Moncton, seule ville officiellement bilingue du N.-B.? Pas si vite, dit Grand-Sault

IJL

Est-ce que Moncton doit être considérée comme la seule ville officiellement bilingue au Nouveau-Brunswick? Pas si vite, soutient la Municipalité régionale de Grand-Sault.

Lors de sa plus récente réunion publique, le conseil municipal de Grand-Sault a exprimé un certain malaise par rapport au fait que la ville de Moncton est souvent considérée comme la seule ville officiellement bilingue, provenant essentiellement du fait qu’elle a été la première au Canada à le déclarer officiellement en 2002.

Dans un court discours, la maire suppléante de la municipalité, Josée Rioux-Walker, a expliqué que le bilinguisme à Grand-Sault est aussi présent, sinon plus, qu’à Moncton et que la législation du bilinguisme dans la municipalité précède la plupart des législations canadiennes en la matière.

«Constituée en ville le 23 avril 1890, la communauté a toujours été façonnée par son héritage francophone, anglophone et irlandais.»

Elle a raconté qu’en 1958, l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick a adopté une loi exigeant que la municipalité publie tous ses avis publics en français et en anglais dans le même document.

Elle a ajouté que ce moment charnière dans la construction d’une identité bilingue à Grand-Sault s’est produit 11 ans avant l’adoption de la Loi sur les langues officielles de 1969 au Nouveau-Brunswick et 44 ans avant que Moncton se déclare comme ville officiellement bilingue.

«Si Moncton se présente souvent comme la seule ville officiellement bilingue au Canada, un titre obtenu par déclaration de son conseil municipal, le bilinguisme de Grand-Sault n’a jamais eu besoin d’une telle déclaration. C’était déjà inscrit dans la loi», a déclaré Mme Rioux-Walker.

Encore aujourd’hui, les interventions des élus lors des réunions du conseil municipal se font habituellement dans les deux langues officielles.

La municipalité est aussi l’une des rares dont le nom officiel est inscrit dans les deux langues: Grand-Sault/Grand Falls. Ces deux noms ont été enregistrés officiellement au début des années 80.

Il n’existe que quelques cas du genre au pays, dont la ville de Grand Sudbury/Greater Sudbury, en Ontario, et la localité de Cap-des-Caissies/Caissie Cape, au Nouveau-Brunswick.

Selon la maire suppléante, cet aspect donne à la région un avantage, car elle fait partie de son image de marque et représente un outil de développement. Elle estime que cette réalité permet de distinguer Grand-Sault dans l’ensemble du paysage canadien.

Le maire de la Municipalité régionale, Bertrand Beaulieu, a aussi déploré le fait que le bilinguisme officiel de Grand-Sault soit mis à l’arrière-scène, alors que l’on place plus souvent celui de Moncton sous les projecteurs.

«Les cheveux me viennent raides sur la tête chaque fois que j’entends que Moncton est la seule ville bilingue au Nouveau-Brunswick, alors que nous sommes là depuis plus longtemps.»

Selon lui, ce bilinguisme distinctif est un outil important pour attirer de nouvelles entreprises et des touristes.

«C’est une carte de visite que l’on doit utiliser constamment pour être en mesure de promouvoir notre municipalité. On nous écoute avec une oreille attentive lorsque l’on sort cette carte.»

La population francophone demeure majoritaire à Grand-Sault (environ 77% selon les données du dernier recensement de 2021).

Il est à noter que les statistiques ne concernent que l’ancienne ville de Grand-Sault, étant donné que le plus récent recensement a été réalisé avant le regroupement municipal de 2023. Les anciennes municipalités de Drummond et de Saint-André qui ont été amalgamées à Grand-Sault ont une proportion de francophones de 90% et de 85% respectivement.

Dans ce contexte, le maire Beaulieu croit qu’il est important pour l’administration municipale de Grand-Sault d’entretenir une harmonie entre les deux groupes linguistiques en évitant de favoriser une langue au détriment de l’autre.

«Ici, les gens ont toujours fonctionné comme ça (…) On est à l’intersection des communautés francophones à l’ouest de Grand-Sault et des anglophones à l’est. En 1890, quand la ville de Grand-Sault a été incorporée, il y avait déjà une certaine reconnaissance du bilinguisme.»

«On permet aux deux langues de rayonner et de prendre leur place dans la communauté simultanément.»

Bien qu’il estime que la municipalité ait toujours posé des actions pour promouvoir cet aspect distinct, M. Beaulieu croit que ce sera au prochain conseil municipal, qui sera élu en mai prochain, à déterminer si une orientation différente devra être prise.

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