Après le Mali et la RDC, la Chine poursuit au Ghana son expansion sur le lithium africain

En mettant la main sur Atlantic Lithium, Zhejiang Huayou Cobalt ne rachète pas seulement une future mine de lithium au Ghana. La transaction confirme le basculement croissant des grands projets africains de lithium vers des groupes chinois capables de financer, de construire et d’absorber leur production.

L’australien Atlantic Lithium a annoncé, le 7 mai dernier, la signature d’un accord contraignant en vue du rachat de la totalité de ses actions par Zhejiang Huayou Cobalt. Dans le cadre d’une transaction valorisant Atlantic à environ 210 millions USD (environ 178,8 millions d’euros) , le groupe chinois prend le contrôle d’un projet appelé à devenir la première mine de lithium du Ghana. Cette opération étend surtout un peu plus l’emprise chinoise sur le lithium africain, après des prises de contrôle déjà menés sur des projets au Zimbabwe, au Mali et en République démocratique du Congo.

Le conseil d’administration d’Atlantic recommande unanimement l’opération, tout comme Assore International, le premier actionnaire de la société australienne avec 26,4% du capital, qui a confirmé son intention de voter en faveur du plan sous réserve de l’absence d’offre supérieure. Selon une étude de faisabilité de 2023, la mine peut livrer 3,6 millions de tonnes de concentré de spodumène de lithium sur 12 ans. Un vote des actionnaires est attendu en novembre 2026 pour entériner l’opération, par ailleurs soumise à l’approbation des autorités compétentes, dont le gouvernement ghanéen.

Le Zimbabwe comme tête de pont

Pour Huayou, l’acquisition prolonge une expansion sur le lithium africain entamée en Afrique australe. En 2022, le groupe a racheté une autre société australienne, Prospect Resources, pour 422 millions USD (environ 359 millions d’euros). Cette dernière contrôlait alors un projet de lithium qui deviendrait quelques mois plus tard, la mine Arcadia, à 38 kilomètres d’Harare.

Sinomine Resource Group et Chengxin Lithium ont suivi des trajectoires comparables, si bien que les groupes chinois avaient déjà engagé plus d’un milliard de dollars (plus de 850,4 millions d’euros) dans le lithium zimbabwéen avant la fin de l’année 2023. L’offensive chinoise s’est ensuite étendue à d’autres pays, notamment au Mali, avec deux acteurs qui ont soutenu la mise en service des deux premières mines de lithium du pays.

Ganfeng Lithium a racheté en mai 2024 la participation de l’australien Leo Lithium dans le projet Goulamina pour 342,7 millions USD (environ 291,3 millions d’euros), avant d’en conduire la mise en production en décembre 2024, pour une capacité annuelle d’environ 506 000 tonnes de concentré de spodumène en phase initiale. La mine de Bougouni, coentreprise entre Hainan Mining et le britannique Kodal Minerals, a suivi en février 2025.

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Dans la même période, Zijin Mining s’est associé avec l’entreprise publique COMINIERE pour développer une partie du gisement disputé de Manono en RDC. La compagnie chinoise vise la mise en service pour juin 2026, et ambitionne de produire 120 000 tonnes d’équivalent carbonate de lithium en 2026, avant d’atteindre 270 000 à 320 000 tonnes d’ici 2028.

L’intégration verticale comme atout

Le déploiement chinois dans le lithium africain est motivé, et même facilité par l’intégration verticale des compagnies concernées. Ces sociétés contrôlent en effet une grande partie l’ensemble de la chaîne de valeur des batteries électriques, de l’extraction à la fourniture de matériaux de cathode aux constructeurs automobiles, et cherchent sur le continent les matières premières qu’elles traitent ensuite dans leurs propres unités en Chine.

Ganfeng en offre l’illustration la plus complète, présent de l’extraction jusqu’à la production de batteries. A titre de comparaison, Arcadia et Ewoyaa constituent les premiers projets importants de Prospect Resources et d’Atlantic Lithium.

Cette intégration confère aussi aux acteurs chinois une capacité à tenir dans les cycles baissiers, dont leurs partenaires ou concurrents occidentaux ne disposent pas toujours. Ewoyaa en est un exemple direct. Alors que les prix du spodumène avaient plongé entre 2022 et 2025, Atlantic Lithium s’est retrouvé dans l’obligation de repousser à plusieurs reprises le démarrage de la construction, fragilisé par un marché peu porteur et des incertitudes de financement.

Dans le même temps, Ganfeng conduisait Goulamina à la production au Mali, malgré des conditions de marché comparables. Les sociétés australiennes qui pilotent ces projets ont souvent le mérite de les avoir portés jusqu’au stade précédant la construction, mais elles n’ont pas toujours les reins assez solides pour franchir seules cette étape industrielle finale.

« Le Conseil d’administration a conclu que la proposition de Huayou constituait une offre avantageuse pour les actionnaires d’Atlantic Lithium, en particulier compte tenu de la volatilité actuelle des prix du lithium, des défis juridictionnels complexes et des risques liés à la gestion et à l’exécution associés au financement, au développement et à l’exploitation du projet », reconnait d’ailleurs Keith Muller, PDG d’Atlantic Lithium.

La transformation locale, une question encore ouverte

Pour les pays concernés, l’offensive chinoise offre aussi des avantages certains. Dans des contextes où la question du financement peut retarder de plusieurs années le développement de certains projets miniers sur le continent africain, la présence de compagnies du géant asiatique assure rapidement le versement de revenus aux gouvernements.

Au Zimbabwe par exemple, longtemps boudé par les investisseurs occidentaux sur fond de sanctions de Washington, l’afflux de capitaux chinois a permis d’atteindre 571,6 millions USD (environ 486 millions d’euros) de ventes de lithium en 2025, au-delà de l’objectif de 500 millions USD (environ 425,2 millions d’euros) attendu par Harare dès 2023.

Mais les entreprises chinoises doivent aussi composer avec la volonté croissante des pays hôtes de tirer davantage que de simples redevances sur du minerai exporté brut. Au Zimbabwe où cette dynamique est la plus avancée, Huayou a expédié en avril 2026, depuis Arcadia, la première cargaison africaine de sulfate de lithium. Il s’agit d’un produit intermédiaire pouvant être transformé en carbonate ou en hydroxyde de lithium pour l’industrie des batteries, et provenant d’une usine installée dans le pays depuis octobre 2025.

Harare a posé ses conditions pour la reprise des exportations de concentré, suspendues en février 2026, en exigeant des engagements écrits sur la mise en place d’unités de sulfate d’ici le 1er janvier 2027. Au Mali en revanche, aucune obligation comparable n’a encore été formalisée pour Goulamina et Bougouni, dont la production est expédiée vers la Chine pour traitement, malgré la montée de la participation de l’État malien à 35% dans le capital de chacune des deux mines.

Le cas ghanéen sera intéressant à suivre, alors que ce pays a annoncé en 2023, l’interdiction à l’état brut des exportations de minéraux critiques, y compris le lithium.

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