Des technologies de pointe testées en Suisse pour réduire le recours aux pesticides

Depuis 2019, une soixantaine d’exploitations des cantons d’Argovie, de Thurgovie et de Zurich testent des technologies de pointe pour diminuer l’usage des pesticides. Si les cultures maraîchères affichent des réductions allant jusqu’à 80%, les grandes cultures peinent à dépasser les 5%.

Thomas Käser fait partie des pionniers de l’agriculture de précision en Suisse. Sur son exploitation maraîchère, un tracteur guidé par satellite au centimètre près parcourt les champs en effectuant plusieurs tâches simultanément.

« J’enlève les mauvaises herbes dans un champ de salades et j’applique des produits phytosanitaires de manière ciblée sur chaque plant », explique le producteur de légumes.

Grâce à une série de caméras, la machine sait exactement quand arracher une mauvaise herbe avec une herse mécanique et quand pulvériser une petite dose de pesticide. Au lieu de traiter toute la surface, chaque plante est directement ciblée. Résultat: jusqu’à 80% de pesticides en moins dans ses cultures maraîchères.

« Si l’on est un peu ambitieux et que l’on veut progresser, c’est la voie à suivre », affirme Thomas Käser.

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Réduire les pesticides grâce à la technologie, un défi coûteux / 19h30 / 2 min. / mercredi à 19:30

Un projet ambitieux sur 2000 hectares

Depuis 2019, environ 60 exploitations participent à un projet d’optimisation de l’usage des produits phytosanitaires, soutenu notamment par l’Office fédéral de l’agriculture. Sur près de 2000 hectares, différentes approches ont été testées: désherbage mécanique, drones pour pulvériser les produits phytosanitaires et nombreuses technologies numériques.

Les résultats sont très contrastés. Dans les cultures maraîchères, jusqu’à 80% d’herbicides en moins ont été nécessaires. En revanche, dans les grandes cultures, la réduction est restée inférieure à 5%. Au total, l’usage de produits phytosanitaires a diminué d’environ 25%.

Bilan mitigé

Le bilan des responsables du projet est mitigé. Si le désherbage mécanique a bien fonctionné, d’autres technologies ont déçu.

« Les technologies visant à réduire les fongicides et insecticides ont donné des résultats très variables. Elles ont plutôt échoué. Elles ne sont pas encore assez mûres pour être recommandées en pratique », reconnaît Christian Eggenberger, responsable du projet.

 A l’avenir, il faudra aller plus loin et utiliser ces technologies pour renoncer totalement aux produits phytosanitaires dans certains cas

Robert Finger, expert indépendant de l’EPFZ

Robert Finger, expert indépendant de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), juge les résultats encourageants, mais encore préliminaires: « Pour l’instant, l’objectif est d’être plus efficace: utiliser moins, tout en conservant les mêmes rendements. Mais à l’avenir, il faudra aller plus loin et utiliser ces technologies pour renoncer totalement aux produits phytosanitaires dans certains cas. »

Le coût, principal frein à l’adoption

Les spécificités de l’agriculture suisse compliquent la généralisation de ces technologies. « Ce sont des technologies coûteuses et toutes les exploitations n’ont pas les moyens nécessaires », souligne Andreas Distel, responsable du service phytosanitaire du canton d’Argovie. « En Suisse, nous avons en plus une grande diversité de cultures, sur des surfaces souvent réduites, ce qui ne justifie pas toujours l’achat de machines très chères. »

Thomas Käser en fait l’expérience au quotidien: « Dans notre exploitation, nous cultivons 30 types de légumes différents. Après chaque utilisation, nous devons nettoyer la machine avant d’entrer dans un autre champ. Ce sont des aspects que nous avons découverts au cours du projet. »

Thomas Käser fait partie des pionniers de l'agriculture de précision en Suisse.
Le maraîcher Thomas Käser utilise des machines ultra-précises pour pulvériser des produits phytosanitaires sur ses salades.

Robert Finger confirme: « Une réduction de 25% ne suffit souvent pas pour rentabiliser les investissements, surtout pour les petites exploitations. Ces investissements comportent aussi des risques importants. »

Un changement progressif

Annett Latsch, chercheuse scientifique à Agroscope, rappelle que la transition prend du temps: « Compte tenu des prix du marché, les exploitations ne peuvent pas changer leurs systèmes de production du jour au lendemain. Les agriculteurs utilisent leurs machines le plus longtemps possible. »

Une solution envisagée est que des entreprises de travaux agricoles acquièrent ces équipements modernes et travaillent ensuite pour le compte d’exploitations.

Un effort commun nécessaire

Pour Thomas Käser, la rentabilité reste incertaine: « Il faudrait que la machine dure extrêmement longtemps pour être amortie grâce aux économies de produits phytosanitaires. Nous voulons progresser dans ce domaine, mais cela doit être un effort commun. »

Les agriculteurs sont prêts à réduire l’usage de pesticides, mais ils attendent aussi une compensation pour le travail supplémentaire que cela représente.

Camille Lanci

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