Le désert médiatique des énergies propres

Une étude menée par Africa Climate Insights et Teranga Lay au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Sénégal montre que la presse écrite et en ligne généraliste accorde une place très limitée aux énergies renouvelables. Sur plus de 7 700 contenus analysés, à peine 1 % abordent le sujet.

Selon un rapport publié en novembre 2025, par Africa Climate Insights et Teranga Lab, et s’appuyant sur une enquête réalisée en août 2025, au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Sénégal, combinant approches quantitative et qualitative, les journaux et la presse en ligne généralistes réservent une faible part aux sujets relatifs aux énergies renouvelables. En effet, selon l’étude, sur 7 798 contenus éditoriaux publiés par les journaux quotidiens et la presse en ligne d’information générale monitorés, à peine 1% est accordé aux énergies renouvelables. 

En moyenne, les 24 médias suivis dans le cadre de cette étude consacrent moins de 10 articles par semaine aux énergies durables, soit moins d’un article par semaine et par média. Et il existe des disparités selon le statut privé ou public du média. Les huit (8) médias publics monitorés parmi les 24 ont assuré plus de 43% des contenus éditoriaux publiés. De plus, les rares contenus portant sur les énergies renouvelables figurent exceptionnellement à la Une des journaux. 

Par ailleurs, l’enquête montre que la couverture médiatique des énergies durables dépend en grande partie des activités présidées par des autorités politico-administratives, s’exprimant ainsi trois fois plus que les acteurs de la société civile et les experts. Ce faisant, les journalistes se contentent d’en faire écho, en utilisant le format éditorial qui est le compte rendu. Ils ne prennent guère d’initiatives allant dans le sens d’un traitement plus approfondi, à travers des reportages, des enquêtes ou des dossiers sur les énergies renouvelables, fondés sur des données probantes et accessibles. Sur le plan thématique, le monitoring révèle que l’énergie solaire bénéficie de près de plus de 70% de taux de couverture médiatique, par rapport à l’éolien et à l’hydroélectricité, participant à conforter la perception selon laquelle « énergie renouvelable équivaut au solaire ». 

ABSENCE DE SERVICES DÉDIÉS À L’ENVIRONNEMENT DANS LES RÉDACTIONS 

Sur le plan qualitatif, l’évaluation de 50 articles portant sur les énergies renouvelables, collectés dans le cadre de cette étude, en Mauritanie, au Mali, au Sénégal, au Niger et au Burkina Faso, montre que les journalistes du Sahel évoquent très peu des conventions régionales et internationales relatives à l’environnement, les énergies renouvelables et la lutte contre le réchauffement climatique en particulier. Ils n’exploitent pas non plus des sources de données ouvertes pour enrichir leurs articles, même si le ton qu’ils utilisent décrit largement les énergies renouvelables comme celles de l’avenir pour le Sahel. Les acteurs médiatiques interrogés, dans le cadre de cette enquête, attribuent cette marginalité éditoriale à plusieurs facteurs dont l’absence d’une redéfinition des lignes éditoriales des médias locaux, historiquement dominées par les faits de société et la politique, et ce, malgré toute la place que la problématique du développement durable et de la transition énergétique occupe dans les agendas politiques, nationaux et internationaux. Ils évoquent également des contraintes structurelles telles que le modèle économique et financier précaire des médias, les faibles compétences spécifiques des journalistes pour traiter les énergies renouvelables, l’inexistence de services dédiés au traitement de l’information sensible à l’écologie dans les médias privés en particulier. 

En effet, contrairement à la presse publique, 15 sur 16 médias privés, monitorés au Sénégal, au Burkina Faso, au Niger et au Mali, ne disposent pas de services dédiés au traitement de l’actualité environnementale et des questions liées au Développement Durable. 

Par ailleurs, la proportion marginale des énergies renouvelables reflète une faible stratégie d’engagement de la partie médiatique chez les acteurs de la société civile et le monde des affaires qui militent pour une transition énergétique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre, étant donné que l’information médiatique est, en grande partie, le produit d’une coconstruction entre journalistes et acteurs extra-médiatiques. Africa Climate Insights et Teranga Lab, demandent aux OSC d’accroître la sensibilisation des leaders des médias et des journalistes, pour arriver à une reconfiguration des pyramides éditoriales, en positionnant la problématique du Développement Durable et de la transition énergétique inclusive parmi leurs priorités d’ordre informationnel. 

Les organisations demandent aussi à la société civile d’intensifier le plaidoyer pour une transition énergétique juste, en mettant en œuvre une stratégie de communication qui engage beaucoup plus les acteurs médiatiques. Les deux organisations souhaitent aussi que la presse renforcent les connaissances des journalistes sur les enjeux liés à la transition énergétique et leurs capacités en journalisme de données et d’investigation, en nouant des partenariats avec les organisations de la société civile, les ONG, les think tanks, et les instituts et centres de recherche. 

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