Inspirés par un multimillionnaire américain, des Québécois s’imposent un mode de vie extrême pour vivre le plus longtemps possible, quitte à dire adieu à plusieurs petits plaisirs de la vie.
Beaucoup de Québécois s’occupent de leur santé, mais seul un petit nombre en fait une priorité absolue.
« Mon mode de vie est extrême et c’est sûr que ce n’est pas fait pour tout le monde », reconnaît Anrif Foisy.
Le résident de Ville-Émard de 27 ans s’impose un régime de vie strict dans l’espoir de ralentir son vieillissement.
Au menu : des dizaines de suppléments alimentaires, des bains de glace ou douches froides, pas d’alcool, pas de sucreries, pas de mauvais gras, pas de calories vides, pas de repas du soir, de l’exercice quotidien exigeant et des habitudes de sommeil ultra-régulières.
Louis-Philippe Messier
Des tableaux et des graphiques de son protocole de santé personnel sont la principale décoration de sa chambre à coucher.

En plus d’un bracelet Whoop pour enregistrer ses données biométriques, M. Foisy prend sa pression chaque jour.
Louis-Philippe Messier
« Je tiens un registre de tout ce que j’ingère », confie celui qui commet parfois quelques péchés diététiques.
Il a bu de l’alcool à trois reprises au cours des deux dernières années.
Influenceur antivieillissement
Afin de réunir d’autres passionnés d’antivieillissement, M. Foisy a fondé il y a quelques années le groupe Longévité Montréal qui compte environ 70 membres.
Parmi eux, une vingtaine sont très actifs.
« Notre principal inspirateur est l’homme d’affaires Bryan Johnson qui consacre toute sa vie à suivre le protocole santé le plus rigoureux et scientifique possible », explique M. Foisy.
Personnalité controversée, mais influente, l’aspirant immortel Bryan Johnson, 48 ans, promeut sa philosophie personnelle qu’il a appelée « Ne meurs pas » (Don’t die).
Secondé par une petite armée de médecins et d’experts, M. Johnson a établi un protocole antivieillissement appelé Blueprint qu’il suit rigoureusement et qu’il rend accessible en ligne.
Il espère atteindre l’âge de 200 ans avec son mode de vie actuel et grâce aux avancées en médecine régénérative.

Le multimillionnaire Bryan Johnson consacre sa vie à vieillir biologiquement le moins vite possible.
Tiré de Facebook
« Ce que fait M. Johnson est admirable, mais il est riche et dispose d’une clinique médicale dernier cri directement chez lui avec un accès illimité aux appareils et aux traitements de pointe », poursuit M. Foisy.
Bryan Johnson dépense environ 2,75 M$ CA par an pour ses soins de santé.
Cherté
« Une des raisons d’être de Longévité Montréal, c’est de parvenir à se réunir pour obtenir de bons prix de groupe pour des tests ou des traitements », explique M. Foisy.
Le 18 avril, une partie de son groupe se présentera dans une clinique pour un examen DEXA qui mesure la densité osseuse et les proportions de gras et de muscles.
« Plus nous serons nombreux et plus nous aurons de poids pour obtenir des services de santé de pointe », espère l’organisateur qui prévoit que sa communauté va croître énormément au cours des prochaines années.
Prolonger sa vie peut la gâcher
Les modes de vie extrêmes censés prolonger la vie humaine contiennent un fond de vérité, mais plusieurs de leurs aspects ne sont pas scientifiquement démontrés et peuvent même être une bonne façon de gâcher sa vie, selon une gériatre.
Les méthodes « antivieillissement » préconisées par Bryan Johnson et par ses adeptes sont loin de faire l’unanimité dans la communauté médicale.
« Cet homme gobe une quantité énorme de pilules de suppléments dont la pertinence pour la santé humaine n’a pas été établie, qui pourraient interagir entre elles et qui coûtent cher », déplore Marie-Pierre Thibodeau, gériatre au CHUM.
« Dormir suffisamment à des heures régulières, faire de l’exercice, éviter la pollution, éviter la malbouffe, manger sainement avec modération, ne pas abuser de l’alcool, rester actif intellectuellement et socialement, etc., ce sont des moyens éprouvés de se donner des chances de vieillir en santé et de vivre plus longtemps », résume la Dre Thibodeau.
Exagération
Elle note toutefois une nette exagération dans les restrictions que les adeptes de ce mode de vie préconisent.
« C’est loin d’être certain que ce niveau de privation va vraiment aider », nuance-t-elle.
« Sans suivi médical, ça pourrait être dangereux pour la santé de quelqu’un de se lancer dans un tel mode de vie avec des immersions en eau glacée ou des exercices intenses », avertit-elle.
Ceux qui éliminent totalement les douceurs de la table et qui s’imposent une vie spartiate négligent peut-être un autre facteur déterminant pour la longévité : la joie de vivre.
« Est-ce que consacrer toute sa vie à ralentir son vieillissement le plus possible, c’est ça, une belle qualité de vie ? » se demande-t-elle.

La gériatre Marie-Pierre Thibodeau, du CHUM
CHUM
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