IA & Emploi : la France joue sa souveraineté économique — et elle est en retard

Par le mouvement politique du Repère Humaniste — www.reperehumaniste.fr

Le chiffre devrait alerter davantage qu’il ne le fait : d’ici 2026-2029, selon l’étude Coface, près de 5 millions de postes en France pourraient être menacés par l’automatisation liée à l’intelligence artificielle. Un emploi sur huit verrait plus de 30 % de ses tâches confiées à une machine. Et contrairement aux révolutions industrielles précédentes, ce ne sont pas les ouvriers qui sont en première ligne — ce sont les cadres, les juristes, les comptables, les ingénieurs.

Pendant ce temps, la France publie 3,4 % d’offres d’emploi mentionnant l’IA. Le Royaume-Uni est à 7,5 %. L’Allemagne à 4,1 %. Nous sommes derniers en Europe occidentale.

Ce n’est pas une anecdote. C’est un signal.

L’IA ne détruit pas l’emploi — elle le redistribue. Et la redistribution se fait sans nous.

Le Forum Économique Mondial projette que d’ici 2030, l’IA supprimera 92 millions d’emplois mais en créera 170 millions. Solde net : +78 millions. Mais ce calcul rassurant cache une réalité brutale : 40 % des compétences actuelles de la main-d’œuvre mondiale deviendront obsolètes d’ici cinq ans. Et les nouveaux emplois ne se créeront pas là où les anciens disparaissent.

Plus inquiétant encore : selon une étude de la Harvard Business Review publiée en janvier 2026, 39 % des dirigeants reconnaissent avoir réduit leurs effectifs par anticipation des capacités de l’IA — pas sur la base de résultats prouvés, mais par anticipation. On licencie avant même que la machine soit efficace. Le phénomène a un nom : l’AI washing. L’intelligence artificielle devient le prétexte commode de restructurations motivées avant tout par la réduction des coûts.

Ce que propose Repère Humaniste — et pourquoi c’est urgent

Face à cette transformation, deux réponses sont également irresponsables : le déni, et la panique.

Le déni, c’est faire semblant que l’IA n’est qu’un outil comme un autre, que le marché s’adaptera seul, que la formation professionnelle existante suffira. Elle ne suffit pas.

La panique, c’est criminaliser la technologie, freiner la recherche, ou promettre des protections qui ne protègent rien.

Repère Humaniste propose une troisième voie : l’anticipation organisée.

Concrètement, cela passe par trois mesures que nous défendons :

Premièrement, abonder le Compte Personnel de Formation (CPF) de manière ciblée pour les métiers les plus exposés à l’automatisation, selon la classification de l’OCDE. Pas des formations génériques — des certifications orientées vers les métiers d’avenir identifiés par France Compétences.

Deuxièmement, créer un Observatoire public IA & Emploi qui publie chaque année une cartographie des métiers à risque et des secteurs porteurs. Anticiper plutôt que subir. Aujourd’hui, ni les salariés ni les syndicats ni les élus ne disposent d’un outil fiable et indépendant pour mesurer l’impact réel de l’IA sur le marché du travail français.

Troisièmement, imposer un audit public des algorithmes utilisés dans les décisions à fort impact social : attribution de prestations, scoring bancaire, recrutement automatisé, contrôle judiciaire. L’IA Act européen pose un cadre — nous proposons que la France soit exemplaire dans son application, pas simplement conforme.

Une question de souveraineté

La France se classe 5ème mondiale dans le Global AI Index 2024. Elle est 3ème mondiale en nombre de chercheurs spécialisés en IA. Elle a attiré 109 milliards d’euros d’investissements annoncés lors du Sommet IA de Paris en 2025.

Ces chiffres sont réels. Ils sont aussi insuffisants si les gains de cette révolution technologique ne profitent qu’aux actionnaires des grandes plateformes — majoritairement américaines ou chinoises — et laissent de côté les travailleurs français en transition.

La souveraineté numérique ne se joue pas seulement dans les laboratoires de recherche. Elle se joue dans les centres de formation, dans les conventions collectives, dans les outils de reconversion que l’État met ou ne met pas en place.

Repère Humaniste est un mouvement politique humaniste, républicain et pragmatique. Programme complet.

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