TNT : la Guinée valide un emprunt de 66 millions d’euros auprès de la France

Partout en Afrique, la migration vers l’audiovisuel numérique s’impose comme un levier de souveraineté, d’aménagement du territoire et d’élargissement de l’accès à l’information. En Guinée, ce projet qui piétine depuis une vingtaine d’années semble connaître un coup d’accélérateur.

Le président de la République de Guinée, Mamadi Doumbouya, a levé un verrou décisif pour la réalisation du projet de Télévision numérique terrestre (TNT). Le jeudi 16 avril, il a promulgué la loi ordinaire L2025018CNT du 30 mai 2025, modifiant celle du 23 octobre 2024, autorisant ainsi la Guinée à emprunter 66 millions d’euros auprès de la France. Le financement hors frais s’élève à 56,1 millions d’euros, dont 31,1 millions de crédits garantis par BPI France (Banque publique d’investissement de France) et 25 millions de prêt du Trésor français. À cela s’ajoutent 9,9 millions d’euros de primes d’assurance.

Combler le retard

Concrètement, l’argent servira notamment à la construction des studios à Boulbinet, à la fourniture de tables de montage et de caméras à Koloma, ainsi qu’à la construction de studios régionaux de production TV à Boké, Kindia, Labé, Kankan et Nzérékoré. Il est aussi prévu la construction d’un bâtiment technique R+3 devant abriter une régie de diffusion centralisée et un espace d’archivage à Koloma pour deux chaînes de télévision nationale et cinq chaînes de télévision régionales, l’archivage des œuvres audiovisuelles de la Guinée, la construction de studios radio à Koloma et à Boulbinet, et l’agrégation des télévisions et des radios privées sur la plateforme nationale de diffusion. À cela s’ajoutent l’équipement complet de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) et son opérationnalisation en vue de la création de la chaîne de télévision du patrimoine, ainsi qu’un programme de formation de techniciens en Guinée et en France pour la maîtrise des nouvelles technologies de diffusion.

Ce chantier arrive dans un secteur en retard. Les autorités guinéennes ellesmêmes reconnaissent que le pays peine depuis près de vingt ans à honorer ses engagements de migration de l’analogique vers le numérique. L’Union internationale des télécommunications avait fixé la fin de la période de transition au 17 juin 2015 pour la télévision analogique dans le cadre de l’accord GE06, avec une extension au 17 juin 2020 pour la bande de fréquence VHF.

La RTG au cœur de l’offre d’information

En Guinée, où la migration vers la TNT a débuté dans le secteur privé en 2008 et dans le secteur public en 2015, la technologie ne couvrait encore qu’une partie limitée du territoire en 2023. L’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT) évaluait sa portée au seul Grand Conakry, soit environ 3,37% du pays, tandis qu’en décembre 2024 le coordinateur du projet N’Fa Ousmane Camara soulignait que seuls 8 des 32 sites diffusant les programmes de la radio et de la télévision nationales étaient réellement fonctionnels.

La promulgation actuelle vient boucler un long parcours administratif. Après la signature des accords intergouvernementaux avec la partie française en 2023, puis du contrat de crédit en juin 2024, le Conseil national de la transition (CNT) avait d’abord ratifié le projet en octobre 2024. Mais selon le CNT, une erreur technique dans la première autorisation — l’omission du nom de BPI France Assurance Export, agissant pour le compte du Trésor français — avait bloqué le décaissement. D’où la loi corrective adoptée le 30 mai 2025 modifiant celle du 23 octobre 2024.

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Pour Conakry, l’enjeu dépasse celui de la seule qualité d’image. Il s’agit surtout de corriger une fracture territoriale de l’information, de donner davantage de moyens à la Radiotélévision de Guinée (RTG) hors de la capitale et de replacer le service public audiovisuel au cœur de l’offre d’information dans le pays.

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