Sommet Africa Forward : à Nairobi, le Gabon d’Oligui Nguema en quête de nouveaux leviers d’influence –
Déjà présent dans la capitale kényane, le chef de l’État gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, entend inscrire son pays dans la dynamique d’un sommet qui se veut le symbole d’un partenariat Afrique–France renouvelé, à la croisée des enjeux économiques, politiques et générationnels.
Nairobi s’impose, le temps de deux jours, comme l’épicentre d’un dialogue stratégique entre l’Afrique et la France. Les 11 et 12 mai, la capitale kényane accueille le sommet Africa Forward, coorganisé par Paris et Nairobi, avec une ambition affichée : redéfinir les contours d’une relation longtemps contestée, désormais appelée à se réinventer.
Parmi les premiers dirigeants à fouler le sol kényan, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema. Une présence qui n’a rien d’anodin pour Libreville, soucieuse de repositionner sa diplomatie dans un environnement international en recomposition.
Près d’une décennie après le discours fondateur d’Emmanuel Macron à Ouagadougou, Africa Forward se veut plus qu’un simple rendez-vous diplomatique. Pour ses promoteurs, il marque une « étape significative » dans la transformation des relations entre la France et le continent africain.
Pour la première fois, un tel sommet est coorganisé avec un pays anglophone, en l’occurrence le Kenya de William Ruto. Un signal politique fort, dans un contexte où Paris cherche à élargir son ancrage au-delà de son pré carré historique francophone.
Au cœur des discussions : la construction de partenariats « robustes et équilibrés », fondés sur des intérêts réciproques et débarrassés des logiques de dépendance. Une manière, aussi, de répondre aux critiques récurrentes sur la nature asymétrique des relations passées.
Le Gabon à la recherche d’opportunités économiques
Pour le Gabon, la participation à ce sommet s’inscrit dans une stratégie plus large de relance économique et de diversification des partenariats. Le programme, largement orienté vers les enjeux économiques, offre une tribune idéale.
Forum d’affaires, séquences dédiées à la jeunesse, au sport et aux industries culturelles : autant de plateformes où Libreville espère capter investissements et expertise.
Les thématiques abordées – financement du développement, souveraineté alimentaire, transition énergétique, compétitivité numérique – résonnent directement avec les priorités affichées par les autorités gabonaises.
Dans un contexte de pression budgétaire et de quête de croissance inclusive, le pays pourrait tirer profit des mécanismes de financement évoqués, notamment ceux visant à mobiliser davantage de capitaux privés et à réduire les risques liés à l’investissement en Afrique.
Au-delà des enjeux économiques, Africa Forward se veut également un espace de repositionnement politique. Le sommet ambitionne de porter les voix africaines sur la scène internationale, notamment sur les questions de gouvernance mondiale.
Pour le Gabon, membre actif des instances régionales et internationales, l’enjeu est double : peser dans les discussions tout en consolidant ses alliances.
La présence annoncée de chefs d’État, d’organisations internationales, de banques de développement et du secrétaire général des Nations unies confère à l’événement une dimension multilatérale stratégique.
Jeunesses, diasporas et secteur privé au cœur du jeu
Autre particularité du sommet : l’importance accordée aux acteurs non étatiques. Entrepreneurs, artistes, sportifs, membres de la diaspora et jeunes leaders sont invités à participer aux échanges.
Un choix assumé, qui traduit une évolution des pratiques diplomatiques, désormais ouvertes à une pluralité d’intervenants.
Pour Libreville, cette orientation pourrait constituer un levier supplémentaire. Le Gabon mise de plus en plus sur ses industries culturelles, son écosystème entrepreneurial émergent et sa jeunesse pour redéfinir son image à l’international.
Entre promesses et attentes
Reste à savoir si Africa Forward parviendra à dépasser le stade des déclarations d’intention. Les précédents sommets – de Paris à Bruxelles en passant par Luanda – ont posé des jalons, sans toujours produire les effets escomptés.
Les conclusions de Nairobi, notamment sur le financement du développement, devraient nourrir les discussions du prochain G7, prévu en juin à Évian. Preuve que les enjeux dépassent largement le cadre bilatéral.

Pour le Gabon comme pour nombre de pays africains, l’attente est claire : transformer les promesses en résultats concrets. Dans un monde traversé par les rivalités d’influence, Libreville entend bien tirer parti de cette nouvelle séquence pour affirmer sa place et défendre ses intérêts.
À Nairobi, plus qu’un sommet, c’est une nouvelle page des relations Afrique–France qui tente de s’écrire. Le Gabon, lui, entend y inscrire sa propre trajectoire.
Carl Nsitou

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