Nutritionniste-diététiste (et elle-même atteinte d’endométriose), Celine Saloumi entend toutes sortes de théories sur l’alimentation « anti-endométriose ». Elle a écrit Endométriose, alimentation et mode de vie avec un objectif clair : faire le tri entre les croyances populaires et les données scientifiques. À l’occasion du mois de sensibilisation à l’endométriose, La Presse lui a parlé.
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Personnel et professionnel
En 2019, Celine Saloumi a reçu un diagnostic qui allait marquer un tournant dans sa carrière : l’endométriose, une maladie qui touche 1 femme sur 10. Celle-ci se caractérise par la présence de tissu semblable à l’endomètre à l’extérieur de l’utérus, ce qui peut engendrer des douleurs invalidantes, des troubles digestifs et de l’infertilité. Celine Saloumi cochait toutes les cases. « La première chose que j’ai voulu savoir, c’est : est-ce qu’il y a quelque chose que je peux faire, entre autres du point de vue alimentaire ? » Cette quête, à la fois personnelle et professionnelle, l’a incitée à orienter sa pratique de nutritionniste en fertilité et en santé de la femme.
Désinformation
Comme il n’existe pas de traitement curatif contre l’endométriose et que la maladie peut générer beaucoup de souffrance, des femmes recherchent activement des solutions pour diminuer leurs symptômes. Et sur l’internet, on trouve beaucoup de conseils basés sur des opinions personnelles, et présentés comme une prescription générale, constate Celine Saloumi. Élimination du gluten, des produits laitiers, du soya, du café, du poivre, des oranges, et ainsi de suite. « Ça peut amener une relation très difficile avec la nourriture, une faible diversité au niveau du microbiote et, finalement, une aggravation des symptômes digestifs, note Celine Saloumi. On entre dans un cercle vicieux… »
Inflammation
Est-ce que l’alimentation a réellement un rôle à jouer dans la gestion des symptômes de l’endométriose ? « Il faut la voir comme un outil dans sa boîte à outils », répond Celine Saloumi. L’endométriose, rappelle-t-elle, est une maladie considérée comme inflammatoire, et des recherches montrent que l’alimentation peut justement moduler l’inflammation. « L’alimentation anti-inflammatoire ressemble beaucoup au régime méditerranéen – ce n’est donc pas un aliment problématique, mais un équilibre en général : diminuer le plus possible les aliments ultratransformés, mettre de la couleur dans l’assiette, augmenter l’apport en antioxydants alimentaires, favoriser les bons gras », résume Celine Saloumi.
Symptômes digestifs
L’alimentation peut aussi contribuer à diminuer les symptômes digestifs, qui touchent jusqu’à 90 % des femmes atteintes d’endométriose. Plusieurs rapportent de la constipation, des ballonnements ou des gaz qui aggravent l’endo-belly (un gonflement abdominal cyclique)… « En venant améliorer le transit intestinal, on a moins de douleurs et d’inconforts », souligne Celine Saloumi. Attention, dit-elle : les symptômes abdominaux ne sont pas toujours liés à l’endométriose, d’où l’importance d’en parler à son médecin. Chez les personnes atteintes du syndrome de l’intestin irritable, le régime pauvre en FODMAP (des glucides qui peuvent être mal absorbés dans l’intestin grêle et qui fermentent dans le côlon) a démontré son efficacité.
Et les suppléments ?
En consultation, des femmes confient privilégier l’avenue des produits naturels plutôt que celle des médicaments, la jugeant plus sûre. Certaines arrivent avec une liste exhaustive de suppléments, mais « naturel ne veut pas dire sans effets secondaires », rappelle Celine Saloumi. « Pour être honnête, il n’y a pas de produits de santé naturelle miracles, qui font toute la différence. » La vitamine D est importante, et lorsque l’alimentation ne comble pas les besoins, les suppléments d’oméga-3 et de fer peuvent aussi l’être. « Mais on entre dans l’individualisation ; ce n’est pas général pour tout le monde », insiste la nutritionniste.
Approche globale
Dans son livre, Celine Saloumi aborde également les autres approches permettant de mieux vivre l’endométriose. Que fait-elle, personnellement, pour se sentir mieux ? « Tout ce dont je parle dans le livre ! répond-elle en riant. Je suis suivie par un gynécologue spécialisé en endométriose et par une physiothérapeute périnéale, je fais de l’acupuncture une fois par mois, du yoga pour soulager mes douleurs au bas du dos… » Le stress, chez elle, accentue beaucoup ses douleurs – un autre aspect à travailler. « C’est vraiment une approche globale qui fait une différence », conclut-elle.
Consultez le site d’Endométriose Québec
Endométriose, alimentation et mode de vie
Les Éditions de l’Homme
192 pages
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