« Ce match a changé ma vie » : le maillot de Saint-Étienne de Dominique Rocheteau lors de la finale 1976 réédité
N’a-t-on jamais vu de vaincus honorés comme des vainqueurs ? Nous sommes le 13 mai 1976, une foule de 100 000 supporters, peut-être plus même, se presse sur les Champs-Élysées à Paris.
Nombreux sont ceux qui arborent un maillot, une écharpe, une casquette aux couleurs du club de football de l’AS Saint-Étienne. La veille, les Verts se sont inclinés en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, qui deviendra ensuite la Ligue des Champions,sur le score de 1 à 0 face au tout-puissant Bayern Munich sur la pelouse du stade Hampden Park à Glasgow, en Écosse.
Pour autant, l’épopée jusqu’en finale des Larqué, Santini, Bathenay, Rocheteau, Janvion, Lopez, Revelli et Čurkovic est célébrée comme une victoire par une marée verte. C’est aussi celle de la France du football qui se retrouve, le mercredi soir, autour de son téléviseur pour suivre les exploits de ces Verts aux quatre coins de l’Europe.
Il y a 50 ans, les joueurs de l’AS Saint-Étienne, leur mythique entraîneur Robert Herbin et leur incontournable président Roger Rocher étaient accueillis comme des héros au palais de l’Élysée par le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing. Équipementier du club lors de ses plus grands exploits, la marque Le Coq Sportif réédite, à l’occasion des 50 ans de cette finale, le maillot numéro 7 de Dominique Rocheteau. Il est disponible, en édition limitée, depuis ce matin sur le site www.lecoqsportif.com.
Dominique Rocheteau, ancien ailier des Verts mais aussi de l’équipe de France, s’est confié à Paris Match en évoquant cette épopée qui « a changé sa vie ».
Paris Match : Quels souvenirs gardez-vous de votre parcours dans cette Coupe d’Europe des clubs champions 1976 ?
Dominique Rocheteau : « C’est toute l’épopée, toute la saison qui me reste en mémoire. Du premier match contre Copenhague jusqu’en finale contre le Bayern Munich, en passant par les Glasgow Rangers, le Dynamo de Kiev et le PSV Eindhoven. À l’époque, il y avait moins de matchs que maintenant parce qu’il n’y avait que les champions de chaque championnat qui jouaient cette Coupe d’Europe. Et puis, il n’y avait pas encore eu le démembrement de l’URSS. Ça faisait quand même beaucoup moins de pays ! Je me souviens de tous nos matchs. De toute façon, on nous en a tellement parlé…
La mythique équipe de Saint-Étienne de 1976.
© DR
Vous aviez tout juste 20 ans et vous avez été un acteur majeur de cette épopée des Verts, notamment contre le Dynamo de Kiev en quart de finale…
On avait perdu 2-0 à l’aller chez eux, avant de gagner 3-0 au match retour à Geoffroy-Guichard, dans les dernières minutes (ndlr : Dominique Rocheteau marquera le 3e but de la victoire à la 112e minute). C’était un retournement de situation car, à l’époque, l’équipe de Kiev était une grande équipe. On ne donnait pas cher de notre peau ! Donc, c’était vraiment un exploit. En ce qui me concerne, ce match a changé un peu mon statut et un peu ma vie aussi, c’est sûr.
C’est aussi à cette époque qu’on vous a affublé du surnom de l’Ange vert…
Oui, c’est l’un des rédacteurs en chef du magazine Onze qui avait trouvé ce surnom. Je ne l’aimais pas trop au départ. Et puis c’est resté, hein, cinquante ans après, quand je viens à Saint-Étienne, on m’appelle toujours l’Ange vert. C’est une forme de reconnaissance.

Dominique Rocheteau en 1976.
© PRESSE SPORTS
Est-ce que vous considérez que votre épopée de 1976 a décomplexé le football français ?
On peut le dire, oui. Même si, avant nous, il y avait déjà à Saint-Étienne une très belle génération avec des joueurs comme Salif Keïta, Rachid Mekhloufi et Robert Herbin. Notre période a été tellement médiatisée. Il y avait toute la France derrière Saint-Étienne. Il y avait les rendez-vous du mercredi soir et comme nous, on allait souvent assez loin. D’ailleurs, en 1975, on avait déjà été jusqu’en demi-finale contre le Bayern. Il y avait donc ce rendez-vous du mercredi soir avec les Français, qu’ils soient de Marseille, de Lille ou de Lyon même. On avait des supporters dans toute la France, c’était fou. Il y avait une ferveur populaire car Saint-Étienne était le club populaire par excellence.
Et les résultats en équipe de France vont suivre…
Michel Hidalgo, le sélectionneur de l’époque, s’est appuyé sur le socle de l’AS Saint-Étienne pour former son groupe en vue de la qualification à la Coupe du Monde 1978 en Argentine. Avec, bien sûr, l’arrivée de Michel Platini qui jouait à Nancy. Ensuite, il y a eu les Coupes du Monde 1982 et 1986, avec ces demi-finales perdues à Séville et à Guadalajara contre la RFA. Les Allemands, c’était notre bête noire, on peut le dire.
Comment avez-vous vécu cette finale de 1976 ?
Écoutez, ce match-là, sur un plan personnel, j’étais assez frustré parce que j’étais blessé et je ne suis rentré qu’à huit minutes de la fin. Donc, c’est resté un mauvais souvenir quand même. J’avais 20 ans et je pensais jouer d’autres finales, mais je n’ai joué que celle-ci. Après, il ne faut pas oublier qu’on avait joué contre le Bayern Munich qui ne comptait que des champions du monde dans ses rangs (ndlr : la République fédérale d’Allemagne (RFA) avait été sacrée en 1974). Même si c’était une équipe peut-être en fin de parcours, ce n’était que des champions du monde. Il ne faut pas oublier ça quand même.

Le maillot est réédité.
© Le Coq sportif
Et ce maillot de cette saison 1976, que représente-t-il pour vous ?
C’est un maillot mythique, c’est sûr. En plus, ce vert brillant avec le liseré bleu-blanc-rouge sur le col… J’adore les maillots comme ça, simples en fait. J’adorais le maillot italien qui était tout bleu, celui de la Coupe du Monde 1970 au Mexique. Sans pub, c’était magnifique. Et, du coup, Le Coq Sportif a décidé de le rééditer pour les 50 ans de la finale de Glasgow. Et moi, j’ai fait quasiment toute ma carrière avec Le Coq Sportif puisque quand j’ai signé au PSG en 1980, Paris avait le même équipementier !

Le maillot réédité.
© Le Coq sportif
Que retenez-vous de votre carrière en club et en équipe de France ?
J’ai vécu de très grands moments comme cette finale de 76 et ce quart de finale de Coupe du Monde de 86 gagné aux tirs au but contre le Brésil (ndlr : il a aussi été quatre fois champion de France, trois fois vainqueur de la Coupe de France, champion d’Europe en 1984, demi-finaliste des Coupes du Monde de 82 et de 86). Mais ce n’est pas ce que je retiens. Le palmarès, bien sûr, c’est important pour un joueur, mais pour moi, le fait de retrouver mes coéquipiers cinquante ans après, c’est le plus important. On est vraiment devenus de très très bons amis et avoir toujours cette relation forte, c’est ça le plus important à mes yeux.
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