Jusqu’à 200 jours pour payer une facture : les délais de paiement des collectivités et des hôpitaux publics envers les entreprises s’améliorent mais restent trop longs
Les services de l’Etat, les collectivités, l’EPFAG, les socioprofessionnels… Tous ceux qui bâtissent la Guyane de demain se sont réunis mercredi 15 juillet à la Préfecture pour participer au haut conseil à la commande publique. A l’ordre du jour : l’épineuse question des délais de paiement. « La CTG a vraiment conscience des difficultés des entreprises. C’est toute l’économie du territoire qui en souffre », reconnait Jean-Luk Le West, vice-président de la Collectivité territoriale de Guyane, dès le début de la réunion. La CTG fait partie de ceux qui ne respectent pas le délai réglementaire dans la commande publique. Il est de 30 jours pour l’Etat, les collectivités et leurs établissements publics, et de 50 jours pour les établissements publics de santé.
Les hôpitaux, et certaines communes accusent d’importants retards de paiement
L’intervention du directeur des finances publiques va permettre de connaître pour la première fois la réalité des retards de paiement, en fournissant le délai moyen observé pour le règlement des factures.
Les établissements publics de santé accusent le délai global de paiement le plus important : 148 jours en moyenne au 31 mai 2025.
Côté CTG, Grégory Routard note une « nette amélioration, on gagne 14 jours de délai de paiement. C’est considérable ». Le délai de paiement a donc été réduit à près de 46 jours au 31 mai 2025 contre 60 jours un an plus tôt.
Amélioration aussi du côté des établissements publics de coopération intercommunale (CACL, CCEG, CCDS et CCOG) : 31,12 jours au 31 mai 2026 contre 35,28 au 31 mai 2025.
Pour ce qui est des communes, la moyenne globale du délai de paiement s’améliore de 9 jours. 52,83 jours au 31 mai 2026 contre 61,28 au 31 mai 2025.
Dans le détail, voici les communes qui ne dépassent pas le délai de paiement réglementaire de 30 jours au 31 mai 2026 : Apatou, Awala-Yalimapo, Camopi, Grand Santi, Montsinéry-Tonnégrande, Papaïchton, Rémire-Montjoly et Roura.
Certaines communes sont à peine au dessus du seuil des 30 jours (33 jours au plus) : Cayenne, Macouria, Mana, Maripasoula, Ouanary et Saint-Elie.
Enfin, voici les communes largement au-dessus du délai de paiement réglementaire :
- Sinnamary : 44,79 jours au 31 mai 2026 contre 31,65 jours au 31 mai 2025
- Régina : 44,86 jours au 31 mai 2026 contre 54,91 jours au 31 mai 2025
- Saul : 52,37 jours au 31 mai 2026 contre 40,43 jours au 31 mai 2025
- Saint-Laurent : 61,13 jours au 31 mai 2026 contre 49,68 jours au 31 mai 2025
- Iracoubo : 63,42 jours au 31 mai 2026 contre un record de 869,63 jours au 31 mai 2025
- Kourou : 80,91 jours au 31 mai 2026 contre 43,15 jours au 31 mai 2025
- Matoury : 99,92 jours au 31 mai 2026 contre 51,27 jours au 31 mai 2025
- Roura : 209,02 jours au 31 mai 2026 contre 35,36 jours au 31 mai 2025
Quant à l’Etat, son délai global de paiement était d’un peu plus de 13 jours fin juin, soit 4 jours en dessous du niveau national.
« Aujourd’hui, on a les éléments de surveillance qui permettent de dire là où ça freine. Avant, on n’avait pas ces chiffres-là. On arrive à mettre le doigt sur les collectivités qui respectent le jeu de l’amélioration. Ce qu’on cherche, c’est l’amélioration. »
Mathieu Antoinette, président de la FRBTP Guyane (Fédération Régionale du Bâtiment et des Travaux Publics)
Une charte de la commande publique signée en octobre 2025
Le directeur des finances publiques voit dans ces améliorations le résultat de la charte sur la commande publique signée en octobre 2025 entre les socio-professionnels, les chambres consulaires, les collectivités, l’Etat, et l’Ordre des experts comptables. Elle visait à ce que les mandats de petits montants soient payés plus vite, et à gagner en transparence pour mieux analyser ces délais de paiement.
Mais ces délais de paiement sont encore trop longs, insiste Didier Magnan, président des Entrepreneurs de Guyane (ex-CPME) : « On vient de vivre 2 années catastrophiques sur notre territoire avec des défaillances d’entreprise en cascade, il est impératif d’améliorer ça au plus vite. On constate un glissement des délais de paiement depuis le début de l’année. L’Urssaf, eux, ils ne veulent pas être payés à 80 jours, les salariés non plus ».
