Le groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées se déclare inquiet pour quatre proches de l’artiste et défenseur guinéen des droits humains Elie Kamano. Un adulte et trois enfants ont été enlevés il y a six mois à Conakry, et depuis, on est depuis sans nouvelles. Dans un communiqué publié jeudi 7 mai, les experts de l’ONU affirment que le silence des autorités guinéennes « alimente les craintes ».
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Dans la nuit du 15 au 16 novembre dernier, des hommes masqués font irruption dans une résidence privée de Conakry. Ils enlèvent trois enfants âgés de 14 à 16 ans (deux sont ses enfants plus un neveu) ainsi qu’un adulte (un de ses frères gendarme), membres de la famille d’Elie Kamano. Les autres sont emmenés vers une destination inconnue, « à bord de véhicules à l’apparence officielle », selon le communiqué du groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées.
Depuis, aucune nouvelle. Les familles n’ont pas reçu d’information officielle sur leur sort ou sur le lieu où ils se trouvent, poursuivent les experts onusiens. L’opération semble avoir été soigneusement planifiée et ciblée, selon eux, ce qui suggère que les enfants ont été visés en raison de leurs liens avec Elie Kamano, artiste et défenseur des droits humains guinéen, critique des autorités, et qui vit aujourd’hui en exil.
En novembre dernier, Elie Kamano et ses avocats ont saisi officiellement le Groupe de travail sur les disparitions forcées des Nations unies. Ses avocats visaient deux objectifs : l’ouverture d’une enquête pour obtenir des informations sur le lieu de détention des enfants d’Elie Kamano et faire pression sur les militaires au pouvoir.
Le groupe de l’ONU estime que ces disparitions forcées ressemblent à une mesure de représailles contre un opposant. « Une forme particulièrement grave d’abus qu’aucun État ne peut justifier », peut-on lire dans le communiqué qui appelle les autorités guinéennes à donner des informations sur le sort de ces quatre personnes, et à les libérer sans délai. Il demande aussi l’ouverture d’une enquête indépendante afin de traduire les responsables en justice.
S’en prendre aux proches, un nouveau mode opératoire en Guinée
Depuis deux ans, opposants, journalistes et militants pro-démocratie subissent une vague sans précédent de disparitions forcées : au moins une vingtaine de personnes ont été kidnappées par des gendarmes et des militaires de la junte CNRD, selon les témoignages. Mais depuis l’an dernier, ce sont les proches d’opposants en exil qui sont visés par les enlèvements, jeunes enfants comme personnes âgées.
« Un mode opératoire unique en Afrique », insiste Aua Baldé du Groupe de travail de l’ONU sur les disparitions forcées, interrogée par Sidy Yansané de la rédaction Afrique. « Toutes les disparitions forcées nous inquiètent, mais quand il s’agit d’enfants mineurs kidnappés pour faire pression sur leurs parents, c’est un acte d’une exceptionnelle cruauté. Les enfants sont bien plus vulnérables que les adultes. Les séquelles physiques et psychologiques chez les mineurs s’installent durablement. Nous sommes vraiment inquiets !
Il est évident que dans ce contexte actuel en Afrique, les disparitions forcées sont nombreuses, mais elles interviennent dans les manifestations, les élections ou les zones de conflit. Nous documentons toutes sortes d’enlèvements à travers le continent, mais dans le cas particulier de la Guinée, où le gouvernement vise spécifiquement les enfants et les parents âgés d’opposants en exil. Pour l’instant, c’est un mode opératoire que l’on constate uniquement en Guinée. »
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