Mode et tendances : Des doigts qui créent et modèlent pour la promotion du Made in Niger

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Depuis toujours, la femme est considérée comme le socle de la communauté. On attend d’elle qu’elle accomplisse tous ses devoirs de fille, d’épouse et de mère. Dans la vie active, les hommes sont au-devant de la scène. Ils produisent, vendent et participent activement au développement socio-économique. Mais, aux côtés de ces derniers, certaines femmes se battent quotidiennement pour survivre, inspirer, encourager et faire valoir leur place en menant un combat silencieux et invisible aux yeux du monde, mais qui reste visible et réel pour elles. Déterminées, motivées et le cœur rempli d’espoir, ces braves femmes n’hésitent pas à se lancer dans diverses activités génératrices de revenus. Parmi elles, il y en a qui se démarquent. Elles exercent des métiers dans lesquels la gent masculine est prédominante, mais elles réussissent à se faire une place et faire valoir leurs productions.

Dans l’enceinte du village artisanal de Wadata, à l’arrière du bâtiment, dans un calme inouï, les ateliers abritant les femmes semblent inexistants tant le silence est maître. Pourtant, elles sont là, occupées à créer et concentrées sur leurs productions. C’est le cas de Mme Hadiza Ahmed, originaire de la localité d’Ayorou. Âgée de 53 ans et mère de quatre (4) enfants, cette femme travaille le cuir depuis sa tendre enfance, un savoir-faire qu’elle a hérité de sa mère. Passionnée, elle exerce ce métier depuis plus de trente ans. Chaque matin, cette artisane se rend au village artisanal. À l’intérieur de son atelier, assise sur une natte, l’artisane trace sa ligne sur chaque pièce qu’elle confectionne. Devant elle, un petit tabouret en bois lui sert de support pour déposer le cuir, le polir et dessiner des motifs géométriques simples mais captivants. Entourée de petits pots disposés sur un plateau carré, contenant des colorants divers, elle dessine grâce à son couteau aiguisé, qu’elle trempe dans les pots pour l’imprégner de la couleur voulue et tracer à la perfection le motif souhaité. « Tous les motifs que je dessine sont le fruit de mon imagination. parfois, je m’inspire d’une forme spécifique pour faire un dessin plus moderne », souffle-t-elle sans lever les yeux de son dessin.

Sacs et chaussures en cuir, pochettes pour femmes, trousses de voyage, coussins poufs en cuir, bijoux en perles ou en argent à la demande du client, tout y passe, mais la spécialité de cette femme, ce sont les valises  en cuir. Ici, tout est fait à la main, du lissage du cuir à l’assemblage de l’article jusqu’à l’obtention du produit final.

… fait parler son talent

Pour créer ses chefs-d’œuvre, la créatrice achète le cuir elle-même à un prix variant de 2 500 à 3 500 FCFA. Par la suite, elle procède à son nettoyage en le faisant tremper dans de l’eau avec du détergent pendant un bon moment. Après cette étape, elle le badigeonne d’huile d’arachide avant de le faire sécher au soleil. Ensuite, Mme Hadiza s’applique à lisser le cuir, l’assouplir, le polir et dessiner de beaux motifs aux couleurs attrayantes. Petit caillou en forme ovale en main, la créatrice frotte ce dernier sur le cuir travaillé afin de le faire briller de mille feux, le tout dans l’objectif d’attirer l’attention et de rendre le résultat plus agréable aux yeux.

Relativement aux prix de ses différentes créations, l’ensemble sac et chaussure est vendu à un prix variant de 40 000 à 50 000 FCFA. Pour les pochettes, il tourne autour de 2 000 FCFA car tout dépend de la demande et du besoin du client. Quant aux bijoux, elle confie qu’elle les  fabrique uniquement sur demande spécifique. Pour les vedettes de cet atelier, les valises sont vendues à un montant qui varie autour  de 100 000 FCFA et les coussins sont à 50 000 FCFA pour deux unités, mais l’ensemble composé du tapis et de quatre coussins poufs se vend autour de 200 000.

