« On a voulu être entendues » : en Guadeloupe, des lycéennes victimes de photomontages manifestent et portent plainte
Une quarantaine de lycéennes de la ville des Abymes, en Guadeloupe, rapportent avoir été victimes de photomontages dégradants. Une enquête est ouverte et 15 plaintes ont été déposées à la date du 7 mai, indique, mardi 12 mai, le parquet de Pointe-à-Pitre à France Inter. Début mai, des garçons de leurs établissements scolaires, le lycée Jardin d’Essai et le lycée Baimbridge, ont récupéré les photos de jeunes filles postées sur les réseaux sociaux, sans leur consentement, et les ont utilisées pour dresser une liste par catégories, du type « ballon d’or », « je ne la touche pas avec un bâton » ou encore « inviolable ».
« Quand j’ai pris mon téléphone au réveil, j’ai vu que des camarades m’avaient envoyé la liste, puisqu’elle circulait depuis la veille au soir », explique Keurslane, une lycéenne de 17 ans. « Il y avait des catégories vraiment dégradantes et ma photo était sur la liste », précise-t-elle.
Le lendemain, Keurslane et d’autres lycéennes organisent une manifestation devant leurs établissements « pour montrer leur indignation, leur choc ». « On voulait être entendues, on ne voulait pas que ce soit minimisé, banalisé comme ça l’a été auparavant, par les précédentes générations« , détaille la jeune fille. Elle estime qu’« on ne peut pas utiliser leurs photos comme ça ».
Des auteurs exclus temporairement
Cette mobilisation de lycéennes, en réponse à ces photomontages, suscite la fierté de leurs enseignants, notamment d’Audrey Robinel, professeur d’informatique au lycée Jardin d’Essai. « Je suis content, parce qu’elles ont retenu une leçon : quand il y a une injustice, on se lève et on la dénonce », affirme le professeur. D’après lui, « si quelque chose du même genre s’était passé » lorsqu’il était au lycée, les jeunes filles « n’auraient rien dit parce qu’à l’époque, une fille, ça ferme sa gueule et c’est beau ». « Maintenant, elles ont le droit de prendre leur place dans la société », poursuit le professeur.
Depuis, plusieurs garçons, auteurs de la liste, ont été exclus temporairement de leur établissement, en attendant les suites de l’enquête judiciaire, a appris France Inter de source proche du dossier. Cette enquête a été ouverte sur la base de la nouvelle loi qui punit depuis 2024 l’usage de « deepfake ». C’est d’ailleurs la première investigation de ce type, depuis l’entrée en vigueur de cette loi, en Guadeloupe.
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