Plus de 80 % des Martiniquais et des Guadeloupéens présentent encore des traces de chlordécone dans le sang, selon l’étude Kannari 2
Les premiers résultats de l’étude Kannari 2 ont été présentés ce mardi 23 juin lors de la première session du colloque scientifique consacré au chlordécone « Comprendre & agir », dédiée à la contamination des milieux, des chaînes alimentaires et des populations.
L’étude révèle que 85,5 % des Martiniquais et 81,3 % des Guadeloupéens présentent encore des traces détectables de chlordécone dans le sang. En moyenne, les concentrations observées atteignent 0,02 microgramme par litre.
Ces résultats confirment que l’imprégnation au pesticide reste largement répandue dans les deux territoires, même si elle apparaît en recul par rapport à la première étude Kannari menée en 2013-2014.
Baisse de l’exposition observée depuis Kannari 1
Douze ans après la première enquête, les scientifiques constatent une diminution de l’imprégnation de la population. En Martinique, le taux de personnes présentant des traces de chlordécone est passé de 92 % à 85,5 %.
L’étude Kannari 2 se distingue également de la première édition par une méthodologie renouvelée et un élargissement des populations étudiées, notamment avec l’intégration d’un important volet consacré aux enfants.
Pêcheurs et agriculteurs, les plus exposés
L’enquête met en évidence plusieurs profils particulièrement concernés par la contamination.
En Martinique, les niveaux les plus élevés sont observés chez les hommes de plus de 50 ans, exerçant principalement les métiers de l’agriculture ou de la pêche dans neuf cas sur dix. Ces personnes résident majoritairement dans des zones terrestres ou maritimes contaminées.
En Guadeloupe, les personnes les plus imprégnées sont également majoritairement des hommes, âgés de plus de 30 ans. Un cas sur deux concerne un agriculteur ou un pêcheur. Ces habitants vivent principalement en milieu rural, notamment en Basse-Terre, où les niveaux d’exposition se rapprochent de ceux observés en Martinique.
L’alimentation, principal facteur d’exposition
Les résultats de Kannari 2 confirment le rôle central de l’alimentation dans l’exposition au chlordécone.
Les chercheurs observent une augmentation de l’imprégnation chez les personnes consommant régulièrement des poissons, crustacés et mollusques provenant de zones à risque.
L’étude montre également que les circuits d’approvisionnement informels contribuent à l’exposition : produits issus des jardins, dons ou achats en bord de route.
À l’inverse, aucune association n’a été mise en évidence entre l’imprégnation au chlordécone et la consommation de légumes-racines, d’œufs ou d’eau du robinet.
1 Martiniquais sur 5 dépasse le seuil de référence sanitaire
Si les niveaux moyens observés sont considérés comme faibles, une partie de la population dépasse encore la valeur toxicologique de référence interne (VTRi) fixée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
Cette valeur correspond à la concentration sanguine en dessous de laquelle le risque d’effets néfastes sur la santé est considéré comme négligeable sur le long terme.
Selon Kannari 2, 18,7 % des Martiniquais et 14,3 % des Guadeloupéens présentent une concentration supérieure à ce seuil de 0,4 microgramme par litre.
Lors de la première étude Kannari, ces proportions atteignaient respectivement 25 % en Martinique et 14 % en Guadeloupe.
Les enfants également concernés par la contamination
Pour la première fois, l’étude s’intéresse de manière approfondie aux enfants âgés de 6 à 17 ans.
Les premiers résultats, encore non pondérés, portent sur 119 enfants inclus dans l’enquête. Parmi eux, 48 présentent des concentrations inférieures au seuil de détection.
En revanche, 10 enfants dépassent la VTRi. Parmi leurs parents, neuf affichent également des concentrations supérieures au seuil sanitaire de référence.
Ces données préliminaires devront être consolidées avant de pouvoir être extrapolées à l’ensemble de la population antillaise.
Les femmes en âge de procréer moins exposées
L’étude révèle également que les femmes âgées de 18 à 49 ans présentent des niveaux d’imprégnation globalement inférieurs à ceux de la population générale.
Malgré cela, 10 % des femmes concernées en Martinique et 5 % en Guadeloupe dépassent encore la VTRi, soulignant la nécessité de maintenir les actions de prévention auprès de ce public considéré comme sensible.
Plus de 3 000 participants mobilisés pour Kannari 2
Lancée dans le cadre du Plan Chlordécone IV par Santé publique France, l’étude Kannari 2 a été réalisée entre janvier et juillet 2024.
Au total, plus de 3 000 personnes, dont 700 enfants âgés de 6 ans et plus, ont participé à l’enquête en Martinique et en Guadeloupe. Pour atteindre cet objectif, 43 enquêteurs et 47 infirmières ont été mobilisés sur les deux territoires.
Au-delà du chlordécone, l’étude vise également à mesurer l’exposition de la population à d’autres substances comme le glyphosate, certains pesticides récents ou encore des métaux lourds tels que le plomb, l’arsenic et le mercure.
Les résultats présentés ce mardi confirment que l’exposition au chlordécone demeure un enjeu majeur de santé publique aux Antilles. Si une diminution de l’imprégnation semble s’amorcer, des disparités territoriales et sociales persistent.
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