Mali : Awa, 8 ans, non voyante et prodige du kamalé ngoni

Derrière les cordes de son kamalé ngoni se dessine une silhouette discrète mais déterminée. À seulement 8 ans, Awa Diaouné joue déjà de cet instrument traditionnel à cordes pincées, aujourd’hui peu pratiqué par les jeunes générations au Maliet encore plus rarement par les filles. Née aveugle, la fillette a trouvé dans la musique un espace de liberté et d’expression, une manière d’ouvrir son propre horizon.

Une passion née à l’écoute des maîtres

C’est en écoutant les chansons du célèbre griot malien Bazouma Sissoko qu’Awa découvre le kamalé ngoni. Fascinée par les sonorités de l’instrument, elle demande à son père de lui en acheter un.

« Le kamalé ngoni représente beaucoup pour moi. J’écoutais les chansons de Bazouma Sissoko et j’entendais les notes de son instrument », raconte-t-elle. « Cet instrument me permet de me détendre. »

Rapidement, la musique dépasse le simple loisir. Contrairement à l’une de ses sœurs, tournée vers la musique moderne, Awa choisit les sonorités traditionnelles. À travers ses mélodies, elle nourrit déjà l’ambition de faire carrière et de contribuer à la sauvegarde d’un patrimoine musical menacé.

Apprendre par les vibrations et la mémoire

À Boulkassoumbougou, un quartier populaire de Bamako, Awa s’exerce avec rigueur. Trois fois par semaine, son maître de musique, Mamadou Diarra, se rend au domicile familial pour l’accompagner dans son apprentissage.

« Ce ne sont pas les yeux qui jouent », explique-t-il. « En seulement une semaine, elle comprenait déjà les notes. Aujourd’hui, elle peut jouer beaucoup de morceaux toute seule. »

Privée de la vue, la jeune musicienne apprend à reconnaître les vibrations et les notes des dix cordes du kamalé ngoni. Une capacité d’écoute et de mémorisation qui impressionne son entourage.

Sur les pas d’Amadou et Mariam

Grâce aux réseaux sociaux, le talent d’Awa dépasse désormais le cadre familial. Sur TikTok, ses vidéos où elle reprend des chansons ou improvise cumulent des millions de vues.

Une exposition suivie de près par sa famille, attentive à concilier études et musique. « Awa est très studieuse, et cela ne l’empêche pas de faire de la musique », souligne sa tante, Kadiatou Keïta. « Toute la famille la soutient dans cette voie. »

Interne à l’Institut national des aveugles du Mali, Awa marche dans les pas d’illustres aînés. C’est dans cette même école que le duo Amadou et Mariam s’est rencontré avant de conquérir les scènes internationales.

« Bien encadrée, elle peut devenir une grande artiste du Mali », estime son instituteur, Alamissa Cissé.

Entre les caractères braille et les cordes du kamalé ngoni, Awa Diaouné avance avec assurance. « Je suis convaincue que ce kamalé ngoni m’emmènera loin », confie-t-elle. Dans un Mali où les traditions musicales se transmettent de moins en moins, la jeune musicienne rêve déjà de porter ce son ancestral au-delà des frontières.

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