait que le gouvernement est aux prises avec un déficit budgétaire historique qui dépasse 1 milliard $. Dans quel monde conçoit-on qu’un gouvernement ne puisse maintenir un service de vétérinaire public au coût de 4 millions $, mais soit en mesure d’accorder un rabais de 36 millions $ (un chiffre qui continue d’augmenter) aux familles les plus aisées de la province?
Il y a des conséquences à verser autant d’argent à des ménages qui n’en ont peu ou pas besoin. Cette importante dépense, que nous n’hésitons pas à qualifier d’inutile, contribue à la détérioration des finances publiques. Surtout, elle réduit l’importance de la cagnotte disponible pour les personnes à faible revenu, qui sont pourtant les plus touchées par les hausses répétées des tarifs d’Énergie NB.
Nous avons abordé la question, il y a un mois, dans un éditorial intitulé «Quand on manque d’argent, mieux vaut cibler qui on aide». Fredericton n’a pas les moyens d’aider tout le monde. Il doit donc gérer ses dépenses plus efficacement.
Le gouvernement Holt a passé le cap de la mi-mandat. Le moment est opportun de réviser ses programmes et de déterminer s’il peut obtenir de meilleurs résultats. L’aide aux factures d’électricité est un bon exemple. En limitant le rabais aux ménages ayant un revenu annuel inférieur à 100 000$ par année, il serait possible d’accorder une aide plus généreuse à ceux et celles qui sont financièrement pris à la gorge, sans bonifier l’enveloppe totale du programme d’aide.
L’ère des surplus budgétaires est révolue. Des Néo-Brunswickois ont besoin d’aide et d’autres, pas du tout. Le gouvernement Holt doit mieux déterminer ses priorités.
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