Démantèlement de l’USAID | Aide vitale contre minéraux critiques

La toute dernière publication Facebook de l’USAID en Guinée fait le bilan d’une journée de formation intensive consacrée aux meilleures pratiques à adopter « en vue d’assurer une observation citoyenne transparente et crédible des élections dans le pays ».


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La publication est datée du 17 janvier 2025. Trois jours plus tard, Donald Trump, de retour à la Maison-Blanche, a décrété la suspension immédiate de toute aide américaine à l’étranger. Apparemment, les États-Unis n’avaient plus le moindre intérêt à donner des leçons de démocratie en Afrique.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE L’USAID GUINEA

L’une des dernières photos publiées sur la page Facebook de l’USAID en Guinée

Pas plus qu’ils ne souhaitaient améliorer la santé mondiale à long terme, comme ils l’avaient fait depuis des décennies. Ou à exercer une forme de soft power, cet outil de séduction diplomatique qui leur avait permis de gagner le cœur de nombreuses nations en développement.

Désormais, c’était America First.

Comme tout ce qu’entreprend Donald Trump, la nouvelle stratégie des États-Unis en matière de santé mondiale serait, d’abord et avant tout, transactionnelle.

En vertu de cette nouvelle stratégie, le département d’État américain a déjà signé des accords bilatéraux avec une vingtaine d’États, dont la Guinée. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, le financement va fondre des deux tiers, environ, par rapport à ce qu’avait versé l’USAID en 2024 : il est ainsi prévu que la Guinée reçoive 142,6 millions de dollars américains au cours des cinq prochaines années.

Autre changement majeur : l’aide américaine ne passe plus par les organisations humanitaires. Désormais, les États-Unis traitent directement avec les gouvernements. Rien ne garantit, toutefois, que les structures étatiques que ces derniers auront mises en place se révéleront plus efficaces – ou moins corrompues – que les ONG qu’elles seront appelées à remplacer.

Surtout, Washington impose des conditions à son aide humanitaire.

Les États signataires doivent par exemple s’engager à augmenter la part du budget national consacrée à la santé. Déjà, certains pays protestent contre l’ampleur des concessions exigées : le Zimbabwe a refusé de signer un accord, le jugeant déséquilibré ; le Kenya s’est adressé aux tribunaux pour contester l’obligation leur ayant été faite de partager des données sensibles sur l’état de santé de la population.

Selon le New York Times, le département d’État américain envisagerait même de suspendre l’aide humanitaire accordée aux personnes séropositives de Zambie, histoire de contraindre leur gouvernement à signer un accord garantissant aux États-Unis un accès accru aux minéraux critiques de ce pays d’Afrique australe…

Et le Canada ?

Avec le grand repli américain, l’aide internationale a connu sa plus forte contraction jamais enregistrée en 2025, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). À l’échelle de la planète, l’aide publique au développement est passée à 174,3 milliards de dollars américains, une baisse de 23,1 % par rapport à 2024.

Selon Catherine Michaud-Leclerc, professeure adjointe au département d’économie de l’Université Laval, le Canada devrait saisir cette occasion pour jouer un rôle de « leader empathique » et combler ne serait-ce qu’une petite partie du vide laissé par les États-Unis.

En 2025, le Canada n’a consacré que 0,32 % de son revenu national brut (RNB) à l’aide internationale, bien en deçà de ses engagements internationaux de 0,7 %, fait remarquer la professeure. « Le Canada ne fait pas nécessairement mauvaise figure, nuance-t-elle. Avec des dépenses de 7 milliards de dollars en 2025, il se trouve au huitième rang des plus grands donateurs au monde. Ce n’est pas honteux… »

Malgré tout, le Canada devrait envisager d’en faire plus, estime Catherine Michaud-Leclerc. Parce que si les pays bénéficiaires ont tout intérêt à réduire leur dépendance à l’aide internationale, il serait « irréaliste » de penser qu’ils pourront complètement s’en passer dans un avenir rapproché. « Surtout avec les changements climatiques, qui affecteront grandement le continent africain. »

Un impact indéniable

9,4 millions

Nombre de morts supplémentaires prévus d’ici 2030, dans le monde, si l’aide financière apportée par l’USAID n’est pas comblée autrement. Parmi eux, on compterait 2,5 millions d’enfants de moins de 5 ans.

92 millions

Nombre de vies humaines sauvées dans le monde grâce au soutien de l’USAID entre 2000 et 2021.

Source : The Lancet, février 2026


Consultez l’analyse du Lancet (en anglais)

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