« Il y a des progrès, mais ils ne sont pas assez rapides, ce n’est pas satisfaisant. Il y a des progrès, mais c’est comme un clou, c’est pas au premier coup de marteau qu’on l’enfonce donc on va donner encore des coups de marteau pour que ça avance. »
Didier Magnan, président des Entrepreneurs de Guyane (ex-CPME)
Pour les entreprises en difficulté, qui n’arrivent plus à payer les salaires ou qui risquent la cessation de paiement, la direction régionale des finances publiques et la caisse générale de la sécurité sociale ont mis en place un guichet unique. « On s’engage à répondre dans les 10 jours. On fait l’intermédiaire avec la collectivité. Si on voit qu’il n’y a pas de possibilité, on peut octroyer nous-mêmes des délais sur la partie fiscale ou sociale », détaille Grégory Routard.
Depuis sa création en octobre 2025, ce guichet unique a déjà accompagné une trentaine d’entreprises.
Un délai global de paiement de près de 150 jours pour les hôpitaux de Guyane
Pour éviter de telles situations, certaines entreprises auraient tenté de gonfler leurs prix. Le président de la FRBTP Mathieu Antoinette partage l’exemple des appels d’offre du centre hospitalier : « L’ensemble des lots a été infructueux parce les délais de paiement de l’hôpital font en sorte que toutes les entreprises, pour compenser ces délais de paiement, augmentent les tarifs. Pour éviter d’avoir ce problème, je pense que l’amélioration des délais de paiement fera que les prix deviendront plus justes ».
Avec un délai global de paiement de près de 150 jours, les 3 hôpitaux de Guyane font partie des 10% d’établissements publics de santé qui ont un délai global de paiement entre 120 et 250 jours en France.
« Après plusieurs exercices en fort déficit, la trésorerie des 3 EPS (établissements publics de sané) de Guyane est en très forte tension. Le paiement des charges est un défi permanent. La direction générale du CHU est pleinement engagée pour améliorer la situation financière. Les efforts de redressement commencent à porter leurs fruits. La situation devrait s’améliorer au cours des toutes prochaines années. Nous sommes très sensibles à la situation de nos prestataires et maintenons un dialogue régulier pour éviter que notre délai global de paiement leur créée des difficultés insurmontables. »
Centre Hospitalier Universitaire de Guyane
« Je ne voudrais pas parler de lenteur administrative »
Du côté de la CTG, pas de problème de trésorerie. Alors, comment expliquer ce délai global de paiement encore trop long. « On avait fléché un de nos collègues pour faire cette analyse », répond Jean-Luk Le West. « Il faut savoir si nous avons les bons outils pour traiter ces délais de paiement et est-ce que les utilisateurs, les gens qui nous laissent leurs factures sur les plateformes, savent bien s’en servir et puis, quelquefois, si vous avez une différence de 5 centimes (sur une facture) ça ne passe pas. C’est très minutieux d’un côté, peut-être moins ergonomique, et puis, je ne voudrais pas parler de lenteur administrative, je pense que les agents, la collectivité, les élus ont bien compris l’intérêt de pouvoir aller beaucoup plus vite ».
Le vice-président de la CTG a également entendu la demande d’amélioration sur la retenue de garantie, cette somme d’argent destinée à couvrir d’éventuelles malfaçons constatées lors de la livraison des travaux. « Je pense qu’il y a quelque chose à faire et très rapidement. J’y travaille avec ma délégation. J’aurais voulu avoir une liste exhaustive des gens concernés par cela pour interagir dossier par dossier ».
Prochaine réunion autour de la commande publique en septembre
L’autre inquiétude des socio-professionnels, c’est la baisse de la commande publique, et le manque de visibilité. Lors de haut conseil à la commande publique, les donneurs d’ordre n’ont évoqué que quelques exemples : le futur échangeur des Maringouins, le prochain lycée professionnel de Matoury, les collèges de Saint-Laurent et de Macouria à venir, et les chantiers de l’EPFAG. Pas de quoi rassurer les représentants des entreprises.
« Il y a certes des marchés qui sont annoncés mais nous voulons aussi des marchés qui soient engagés, qui soient financés, et surtout des ordres de service. Ça veut dire des chantiers qui sont en travaux. La profession ce qu’elle demande, c’est quel est le volume d’affaires qui sera mis en travaux », s’inquiète Mathieu Antoinette, président de la FRBTP. « Les prochains jours vont être relativement sombres », renchérit Didier Magnan, président des Entrepreneurs de Guyane.
Au mois de septembre, maîtres d’ouvrage publics et socio-professionnels devraient se retrouver pour une revue de projets. Le Préfet s’y est engagé, ils feront le point sur l’avancement et le calendrier des chantiers engagés et à venir.
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