Gestion des déchets : avec l’appui de la BERD, le Bénin veut éviter les erreurs des capitales ouest-africaines

En Afrique, les grandes métropoles qui ont longtemps négligé la gestion des déchets se retrouvent aujourd’hui à financer des réhabilitations à plusieurs dizaines de millions d’euros. Proactif, le Bénin choisit de réformer son système en amont, avant que la situation ne lui échappe.

En septembre 2016, une explosion sur un site d’incinération de produits avariés à 40 kilomètres de Cotonou, au Bénin, avait tué 17 personnes et brûlé plus de 90 autres. Le drame a mis en lumière les lacunes d’un système de gestion des déchets défaillant, et précipité une réforme ayant permis la création de la Société de gestion des déchets et de la salubrité (SGDS).

Responsable de la salubrité dans les rues de la métropole économique béninoise, mais aussi dans plusieurs autres villes comme la capitale Porto-Novo et le pôle touristique Ouidah, la société vient d’obtenir un prêt de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) pour consolider ses efforts et éviter les problèmes observés dans d’autres grandes villes en Afrique de l’Ouest.

Née fin 2018 et opérationnelle depuis décembre 2019, la SGDS a mis en place une chaîne de collecte, de transport, de tri et de traitement des déchets dans le Grand Nokoué, région de 2,8 millions d’habitants qui concentre environ 20 % de la population béninoise et 30 % du PIB national. En 2024, la société a collecté plus de 421 000 tonnes de déchets et récupéré près de 1 955 tonnes de matières valorisables sur ses unités de tri.

Moderniser pour accroître l’impact

Le financement que la SGDS vient de décrocher est un prêt souverain de 35,5 millions d’euros accordé à la République du Bénin et cofinancé avec la Banque européenne d’investissement (BEI). Il doit accélérer la modernisation du système de gestion des déchets solides dans le Grand Nokoué, à travers la rénovation des centres de tri manuels existants et la construction de nouvelles unités de compostage. L’installation de systèmes de captage de gaz sur les sites d’enfouissement et l’acquisition de camions et de conteneurs supplémentaires sont aussi prévues.

L’idée est de faire évoluer le modèle actuel, encore largement basé sur l’enfouissement, vers un système intégré davantage orienté vers le tri, le recyclage et la valorisation des déchets. À terme, les autorités anticipent une réduction des émissions de CO₂ de plus de 75 000 tonnes par an, la collecte de 90 % des déchets urbains en sept ans, et la suppression progressive des dépotoirs sauvages.

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« Ce projet incarne notre engagement à accélérer un développement urbain vert et résilient et à soutenir le Bénin dans la modernisation de ses services publics essentiels. La modernisation du système de gestion des déchets de Grand Nokoué apportera des avantages […] à long terme, en s’appuyant sur les progrès et la transformation amorcés il y a quelques années avec la création de la SGDS », indique Dasha Dougans, responsable de la BERD au Bénin.

Un pari à confirmer

Le contexte africain donne à la dynamique béninoise un relief particulier. À Dakar, la décharge de Mbeubeuss accumule des déchets depuis 1968, sans traitement, au point de devenir une source majeure de pollution de l’air, du sol et de l’eau. Le Sénégal a engagé, avec l’appui de la Banque mondiale, un programme visant à restructurer ce site et à moderniser son système de gestion des déchets.

À Abidjan, la décharge d’Akouédo, fermée en 2018 après plus de cinquante ans d’activité, fait l’objet d’un plan de transformation en parc écologique estimé à 121 milliards FCFA (environ 184,5 millions d’euros), financé sur fonds propres par l’État ivoirien.

Ces deux chantiers illustrent le coût élevé d’une gestion structurellement insuffisante sur plusieurs décennies. A travers le système mis en place par la SGDS, le Bénin cherche précisément à éviter ces écueils. Mais si Cotonou est aujourd’hui considérée comme l’une des villes les plus propres du continent africain, le succès de ce modèle pourrait dépendre d’une équation que les infrastructures seules ne peuvent résoudre.

Le manque de sensibilisation et d’éducation aux pratiques de gestion des déchets au sein de la population complique en effet les efforts globaux, de nombreux ménages ne sachant pas comment trier efficacement. La SGDS a fait de l’éducation à l’écocitoyenneté un axe structurel de son action, avec 34 établissements scolaires et plus de 113 000 personnes touchés par ses campagnes en 2024. Mais l’ancrage durable de ces comportements dans les foyers reste le chantier le moins visible, et sans doute le plus déterminant de toute la filière.

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