Des citoyens de Saint-Basile se battent pour que le nom de leur quartier soit bien en vue sur les pancartes qui délimitent leur communauté, à Edmundston. Cette requête n’a rien de déraisonnable. Les villes fusionnées ne devraient pas chercher à effacer les traces des anciennes localités qui les composent.
En 2023, le gouvernement de Blaine Higgs a regroupé des centaines de municipalités et de districts de services locaux. Malgré son ampleur, la réforme a été peu controversée et a été réalisée sans trop d’opposition.
Étonnamment, le principal défi du père de cette réforme, l’ancien ministre Daniel Allain, n’a pas été de répondre à la frustration des citoyens qui voyaient disparaître leur village, mais plutôt de gérer les attentes financières des nouvelles entités.
Il y a toutefois eu quelques îlots de résistance. Les citoyens de Lac-Baker s’étaient déjà prononcés lors d’un référendum en 2015 contre la fusion avec les autres villages de cette région du Nord-Ouest. Aujourd’hui, ils estiment que leur volonté démocratiquement exprimée de ne pas joindre la nouvelle ville fusionnée de Haut-Madawaska n’a pas été respectée par le ministre Allain. Les élus de la région ont par ailleurs exprimé le souhait que la municipalité puisse porter un nouveau nom, Village des Lacs, afin de repartir sur de nouvelles bases. Le ministre Allain avait finalement tranché et conservé le nom de Haut-Madawaska.
Dans la Péninsule acadienne, les gens de Le Goulet se sont battus bec et ongles afin de ne pas être avalés par Shippagan. Là aussi, la tentative de faire adopter une nouvelle identité régionale – le nom d’Acadie-sur-Mer a circulé – s’est avérée vaine.
Cela dit, de façon générale, cette grande réforme de la gouvernance locale s’est faite dans l’harmonie. Dans une Acadie pourtant connue à tort ou à raison pour ses querelles de clocher, les citoyens se sont retroussé les manches pour bâtir de nouvelles municipalités sur des bases solides et sans divisions internes.
La réforme de la gouvernance locale est l’un des rares legs du gouvernement Higgs (2018-2024). Elle a été réalisée sans être plombée par les divisions internes. L’une des raisons qui expliquent cette réussite est que l’identité des villes et villages touchés a été préservée dans la plupart des cas. Il est possible d’être un résident de Belle-Baie et de vivre à Beresford. L’un n’exclut pas l’autre.
Nous croyons que les municipalités doivent continuer de promouvoir et de protéger ces identités locales, ne serait-ce qu’en conservant le nom des anciennes villes dans les communications les touchant (c’est déjà ainsi dans la plupart des cas) et en identifiant clairement celles-ci dans l’affichage public.
Il ne s’agit pas seulement d’une question de fierté identitaire, même s’il faut aussi en tenir compte. Par exemple, la renommée de villages comme Paquetville et Petit-Rocher dépasse largement les frontières de l’Acadie, dans ces deux cas précis grâce au talent d’Édith Butler et de Denis Richard.
Il faut aussi bien identifier le territoire. En effet, ce n’est pas tout le monde qui sait comment se rendre en tous lieux au Nouveau-Brunswick. Donner la direction de Hautes-Terres, de Baie-des-Hérons ou de Beaurivage n’est pas suffisamment précis pour celui qui cherche à se rendre à Saint-Isidore, à Charlo ou à Richibucto.
L’exemple de Saint-Basile est particulièrement probant. Après la fusion forcée de 1998, le gouvernement provincial a entrepris de changer les pancartes qui donnaient la direction des anciens villages désormais regroupés avec Edmundston.
La pancarte identifiant la sortie vers Saint-Basile a alors été remplacée par une autre sur laquelle était écrit «Rue Principale», ce qui pouvait laisser croire erronément aux automobilistes que cette bretelle menait vers le centre-ville d’Edmundston. Face aux critiques, le gouvernement provincial a reculé et remplacé encore une fois les pancartes en question, en y ajoutant le nom des anciens villages devenus quartiers.
Il est essentiel que les citoyens puissent travailler à l’unisson, sans tirer chacun la couverture de son côté, afin de permettre aux nouvelles municipalités de grandir et de prospérer.
Il y a moyen d’atteindre cet objectif sans porter atteinte au sentiment d’appartenance et d’affection des citoyens à l’endroit de leur communauté.
Crédit: Lien source