Ethiopie et Soudan dévoilent des arguments massues autour d’incursions armées mutuelles pouvant enraciner des différends meurtriers

Addis-Abeba (© 2026 Afriquinfos)-  La crise diplomatique entre l’Éthiopie et le Soudan s’est intensifiée mardi 5 mai 2026. Addis-Abeba a accusé l’armée soudanaise d’avoir armé et financé des « mercenaires » du Tigré. En réplique, Khartoum a rappelé son ambassadeur, accusant l’Éthiopie d’avoir mené une attaque de drone sur l’aéroport de sa capitale, lundi 4 mai.

Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a accusé, mardi, les forces armées soudanaises d’avoir « fourni des armes et un soutien financier » au TPLF (Front de libération du peuple du Tigré), facilitant « leurs incursions le long de la frontière occidentale de l’Éthiopie”. Dans un communiqué, la diplomatie éthiopienne a ajouté : « Les activités des mercenaires du TPLF au Soudan sont de notoriété publique, et de nombreuses preuves crédibles démontrent que le Soudan sert de hub à diverses forces anti-éthiopiennes. »

Ces accusations interviennent en réponse à celles formulées par Khartoum le même jour. Le Soudan tient Addis-Abeba comme coresponsable, aux côtés des Émirats arabes unis, d’une attaque de drones qui a ciblé l’aéroport international de Khartoum lundi et a même rappelé son ambassadeur en Éthiopie.

Le porte-parole de l’armée soudanaise a, lors d’une conférence de presse mardi 5 mai, affirmé que le Soudan disposait de preuves suggérant que des drones avaient été lancés en mars depuis l’aéroport éthiopien de Bahir Dar (Ouest), et ciblé des positions de l’armée soudanaise dans les Etats du Nil Blanc, du Nil Bleu et du Kordofan du Nord et du Sud.

L’armée soudanaise a établi un lien entre un autre drone, parti du même aéroport éthiopien, et l’attaque de lundi 4 mai, a annoncé ce même porte-parole. « Les agissements de l’Ethiopie et des Emirats arabes unis constituent une agression directe contre le Soudan et ne resteront pas sans réponse« , a averti le porte-parole, Assim Awad. « Nos forces armées sont en état d’alerte maximale pour faire face à toute menace. »Mohi al-Din Salem, le ministre soudanais des Affaires étrangères, a pris la parole lors de la même conférence : « Nous ne voulons lancer aucune agression contre aucun pays, mais quiconque nous attaquera se heurtera à une riposte. »

En mars, le gouvernement soudanais pro-armée avait déjà fait état d’attaques de drones « en provenance du territoire éthiopien », une mise en cause inédite du pays voisin.

Depuis la réouverture progressive de son aéroport l’an passé, la capitale soudanaise est considérée comme largement sûre. Elle fait désormais face à une série de frappes qui brisent ce sentiment de calme. Samedi 2 mai, une attaque à Omdurman, ville jumelle de Khartoum, a tué cinq personnes dans un bus civil. Le lendemain, une frappe dans l’État d’Al Jazirah, au centre du pays, a coûté la vie à des membres de la famille d’Abu Agla Kaikal, commandant des Forces du Bouclier soudanais, un groupe allié à l’armée ayant fait défection des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

Depuis le début de la guerre, en avril 2023, ce sont au moins 59 000 personnes qui ont été tuées, selon l’organisation de surveillance des conflits ACLED,. Mais les organisations humanitaires estiment que le bilan réel est bien plus élevé car l’accès aux zones de combat dans ce vaste pays reste limité. Environ 4 millions de personnes sont néanmoins revenues au Soudan, selon l’agence des Nations unies pour les migrations.

Des « accusations infondées »

Khartoum accuse régulièrement Abou Dhabi d’équiper les Forces de soutien rapide (FSR). Les Emirats arabes unis ont toujours nié avec véhémence toute ingérence, malgré les preuves alignées par des rapports internationaux. Mais un responsable émirati a dénoncé, auprès de l’AFP, des « accusations infondées » et une « propagande délibérée de la part des FSR, qui sape activement les efforts visant à mettre fin au conflit » depuis avril 2023 entre l’armée soudanaise et les paramilitaires au Soudan.

Un rapport du laboratoire de recherche de l’université américaine de Yale publié début avril avait conclu qu’une base militaire éthiopienne proche de la frontière soudanaise apportait un soutien aux paramilitaires.

De son côté, Addis-Abeba a rejeté les accusations de Khartoum comme « infondées« , et à son tour accusé les forces armées soudanaises d’avoir « fourni des armes et un soutien financier à ces mercenaires » du TPLF, « facilitant ainsi leurs incursions le long de la frontière occidentale de l’Ethiopie« .

« Les activités des mercenaires du TPLF au Soudan sont de notoriété publique, et de nombreuses preuves crédibles démontrent que le Soudan sert de hub à diverses forces anti-éthiopiennes« , ajoute le texte publié sur la plateforme X.

Depuis plusieurs mois, les tensions s’exacerbent entre le TPLF et les autorités fédérales éthiopiennes, faisant craindre un nouveau conflit dans cet Etat du nord de l’Ethiopie, sorti en 2022 de deux ans de guerre civile meurtrière (au moins 600.000 morts, selon l’Union africaine).

Interrogé par l’AFP, Amanuel Assefa, le numéro 2 du TPLF, a démenti toute « connexion » avec les autorités soudanaises. « Le gouvernement rejette la faute sur tout le monde – le TPLF, l’Erythrée (…), l’armée soudanaise – pour ses propres échecs« , a-t-il jugé.

« S’il devient nécessaire pour nous d’entrer dans une confrontation ouverte qu’ils veulent nous imposer, alors nous, notre armée et notre peuple sommes prêts à y faire face« , a encore menacé le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mohieldin Salem, à l’intention de l’Ethiopie.

La crise survient aussi dans un contexte de tensions croissantes à l’intérieur de l’Éthiopie. Au Tigré, région du nord du pays, les relations entre le TPLF et les autorités fédérales se sont dégradées ces derniers mois, ravivant les craintes d’un nouveau conflit. La région est sortie en 2022 d’une guerre civile de deux ans qui a fait au moins 600 000 morts, selon l’Union africaine.

Afriquinfos

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