Le Burkina Faso lance des diaspora bonds, une tendance qui s’étend en Afrique

Longtemps cantonnés à l’aide familiale, les transferts des diasporas africaines deviennent un enjeu de financement public. Face à des budgets sous tension et à des marchés internationaux moins accessibles, plusieurs États misent sur le sentiment d’appartenance pour lever des capitaux.

Le Burkina Faso a lancé le mercredi 6 mai la première phase de son programme de diaspora bonds, baptisé « Emprunt patriote ». Avec un objectif de mobilisation de 125 milliards FCFA (environ 190 millions d’euros), cette opération survient quelques mois après que le Sénégal a mobilisé sa propre diaspora sur les marchés. Les deux pays sont confrontés à des contraintes de financement qui les incitent à miser sur l’épargne de leurs ressortissants de l’extérieur.

L’émission burkinabè est structurée en deux compartiments, offrant des rendements de 6,75% sur cinq ans et de 6,85% sur sept ans. Un consortium conduit par Vista Bank Burkina Faso (arrangeur), en partenariat avec la Société burkinabè d’intermédiation financière (coarrangeur et chef de file) et Oragroup Securities (coarrangeur et cochef de file), a été mandaté pour structurer l’opération. Les fonds visent à financer une zone franche agroindustrielle, une usine de production d’engrais, une centrale hydroélectrique, des logements sociaux et des projets routiers.

Pression budgétaire 

Le contexte burkinabè rend le recours à cette opération particulièrement indiqué. La crise sécuritaire absorbe une part croissante des ressources publiques, les dépenses militaires ayant représenté 29,5% du budget de l’État en 2024, contre 28,4% en 2023, selon la Banque africaine de développement. La dette publique a atteint 58,4% du PIB la même année, en hausse de trois points en un an. La composition de cette dette révèle une tendance de fond, puisque la dette intérieure en représente 59,6%, financée principalement par le marché régional de l’UEMOA à des taux moyens de 5,7% par an, jugés « élevés » par l’institution panafricaine. Les financements extérieurs, eux, se contractent sous l’effet de l’insécurité persistante, qui décourage les investisseurs internationaux et réduit les marges de manœuvre de l’État. Dans ce contexte, la diaspora burkinabè, estimée à 16 millions de personnes,représente un vivier à mobiliser. Ses transferts nets ont atteint 220 millions de dollars (environ 187,5 millions d’euros) en 2023 et contribuent à hauteur de 3% du PIB en 2025, selon les autorités.

« Pour la première fois le Burkina Faso met en place un mécanisme structuré permettant à sa forte diaspora, où qu’elle se trouve dans le monde, de contribuer directement et de façon durable au financement des projets prioritaires des pays […] Il s’agit d’un instrument innovant, qui marque une étape majeure dans la mobilisation de ressources endogènes au service du développement national », a déclaré Simon Tiemtoré, président de Vista Group, au cours de la cérémonie de lancement.

Une alternative qui gagne en intérêt 

En adoptant cet instrument, Ouagadougou suit une voie déjà empruntée par le Sénégal, dont la situation budgétaire est encore plus dégradée. La découverte d’une « dette cachée » évaluée à 8 300 milliards FCFA a porté l’endettement public à près de 119% du PIB, tandis que le soutien du FMI a été suspendu. En septembre 2025, Dakar a pourtant réussi un appel public à l’épargne de plus de 450 milliards FCFA sur le marché de l’UEMOA, grâce à la participation notable de sa diaspora.

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Il faut souligner que l’UEMOA, à travers la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) nourrit depuis la fin des années 2010 l’idée de mieux structurer l’investissement de la diaspora à travers ce type d’instrument. Sur le continent, cette zone monétaire n’est cependant pas la seule concernée, puisque le Cameroun explore depuis quelques mois l’idée de lancer un emprunt dédié à ses ressortissants établis à l’étranger. Au Ghana, la banque centrale a présenté en avril dernier un mécanisme similaire à travers son initiative Remit2Invest. Elle vise à orienter vers des secteurs productifs les transferts de la diaspora ghanéenne, qui ont atteint 7,8 milliards $ en 2025, dépassant pour la première fois les investissements directs étrangers.

Reste que les diaspora bonds ne garantissent pas le succès. Si le Nigeria avait levé 300 millions de dollars en une seule journée en 2017, l’Éthiopie a eu deux tentatives en 2008 et en 2011, sans grand succès. Pour le Burkina Faso, la réponse est attendue d’ici le 6 juin 2026, date de clôture annoncée de la souscription.

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