En dépit de l’imminence du scrutin, le conseiller Donald Savoie y est allé d’un geste plutôt surprenant en remettant, mardi en fin de journée, sa démission du conseil municipal de Bois-Joli.
À ce stade-ci du processus électoral, un tel geste est plutôt inusité.
Selon la Loi sur la gouvernance locale, le conseil d’une municipalité continue à siéger jusqu’à la première réunion du nouveau conseil après les élections quadriennales. Bien que le scrutin ait lieu lundi, les anciens conseillers demeurent ainsi en poste jusqu’à l’arrivée (assermentation) des nouveaux élus. Cela signifie donc que M. Savoie aurait eu à siéger encore quelques jours ou quelques semaines après le résultat de lundi. Mais il a choisi de rompre les liens avec le conseil en remettant sa démission.
Élu par acclamation en 2022 comme conseiller général au sein du tout premier conseil municipal de Bois-Joli, M. Savoie a siégé pendant près de quatorze ans au sein du conseil de Balmoral à la suite de quatre mandats consécutifs (de 2008 à 2021).
Son nom ne figure pas sur la liste électorale de lundi. L’homme de 74 ans a en effet décidé depuis un moment que son mandat actuel allait être son dernier. Mais ce qu’il n’avait pas prévu, c’est qu’il prenne fin de cette manière.
Rencontré jeudi matin, le désormais ex-conseiller était toujours ébranlé par toute l’attention que son geste a suscitée, une attention dont il se serait bien passé mais dont il est également l’instigateur puisqu’il a choisi de publier sa lettre sur les médias sociaux.
Mis à l’écart, forcé au silence
Cette démission, c’est en quelque sorte la façon du conseiller de dénoncer l’atmosphère de ce dernier mandat. Selon ses dires, il aurait été mis à l’écart, forcé au silence, et victime d’un climat parfois hostile. Par respect pour ses anciens confrères, il s’abstient toutefois de pointer quiconque du doigt et préfère taire les exemples (exprimés en privé) qui appuient ses propos.
«Mon passage des quatre dernières années au conseil n’a pas été facile. J’y ai mis du temps, de l’énergie et de la bonne foi. Je fais aujourd’hui le choix de me retirer avec dignité», peut-on lire dans sa lettre de démission.
Ce traitement, il affirme l’avoir subi dès les premiers mois suivant la formation du conseil, le tout premier de la nouvelle municipalité de Bois-Joli qui regroupe les anciennes municipalités d’Eel River Dundee et de Balmoral ainsi que quelques DSL (dont Saint-Maure). En raison de cette atmosphère austère à son endroit, M. Savoie avoue avoir souvent pensé à claquer la porte.
«J’ai passé près de démissionner il y a six mois, et j’ai même averti le conseil des raisons que je ne me sentais pas à l’aise, car je me trouvais mis à l’écart. J’étais vraiment tanné, mais je ne suis pas un lâcheur», explique-t-il, notant qu’en plus des travaux du conseil, il souhaitait terminer certains projets, dont le fameux party des chasseurs et l’hommage à Robert Allard (un auteur-compositeur-interprète de Balmoral décédé il y a quelques années).
Alors pourquoi partir maintenant, alors qu’il ne reste que quelques jours avant les élections et la fin de son mandat? À cette question, il soutient qu’il ne pouvait se résoudre à terminer son mandat comme si de rien n’était et ainsi laisser l’impression à la communauté que le premier conseil de Bois-Joli était un modèle d’harmonie.
Maintenant qu’il a tiré un trait sur la politique municipale, M. Savoie compte continuer de s’impliquer dans sa communauté comme bénévole. Ce qu’il souhaite pour le prochain conseil?
«Que l’on puisse grandir comme village, qu’il y ait une meilleure atmosphère au conseil et une meilleure démocratie», dit-il.
Pas la même lecture
Invité à commenter ce départ soudain, le maire sortant de Bois-Joli et candidat à ce nouveau poste, Mario Pelletier, n’avait pas encore reçu la lettre de démission du conseiller, lorsque contacté par l’Acadie Nouvelle.
Comme elle fut partagée sur le web, il avait toutefois pu prendre connaissance de son contenu. En entrevue, celui-ci s’est dit surpris du geste de son conseiller. Il poursuit en soutenant ne pas avoir la même lecture que lui du premier mandat de Bois-Joli.
«C’est dommage de perdre un conseiller comme M. Savoie, d’autant plus que ça survient à quelques jours des élections et de la fin de son mandat. Je respecte sa décision, mais en même temps je ne partage toutefois pas son opinion et ses commentaires. Je pense au contraire qu’on a bien travaillé comme conseil, qu’on a bâti quelque chose de positif pour notre village et que tout ça a été fait de façon transparente», indique M. Pelletier.
«Est-ce que tout le monde a toujours été d’accord autour de la table? Bien sûr que non, et c’est tout à fait normal. Mais à la fin de la journée, presque toutes les décisions ont été unanimes si bien que moi – le maire – je n’ai jamais eu à trancher. Selon moi, c’est un bon indice qu’une complicité s’était installée au conseil», souligne-t-il.
Il reconnaît toutefois à son tour que le regroupement a été difficile.
«Fusionner un village en trois ans et demi, ce n’est pas long, et qui plus est à la suite d’une fusion forcée.»
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