Par Franziska Müller
Publié le
La décision a été annoncée à Taipei, mais elle concerne en réalité une toute autre ville : à Munich, Uber entend déployer des robotaxis autonomes en partenariat avec l’entreprise d’IA Autobrains.
PUBLICITÉ
PUBLICITÉ
Uber a choisi la capitale bavaroise : « Sous réserve de l’approbation des autorités, Munich servira de première ville de déploiement pour le programme de robotaxis », indique un communiqué de l’entreprise.
Munich pourrait ainsi devenir la première ville allemande où les passagers pourront commander des robotaxis autonomes via l’application Uber. C’est ce qu’ont présenté les entreprises impliquées lors de la conférence technologique GTC à Taipei.
Munich, terrain d’essai pour la conduite autonome
Uber justifie le choix de Munich par son rôle de centre automobile européen, la densité de son trafic urbain et le cadre réglementaire allemand en matière de conduite autonome. L’objectif est de développer un modèle qui pourra ensuite être utilisé dans d’autres villes et sur différentes plateformes de véhicules.
Contrairement à de nombreux projets de robotaxis menés jusqu’à présent, la technologie ne doit pas être limitée à des véhicules spécialement conçus.
Les partenaires misent au contraire sur une approche dite compatible avec différents constructeurs automobiles. Les observateurs du secteur y voient une tentative de réduire les coûts élevés des flottes autonomes et, dans le meilleur des cas, de permettre une montée en puissance plus rapide de la technologie, afin de la déployer aussi dans d’autres villes.
Les entreprises n’ont pas encore précisé quels constructeurs automobiles sont impliqués, quelle sera la taille de la flotte ni à partir de quand les premiers passagers pourraient effectivement être transportés.
Ce qui se cache derrière l’« agentic AI »
Au cœur du projet se trouve le logiciel de conduite de l’entreprise israélienne Autobrains. Contrairement à de nombreux concurrents, la société affirme ne pas miser sur un unique grand modèle d’IA chargé de l’ensemble des tâches de conduite.
« La conduite autonome ne sera pas scalable si l’on compte sur un seul modèle pour résoudre chaque scénario de conduite », a expliqué le fondateur d’Autobrains, Igal Raichelgauz.
La tâche de conduite est au contraire divisée en plusieurs agents d’IA spécialisés, qui évaluent différentes situations de trafic et prennent des décisions en temps réel. Ce découpage est censé rendre le système plus robuste face à des situations complexes et imprévisibles. On parle d’« IA agentique ».
L’entreprise, qui travaille depuis 2018 sur des solutions pour les systèmes d’aide à la conduite, soutient que plusieurs systèmes spécialisés gèrent mieux l’incertitude qu’une approche monolithique.
Les véhicules doivent reposer sur la plateforme DRIVE Hyperion de Nvidia, une architecture de calcul et de capteurs pour véhicules autonomes de niveau 4. Ce degré d’automatisation permet en principe des trajets sans conducteur au sein de zones d’exploitation définies.
Uber mise sur des partenariats plutôt que sur ses propres robotaxis
Pour Uber, le projet munichois s’inscrit dans une stratégie plus large. L’entreprise adopte désormais une approche de plateforme et ne développe plus elle-même de systèmes de conduite autonome. Uber collabore à la place avec différents partenaires technologiques et intègre leurs véhicules dans son réseau existant de services de VTC. Ce terme désigne la réservation de trajets via des applications numériques.
Ces derniers mois, Uber avait déjà annoncé des coopérations similaires avec d’autres fournisseurs de technologies de conduite autonome. Avec Nvidia, l’entreprise prévoit à long terme le déploiement de flottes autonomes dans plusieurs dizaines de villes à travers le monde.
Le vice-président de la division automobile de Nvidia, Ali Kani, a déclaré en janvier à Euronews que la conduite partiellement autonome arriverait encore cette année. « Nous devons avancer aussi vite que la réglementation le permet. Et je pense qu’elle est en train de s’ouvrir », a estimé Kani.
Dans le même temps, la concurrence s’intensifie sur ce marché. Aux États-Unis, la filiale de Google Waymo exploite déjà des services commerciaux de robotaxis dans plusieurs grandes villes. Tesla, Mobileye et plusieurs acteurs chinois travaillent eux aussi sur des solutions de flottes autonomes. Le patron de Tesla, Elon Musk, a prédit que ~~les voitures autonomes pourraient déjà, d’ici cinq ans,~~ dominer la circulation routière.
Le marché européen des robotaxis n’en est qu’à ses débuts
Pour l’Allemagne, un service commercial de robotaxis constituerait une étape importante. Alors que les véhicules autonomes font déjà partie du quotidien dans des villes comme San Francisco, Phoenix ou Pékin, l’Europe n’en est encore qu’à une phase précoce en matière de déploiement à grande échelle. Ainsi, le lancement de taxis autonomes à Madrid était initialement prévu à partir de 2026.
Les entreprises présentent donc Munich comme un possible tremplin pour une expansion européenne plus vaste. Mais la mise en place d’un véritable service régulier de robotaxis dépendra non seulement de la technologie, mais aussi des autorisations réglementaires, des preuves de sécurité et de la viabilité économique du modèle.
Crédit: Lien source