Dominique Méda, sociologue : « Dans l’entreprise, donnons aux travailleurs un pouvoir équivalent à ceux qui apportent le capital »
Le psychodrame au sujet du 1er-Mai a-t-il été d’une quelconque utilité ? Oui, si l’on prend le mot au sens que lui donnent les professionnels de la santé mentale, à savoir une « méthode thérapeutique mobilisant le jeu de rôle, l’improvisation et la mise en scène de situations vécues ou imaginées afin d’explorer les émotions, les relations et certains conflits psychiques ».
La simple évocation de la banalisation du 1er-Mai, qui aurait pu (et pourrait encore, selon la loi en préparation) devenir un jour férié comme les autres, et non pas un jour chômé, a permis d’attirer l’attention sur le caractère profondément symbolique de cette journée consacrée à fêter la « lutte internationale en faveur des droits des travailleuses et travailleurs », et non pas le « travail ». Grâce à la multiplication des prises de parole et de position liées à cette occasion, l’importance de disposer de moments où la pression du travail est suspendue pour quelques heures a été mise en évidence.
Un autre débat s’invite actuellement dans l’espace public, qui concerne aussi la place du travail dans l’identité individuelle et collective : il s’agit des effets de l’intelligence artificielle. Il n’est pas de jour sans qu’un article s’y intéresse – comme le prouve cette chronique. Certains de ses instigateurs et promoteurs, tels Elon Musk, le patron de SpaceX et Tesla, ou Sam Altman, le PDG d’OpenAI, se réjouissent du fait que l’emploi risque de subir une énorme saignée dans les années à venir, en particulier dans les pays les plus riches, parce qu’il devient enfin possible d’imaginer un monde sans travail.
Nous allons, selon eux, pouvoir enfin nous consacrer au loisir. M. Musk prédit la fin du travail obligatoire, M. Altman, le passage rapide aux 32 heures par semaine. Tous deux suggèrent qu’un revenu universel permettra à chacun de vivre. Mais est-il vraiment possible de se passer du travail ? C’est une question que de nombreux auteurs se sont déjà posée.
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