Talentueuse   maroquinière, ses doigts connaissent le cuir par cœur. Chaque point est une mémoire et chaque motif, un langage. Cette femme fait partie de celles qui ont décidé de ne pas rester oisives. Entre tradition, héritage et survie économique, la créatrice Mme Hadiza Ahmed se bat tous les jours pour se faire un nom dans ce domaine connu et dominé par les hommes. Entre ces derniers qui ne facilitent pas l’intégration des femmes et la société qui porte un regard critique à ces dernières, le combat est rude et permanent. « Qu’est-ce qu’une femme fait parmi les hommes ? », dit-elle sèchement en se rappelant tous les jugements entendus. « Au début, j’entendais beaucoup de critiques à mon égard, mais j’ai préféré me concentrer sur ce que je sais faire et mon objectif. Certains artisans me voyaient comme une concurrente faible et la cohabitation a été difficile. Mais mon mari m’a soutenue. Il a été compréhensif et ça m’a encouragée », a-t-elle confié avec un sourire aux lèvres. Un soutien précieux qui lui donne de l’énergie positive face aux remarques négatives.

Femme et cheffe de famille, l’artisane prend en charge huit (8) personnes et elle assure, grâce à ce métier, la subsistance de son foyer et de ses parents. Outre cela, ce travail a offert à Mme Ahmed Hadiza beaucoup d’opportunités, notamment des voyages à l’extérieur du pays, la participation à des formations pratiques de qualité, l’achat d’une parcelle, la construction d’une maison. « Je suis allée dans plusieurs pays comme le Canada, la France, le Mali, la Côte d’Ivoire, etc. Je paie entièrement la scolarité de mes enfants et mes parents sont à ma charge. Tout ce qu’une femme peut s’offrir, je peux me l’autoriser et tout ce qu’un homme peut accomplir, je le peux  aussi », dit-elle avec fierté. Aussi, grâce à ce travail, elle dit avoir  remporté plusieurs prix et attestations lors de grands événements comme l’obtention du premier prix du Salon de l’Artisanat pour la Femme en 2011 (SAFEM), le prix d’excellence MIVA 2021 en Côte d’Ivoire ou la certification d’invitée d’honneur et partenaire de l’association Le Pont de la Maggia en France.

Malgré ce succès, la créatrice fait face à des difficultés notoires depuis quelque temps. Imaginer, créer les motifs et moderniser ses créations, c’est son quotidien. Mais la vente de ces œuvres est rare ce dernier temps. Le business se fait en dent de scie. « C’est très difficile car nos familles comptent sur nous. Hélas, la clientèle est pratiquement inexistante. Nous fabriquons chaque jour et chaque jour nous sommes face à nos créations », dit-elle d’un ton déçu. Par ailleurs, elle explique que les touristes sont leurs plus grands consommateurs mais, depuis leur départ, la mévente des produits est réelle.

Nonobstant ces difficultés, Mme Hadiza garde encore espoir car, il n’y a pas de place pour l’abandon dans son esprit. « Je vais continuer à me battre. Je refuse d’être spectatrice de ma vie. Je veux offrir une meilleure vie à mes enfants, à ma famille et à moi-même, et j’espère que la population s’intéressera enfin à nos créations qui n’ont rien à envier aux produits importés », a-t-elle dit. Consciente de cette situation, elle a lancé un appel aux autorités et à la population afin que leurs produits soient valorisés. « La vente est au ralenti. Les autorités doivent continuer la sensibilisation et la population doit valoriser les artisans et leur savoir-faire, surtout celui des femmes car certaines mènent un combat invisible. Nous appelons la population à penser à nous, à nous aider et à encourager notre créativité pour que nous puissions donner le meilleur de nous », a-t-elle soutenu.

Par Massaouda Abdou Ibrahim (ONEP)

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