Entre peur et nécessité : l’enfer du trajet Anse-à-Pitres / Marigot

Pour éviter les prix trop élevés des billets d’avion entre Miami et certaines villes d’Haïti, comme Cap-Haïtien ou Les Cayes, plusieurs habitants du Grand Sud passent désormais par la République dominicaine avant de rentrer au pays. Après avoir traversé la frontière à Anse-à-Pitres, ils embarquent à bord de petites embarcations en direction de Marigot.

Sur place, Rezonodwes a observé les conditions difficiles dans lesquelles se déroule cette traversée. À bord d’un petit yacht reliant Anse-à-Pitres à Marigot, le voyage est marqué par la peur, le danger et le manque presque total de contrôle.

Le trajet en mer dure entre trois et quatre heures. Huit personnes voyagent à bord de ces petites embarcations, en payant chacune environ 10 000 gourdes. Pour certains, ce voyage est un véritable cauchemar. Mais pour beaucoup, c’est la seule option possible.

« Il nous faut 16 gallons de gazoline pour faire le trajet et le carburant coûte de plus en plus cher », explique un marin interrogé par Rezonodwes .

Selon lui, cette activité est devenue un vrai commerce : « Nous donnons 1 000 gourdes à chaque chauffeur de taxi-moto qui nous amène un passager. Nous payons aussi 1 000 gourdes de taxe au SEMANAH pour chaque voyage. »

Les conditions de sécurité sont très préoccupantes. Une personne qui effectue cette traversée pour la première fois peut facilement être traumatisée par le danger. Malgré cela, plusieurs voyageurs disent qu’ils n’ont pas d’autre choix.

Sur le trajet, il existe même une zone redoutée des passagers, située à environ quarante minutes de Marigot. Les marins la surnomment « Matissant », en raison du danger qui y règne.

Pendant le voyage, les vagues frappent fortement les petites embarcations, provoquant peur et panique. Certains passagers racontent avoir prié tout au long du trajet pour arriver vivants à destination. Malgré les risques, les départs continuent chaque semaine.

À ces difficultés s’ajoutent les problèmes rencontrés par les voyageurs haïtiens en République dominicaine. Certains agents de la douane et de l’immigration demanderaient de l’argent pour éviter les contrôles de bagages ou permettre à certains voyageurs de passer plus rapidement, a constaté Rezonodwes.

Du côté haïtien, à la frontière, quelques policiers notent les noms et numéros de passeport des voyageurs dans un cahier. Pourtant, certains passeraient même sans contrôle.

« Comment les autorités peuvent-elles laisser une frontière aussi ouverte ? », s’interroge avec colère un Haïtien revenant du Canada.

Entre peur, danger et manque d’alternatives, ce trajet entre Anse-à-Pitres et Marigot montre une fois de plus les difficultés auxquelles font face de nombreux Haïtiens simplement pour rentrer chez eux.

Delmondo Charlemagne

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