Dans des vidéos qui peuvent cumuler des millions de vues sur TikTok, de jeunes Occidentaux disent vouloir « devenir chinois », un phénomène viral qui met en avant des pratiques inspirées du bien-être traditionnel chinois.
Sous l’étiquette Becoming Chinese
en anglais, des internautes européens et nord-américains racontent comment ils ont remplacé leur café matinal par de l’eau chaude et leurs salades froides par du bouillon d’os, et aussi commencé à pratiquer le taï-chi ou d’autres exercices inspirés de la médecine traditionnelle chinoise.
Sherry Zhu, une influenceuse sino-américaine de 23 ans, est à l’origine de cette tendance.
Elle a publié du contenu l’été dernier, lors d’un voyage dans la région natale de sa mère, le Guizhou, en Chine.
Ses publications ont été vues plus de 20 millions de fois et ont rapidement inspiré d’autres internautes à partager leurs propres expériences ou à tester ces habitudes.
J’ai toujours aimé partager ma culture. J’ai toujours été profondément connectée à ma culture en grandissant
, confie-t-elle.
Lorsqu’elle était au secondaire, Sherry faisait des spectacles de danse traditionnelle chinoise dans les hôpitaux et les bibliothèques.
Elle se rappelle avoir grandi avec certaines habitudes typiques du quotidien dans de nombreuses familles chinoises, comme boire de l’eau chaude pour favoriser la digestion ou encore porter des pantoufles à l’intérieur pour protéger le corps des mauvaises énergies.
Ces pratiques trouvent aujourd’hui un écho inattendu auprès d’une génération d’utilisateurs occidentaux en quête de nouvelles approches du bien-être.
Claire, une jeune Sino-Canadienne qui préfère ne pas dévoiler sa pleine identité, croit que le phénomène devenir chinois
qui souffle sur les réseaux sociaux depuis janvier dernier illustre la fascination pour l’Asie, comme l’engouement pour le matcha japonais observé l’an dernier et la K-pop coréenne depuis quelques années.
L’intérêt pour les cultures asiatiques, et plus récemment pour la culture chinoise, reflète aussi un malaise grandissant en Occident, où de nombreuses personnes ont l’impression que leurs conditions de vie se détériorent
, croit-elle.
Sherry Zhu.
Photo : Compte Instagram de Sherry Zhu.
Faire le jeu du Parti communiste chinois?
Dans les vidéos associées à la tendance devenir chinois
, les internautes mettent surtout de l’avant des habitudes de vie perçues comme positives, mais ces publications évoquent rarement les aspects plus difficiles de la réalité chinoise contemporaine.
On n’y parle généralement pas des fortes pressions scolaires et sociales, du chômage élevé chez les jeunes ou encore des problèmes persistants de l’économie qui ont forcé le Parti communiste chinois à revoir à la baisse les projections de croissance, entre 4,5 % et 5 % pour l’année.
Les questions plus sensibles, comme la surveillance de l’État, la répression politique ou la situation des Ouïghours, sont également absentes de ces contenus viraux.
Pour certains critiques, cette représentation très positive contribue à adoucir l’image de la Chine à l’étranger et pourrait, volontairement ou non, servir les intérêts de Pékin en matière de rayonnement, ce qu’on décrit comme du soft power
.
Une autre tendance en ligne observée était celle d’influenceurs ruraux chinois, recrutés par des agences de contenu proches du Parti communiste chinois, vantant les mérites de leur style de vie sur YouTube et d’autres réseaux sociaux.
Sherry Zhu, l’influenceuse à l’origine de la tendance devenir chinois
sur TikTok, affirme que sa démarche n’a rien de politique, que ses vidéos visaient simplement à partager des habitudes de vie héritées de son enfance et de sa famille.
J’ai commencé à créer ce contenu simplement par passion, pour partager la culture chinoise. Ma motivation est de montrer ma vie et mon quotidien tels qu’ils sont. Il n’y a aucune intention politique derrière tout ça. Je ne cherche pas à influencer l’opinion publique. Je veux simplement partager la culture avec laquelle j’ai grandi et qui fait partie de mon identité
, assure-t-elle.
Un certain inconfort pour la diaspora chinoise
La popularité du phénomène suscite des réactions nuancées au sein de la diaspora chinoise.
Claire, la jeune Sino-Canadienne, dit ressentir un certain inconfort face à cette tendance parce qu’elle présente une vision très simplifiée de la culture chinoise.
Fille d’immigrants chinois installés au Canada, elle explique entretenir une relation complexe avec le pays d’origine de ses parents, ce qui influence sa perception de ces vidéos virales.
Beaucoup de gens voient les choses de façon très noire ou blanche. C’est soit l’Occident est bon et la Chine est mauvaise, soit l’inverse. Mais la réalité est plus complexe que ça. Il faut reconnaître les nuances et se méfier des visions qui présentent les choses de manière aussi tranchée
, soutient-elle.
Claire se dit soulagée de constater que les communautés chinoises en Amérique du Nord ne sont plus autant stigmatisées qu’au plus fort de la pandémie de COVID-19. Mais, selon elle, les tendances virales comme devenir chinois
risquent aussi de donner une image superficielle de la réalité chinoise.
Elle ajoute que la frontière est mince entre l’appréciation et l’appropriation culturelle dans cette tendance virale.
Ce qui me dérange parfois, c’est l’hypocrisie de certains qui disent aimer ces cultures, mais qui, en même temps, tiennent des discours anti-immigration ou des positions contradictoires. Si on veut s’approprier des éléments d’une culture, il faut aussi être prêt à soutenir les gens qui la représentent
, affirme-t-elle.
Sherry Zhu, elle, défend sa ligne éditoriale axée sur les éléments positifs de sa culture. Elle souligne vouloir éviter les sujets qui pourraient générer des insécurités pour son public.
Je ne veux jamais être quelqu’un qui tente intentionnellement de rendre la vie de quelqu’un difficile
, dit-elle.
Elle insiste sur le partage culturel comme clé d’une plus grande compréhension.
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