Invasion du frelon asiatique en France : et si la solution venait du Pays basque

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En 2004, dans le Lot-et-Garonne, un conteneur en provenance d’Asie décharge accidentellement les premiers frelons asiatiques de France. Vingt-deux ans plus tard, l’espèce occupe tous les départements métropolitains. En Nouvelle-Aquitaine, elle a détruit 5,7 % des colonies d’abeilles en 2024, alors que les apiculteurs en piégeaient 1,7 million. Au Pays basque, plus de 20 communes des Pyrénées-Atlantiques se sont déjà organisées sans attendre l’État. La consultation publique sur le plan national s’est achevée le 29 avril 2026, après 260 contributions souvent critiques. Pourtant, le vrai problème se situe ailleurs. La France abrite entre 200 000 et 350 000 nids et n’en déclare que 5 à 10 %. Ce gouffre de détection, le Pays basque a décidé de le combler.

BeesForLife mobilise 20 communes basques face aux 90 % de nids invisibles

Depuis le Pays basque, la plateforme BeesForLife de signalement des nids de frelons a construit un réseau qui change d’échelle. Plus de 20 communes des Pyrénées-Atlantiques y participent. Leurs élus et habitants signalent les nids via un outil numérique qui géolocalise chaque alerte en temps réel. La campagne de printemps a permis de distribuer 15 500 pièges de type TapTrap.

Itxassou, village du Labourd célèbre pour ses cerises, a renouvelé son soutien à la campagne en 2025. À Anglet, la jardinerie Lafitte (zone Maignon) propose ces pièges à prix coûtant, en partenariat direct avec BeesForLife. Par ailleurs, la Communauté d’Agglomération Pays Basque, qui fédère 158 communes, soutient l’ensemble du collectif. Celui-ci se coordonne en parallèle avec le syndicat apicole des Pyrénées-Atlantiques. Ce maillage citoyen est déjà opérationnel. En revanche, la machine qui neutralisera les nids reste en cours de développement.

Nid de frelons asiatiques dans un arbre – Crédit
Pierre-Selim

Le brevet basque qui neutralise les frelons asiatiques sans produit chimique

C’est là que l’ESTIA entre en jeu. Cette École Supérieure des Technologies Industrielles Avancées siège à Bidart, sur la côte basque entre Biarritz et Hendaye. Elle collabore avec BeesForLife depuis début 2021. Dès début 2022, cinq étudiants ont mené la conception assistée par ordinateur d’un prototype. Celui-ci doit détruire les nids sans produit chimique. L’INPI a accordé le brevet couvrant cette technique en janvier 2022, après son dépôt en mars 2020.

En outre, BeesForLife pousse la technologie plus loin. Un projet de détection précoce par drones embarque des caméras thermique et visible, avec traitement par intelligence artificielle. L’ensemble forme ainsi un écosystème complet, de la plateforme citoyenne d’Anglet jusqu’au laboratoire de Bidart. Du signalement à la neutralisation, tout naît localement. Or la loi nationale qui devait structurer cette dynamique a longtemps tardé. Partout en France, des apiculteurs essayent d’inventer des solutions pour lutte contre ce fleau.

Un apiculteur invente un piège à frelons asiatiques unique au monde

 

« Un premier pas » : la consultation nationale s’achève sous une avalanche de réserves

Le Parlement a adopté à l’unanimité la loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 contre le frelon asiatique. Elle impose un plan national de lutte contre le frelon asiatique et des plans départementaux, une première. Une victoire législative, sur le papier. Pourtant, neuf mois après le vote, une question sénatoriale du 11 décembre 2025 dénonce l’absence de stratégie. Le décret d’application n° 2025-1377 n’est paru que le 29 décembre 2025. Le ministre Mathieu Lefèvre a finalement présenté le projet de plan le 27 mars 2026. La consultation publique s’est ensuite tenue du 8 au 29 avril 2026. Le public y a déposé plus de 260 contributions. Beaucoup pointent un budget sous-dimensionné.

L’État prévoit 3 millions d’euros par an pendant six ans, face à 12 millions de pertes apicoles annuelles.

Selon Sud Ouest, les Pyrénées-Atlantiques accueillent le plan avec des réserves. Le texte s’organise autour de trois axes et huit actions. Il prévoit notamment une classification des départements selon quatre niveaux de pression de prédation. Les plans départementaux ne sortiront que six mois après l’arrêté interministériel. Deux avis institutionnels doivent précéder cet arrêté. En somme, l’État cherche désormais des modèles locaux à dupliquer. Or le modèle attend déjà à Bidart.

À Ascain, on ne peut plus attendre

À Ascain, au pied de La Rhune, l’apicultrice Mikela Untzain a perdu une quinzaine de ruches sur trente. Elle a depuis déplacé une cinquantaine d’autres à l’intérieur des terres. « On ne peut pas rester sans rien faire », confie-t-elle. Les Pyrénées-Atlantiques comptent 1 600 ruches déclarées. D’autres apiculteurs font les mêmes calculs. Ainsi, l’INPI a validé le brevet, les drones de Bidart sont prêts et les 20 communes basques signalent activement. Il ne manque plus qu’une chose. Les 3 millions d’euros du plan national doivent rejoindre l’innovation, déjà sur le terrain.

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