Port-Soudan : menace d’un coup d’État des Frères musulmans · Daily Beirut

La guerre d’influence s’intensifie au sein du camp de Port-Soudan. Des accusations se multiplient contre des éléments de l’ancien régime et de l’organisation des Frères musulmans, accusés de détourner les décisions au sein de l’armée. Selon des rapports, le groupe chercherait à contrôler le cours du conflit pour le mettre au service d’un agenda politique visant à restaurer son pouvoir. Ce climat de lutte pour l’influence alimente les pronostics d’une série de coups d’État et de purges internes, qui pourraient bouleverser les alliances actuelles et redessiner le rapport de forces sur le terrain.

Des politiciens soudanais estiment que l’escalade des divergences entre les courants islamistes et les forces de Port-Soudan révèle une crise désormais impossible à dissimuler. Les pressions internationales pour exclure le mouvement islamiste de tout arrangement futur ne cessent de croître, et certains observateurs prédisent des affrontements sanglants dans l’est du Soudan. Le pays, selon eux, reste otage de ce conflit entre les Frères musulmans, les factions extrémistes et les forces de Port-Soudan, en attendant une position internationale unifiée sur la lutte antiterroriste qui éviterait au Soudan un scénario à la somalienne.

Des figures clés de l’ancien régime accusées de fomenter un coup d’État

Hassabou Nabi Mahmoud Hassabou Nabi, président du Mouvement de libération du Soudan démocratique et membre de l’instance dirigeante de la Coalition fondatrice du Soudan, a déclaré que les éléments de l’ancien régime sont les instigateurs de la guerre actuelle. Selon lui, ils contrôlent entièrement l’armée et ce qui reste des institutions sécuritaires et civiles, en particulier le groupe décisionnel de Port-Soudan dirigé par Kamel Idriss. Il a ajouté, dans des propos rapportés par le site d’information Erem News, que depuis la classification du groupe comme organisation terroriste, les communautés internationale et régionale ont clairement affirmé la nécessité de le traduire en justice et de l’exclure de l’avenir du Soudan.

Hassabou Nabi a expliqué que ces facteurs ont accru l’activisme politique du groupe, tout en attisant les conflits internes. Les dissensions se sont aggravées entre les Frères musulmans et les factions présentes au sein des forces de Port-Soudan, notamment après que ces dernières ont réalisé que leur avenir était menacé et que les forces de Port-Soudan pourraient s’en débarrasser à tout moment. Il a averti que cette situation pourrait déboucher sur des coups d’État majeurs dans les semaines à venir, plusieurs putschs étant probables pour prendre le contrôle des leviers du pouvoir à Port-Soudan. Il a souligné que des figures comme Ahmed Haroun, ancien ministre de l’Intérieur et président du Congrès national, recherché par la Cour pénale internationale, et Ali Ahmed Karti, ancien ministre des Affaires étrangères et émir du mouvement islamiste, ainsi que d’autres éléments de l’ancien régime, ne se rendront pas facilement et pourraient bien mener un coup d’État.

« Les initiatives de la communauté internationale, en particulier celle du Quartet, confirment que le mouvement islamiste ne doit pas faire partie de l’avenir du Soudan. C’est pourquoi il soutient l’organisation via ses bras armés au sein des services de sécurité et de renseignement, dirigés par le chef des renseignements généraux, le général de corps d’armée Ahmed Ibrahim Mufaddal, ainsi que par les services de renseignement militaire. »

Hassabou Nabi a affirmé que ces appareils obéissent tous aux ordres du mouvement islamiste. Il a appelé la communauté internationale, dans le cadre d’une stratégie de lutte antiterroriste en Afrique et dans le monde arabe, à former une coalition dirigée par les États-Unis, avec la participation de plusieurs pays européens, notamment la France. Il a conclu en estimant qu’après quatre ans de guerre, le Soudan ne peut pas se transformer en un État semblable à la Somalie, et qu’un retour des Frères musulmans au pouvoir ou une victoire sur les Forces de soutien rapide est désormais impossible.

Une « relation organique » entre l’armée et les islamistes

L’écrivain et analyste politique Mohamed al-Mokhtar Mohamed a décrit la relation entre les Frères musulmans et les forces de Port-Soudan comme « organique ». Selon lui, elle résulte de l’autonomisation des éléments islamistes au sein de l’armée pendant plus de trois décennies, ainsi que de la création de bataillons idéologiques parallèles qui contrôlent les armes stratégiques et les drones, et qui ont reçu un entraînement militaire avancé de la part des Gardiens de la révolution iraniens. Il a déclaré à Erem News que les Frères ont réussi à transformer les forces armées en une simple aile militaire du mouvement islamiste, la guerre actuelle étant celle des Frères, avec leur agenda et leurs objectifs : liquider la révolution, saper la transition démocratique et revenir au pouvoir sous le couvert des forces de Port-Soudan.

Mohamed al-Mokhtar a expliqué que la guerre a échappé aux calculs des Frères, passant d’une guerre éclair à une guerre civile généralisée. C’est pourquoi, selon lui, ils ont constamment fait échouer tous les efforts internationaux pour arrêter le conflit par la négociation, car cela les exclurait de l’équation politique et ouvrirait la voie à la justice et à la reddition de comptes pour les dirigeants du groupe. Il a souligné que le camp de l’autorité de Port-Soudan rassemble des composantes militaires aux natures et aux objectifs de guerre contradictoires. Avec l’entrée dans la quatrième année de conflit, ces contradictions deviennent évidentes et leur explosion est attendue dans les semaines à venir, embrasant l’est du Soudan, décrit comme un baril de poudre prêt à exploser à tout moment.

En conclusion, Mohamed al-Mokhtar a estimé que la question de la restructuration ou de la réforme de l’armée est désormais dépassée par la réalité. Cela aurait été possible avant la guerre, via l’accord-cadre qui prévoyait le processus d’intégration et de réforme militaire. Mais la guerre a produit une réalité différente et des propositions différentes, qui évoquent la création d’une nouvelle armée représentant toutes les régions du Soudan, loin de la politique et de l’économie.

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