Herménégilde Chiasson: 60 ans d’estampes

Herménégilde Chiasson propose de revisiter son parcours en estampe dans une nouvelle exposition présentée à la Galerie 12 à Moncton. De la gravure sur bois et sur métal à la sérigraphie en passant par la lithographie, cette collection de 18 œuvres offre un voyage à travers 60 années de création.

C’est en 1966 que Herménégilde Chiasson réalise sa première estampe dans un cours de Claude Roussel à l’Université de Moncton. Une gravure sur bois intitulée Portrait de jeune femme. Il croyait avoir perdu cette œuvre imprimée sur du papier journal dans un incendie. En la retrouvant, il a eu l’idée de monter une exposition sur son parcours en estampe lui est venue.

«Je me suis dit, ce serait comme intéressant de les mettre dans une même place, puis de leur donner comme une dimension formelle. J’ai acheté des cadres blancs pour que ça donne une plus grande présence à l’image», a raconté en entrevue l’artiste multidisciplinaire natif de Saint-Simon.

Au fil des années et de ses déplacements à Paris, New York, Freeport, Banff, Moncton et Sackville, l’artiste qui habite depuis plusieurs années à Grand-Barachois où il a son atelier, a exploré différentes techniques d’estampe. L’exposition, qui rassemble une infime partie de sa production en gravure, témoigne de différentes époques marquantes de l’artiste allant des années 1960 jusqu’à aujourd’hui. «J’ai comme trois tiroirs d’architectes remplis de gravures», a-t-il mentionné.

C’est à l’Université Mount Allison dans les années 1970 qu’il est devenu un peu plus sérieux dans sa pratique en estampe. S’il a expérimenté plusieurs techniques, il reste que la sérigraphie est son médium de prédilection.

«Mon médium, c’était vraiment la sérigraphie. J’ai toujours aimé ça parce qu’avec la couleur, tu peux faire des masses de couleurs impeccables et ça, je trouve ça beau.»

On peut en voir quelques exemples dans l’exposition, notamment avec la série sur les chiffres aux couleurs vibrantes. Il raconte qu’il s’était donné le défi d’imprimer une œuvre par semaine, un peu pour braver son professeur avec qui il avait eu une altercation.

«Démocratiser les arts visuels»

L’estampe permet en quelque sorte aux gens de s’initier à l’art, les œuvres étant plus abordables. En réalisant des gravures, l’artiste estime qu’il rendait ainsi l’art plus accessible. Si un tableau se vendait à l’époque 600$, il était facilement possible de se procurer une estampe pour 60$.

«J’avais en tête l’idée que le coût d’une estampe est plus abordable que celui d’un tableau, mais qu’éventuellement cela peut aussi donner le goût à des collectionneurs peu fortunés d’acquérir des es­tampes en attendant de pouvoir acquérir des oeuvres de plus grande envergure.»

Lorsqu’il est allé étudier à L’École nationale supérieure des arts décoratifs à Paris, il a réalisé une estampe sur le mythe de l’artiste célèbre que l’on peut voir dans l’exposition. Au fil des années, il s’est mis à intégrer de l’écriture dans ses œuvres, comme dans sa série de poèmes Haïku sur la nature, associée à une estampe pour chaque mois de l’année. La série qui est toujours en création deviendra peut-être un livre d’artiste, songe-t-il. Il compte placer les oeuvres dans un coffret. Les poèmes d’Herménégilde Chiasson ont été traduits par Jo-Ann Elder.

L’exposition présente aussi la seule lithographie qu’il a réalisée. Elle date de ses études à New York.

En parcourant l’exposition, on découvre un peu la trajectoire de l’artiste qui a eu de nombreuses vies au cours de sa carrière prolifique d’écrivain, de cinéaste, de dramaturge et d’artiste visuel. L’exposition comprend aussi des monotypes retouchés avec de la craie, dont un qui est malheureusement d’actualité où l’on aperçoit un destroyer et une bombe.

Dans le tableau Botticelli qui marie trois techniques, gravure sur bois, jet d’encre et sérigraphie, on peut y lire un extrait de son recueil Conversations pour lequel il a reçu le Prix littéraire du Gouverneur général. L’exposition se termine avec une estampe intitulée, Comme si la vie pouvait, qu’il a réalisée lors d’une résidence à Freeport au Maine.

L’amour du papier

Étant aussi écrivain et poète, l’artiste a toujours eu une fascination pour le papier. Avec l’arrivée des technologies numériques, tout devient de plus en plus immatériel, mentionne-t-il.

«Il y a aussi beaucoup d’expositions que ce sont des installations, des pièces qui sont temporaires. D’avoir une œuvre comme ça [au mur], c’est sûr que ça fait référence au passé et tout ça, mais dans mon esprit, c’est quelque chose qui va rester et c’est la force des arts visuels. »

Cofondateur de l’Atelier d’estampe Imago à Moncton qui, avec l’atelier St-Michaels à Terre-Neuve, est l’un des rares établissements équipés pour cette forme d’art en Atlantique, Herménégilde Chiasson estime que ce médium se porte bien en Acadie. Les différentes techniques de gravure exigent un travail méticuleux. Or, il est plutôt rare de voir des expositions d’estampes dans la région, à l’exception des projets menés par Imago, note l’artiste qui a voulu en quelque sorte amener cette forme d’art au public avec son exposition.

L’exposition 60 ans d’estampes est présentée jusqu’au 26 mai.

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