Une avocate dépose plainte, accusée « d’islamiser la France » parce qu’elle a donné une interview avec son voile

Elle veut alerter « sur la banalisation des discours de haine ». Me Youssra Marzouq, avocate parisienne en droit des affaires, a annoncé avoir déposé deux plaintes avec constitution de partie civile ce lundi dénonçant des injures publiques et de la provocation à la discrimination, en raison de l’appartenance à une religion.

La professionnelle avait été accusée « d’islamiser la France », après une interview au JT de TF1. Le 4 novembre 2025, l’avocate parisienne avait été interrogée dans son cabinet sur les arnaques lors de revente de boulangeries. Ses cheveux étaient couverts d’un foulard. « L’islamisation de la France est en marche », avait alors publié sur X Henda Ayari, une ex-salafiste devenue militante anti-radicalisation islamiste.

« Symbole d’oppression »

« Je découvre, devant le journal de TF1 que des avocates en France portent le voile […]. En tant qu’ancienne femme voilée, je suis mal à l’aise, devant ce symbole d’oppression des femmes qui se banalise dans toutes les catégories de métier en France », poursuivait Henda Ayari, y voyant un « islamisme rampant ».

« Je n’ai pas peur de ces femmes qui portent le voile, j’ai peur de l’idéologie qu’elles propagent en imposant leurs tenues islamiques un peu partout dans la société. Ce sont elles les principales propagatrices de cette idéologie dangereuse », avançait-elle encore. Une avocate, Lara Fatimi, avait republié ce post en reprochant à TF1 d’avoir interviewé une avocate portant un voile sur les « 32.000 avocats » du Barreau de Paris, y voyant un « glissement idéologique » auquel elle appelait à « résister sans trembler ».

« J’ai été sonnée »

« J’ai été sonnée » à la lecture de ces publications, a confié Me Youssra Marzouq lors d’une conférence de presse aux côtés de ses avocats Jérôme Karsenti, Kristel Lepeu, Slim Ben Achour et Emmanuel Daoud. « Je suis présentée comme étant une menace publique, alors que ce que je fais, pendant cinq secondes de reportage, c’est parler de fonds de cession de boulangeries, ce qui relève de mes compétences d’avocate. »

Avec ces publications, « on considère que voir une personne qui porte un voile est attentatoire aux valeurs républicaines », alors qu’« à aucun moment la République française n’interdit le culte », ni « d’apparaître avec certains signes religieux », poursuit le conseil. Surtout, elle s’inquiète d’une « stigmatisation » des musulmans en France, « pointés du doigt », « de l’avenir de l’Etat de droit en France » et du dévoiement de la « laïcité comme arme de restriction des femmes musulmanes ». « Si des personnes ont osé attaquer et humilier un avocat » comme elle, « qu’en est-il des personnes les plus vulnérables ? ».

Le voile autorisé hors audience

Une avocate peut-elle porter le voile en France ? Oui, hors audience. « Aucun texte n’interdit à une avocate portant le voile, ou tout autre signe distinctif, de participer, hors audience, à une intervention médiatique en qualité de professionnelle de droit », a rappelé la section parisienne du Syndicats des avocats de France (SAF), exprimant dans un communiqué « sa pleine solidarité » avec la plaignante.

Youssra Marzouq, « née en Île-de-France », assure avoir vécu « un avant et un après » sa décision de porter le voile, il y a « un an et demi ». Jusqu’alors, elle n’avait « jamais ressenti le racisme », mais « c’est qu’il n’y avait rien en moi qui reflétait ma différence ». L’avocate tient à souligner qu’elle porte le voile « par pur cheminement spirituel, comme résultante de (s)a liberté de croire ». « Le féminisme, c’est pouvoir dire : « J’ai lu (Simone de) Beauvoir, (Simone) Veil, c’est bien pour ça que j’en suis là », et oui, en lisant, en m’émancipant, j’ai décidé d’être cette version-là de moi-même ».

Sur X, Henda Ayari a fustigé des plaintes qui chercheraient à « la faire taire ». « J’ose le dire, il s’agit du djihad judiciaire », a-t-elle lancé. Sollicité par l’AFP, son avocat, David-Olivier Kaminski, a estimé que sa cliente avait, dans son post, « évoqué son expérience personnelle et sa propre opinion ». De son côté, Lara Fatimi a indiqué à l’AFP découvrir ces plaintes et ne pas être « en mesure d’apporter de commentaire utile à ce stade ».

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