« Vous allez amplifier une situation déjà critique et les conséquences seront immédiates. Effondrement des constructions, explosions des délais d’attente et du mal-logement. »
Jean-Hugues Ratenon, député de La Réunion
C’est un véritable cri d’alarme que Jean-Hugues Ratenon, député réunionnais de France Insoumise, lance à Naïma Moutchou, la ministre des Outre-mer.
Tout comme son île natale, la Guadeloupe fait partie des cinq départements et régions d’outre-mer en proie à une baisse significative de la ligne budgétaire unique, ce soutien financier à la construction et à la rénovation des logements sociaux.
Cette dévalorisation intervient dans un contexte où la demande est toujours plus importante en Guadeloupe, où 80 % de la population est éligible à bénéficier d’un logement social, et dont la liste d’attente s’élève à plus de 15 000 demandes à l’heure actuelle.
« Pour nous, c’est un choc, très honnêtement, même si on s’attendait à une baisse, mais pas aussi drastique, parce que là, ça a été quand même un effondrement, on va dire, brutal. On est passé de 24 millions en 2025 à 15 millions en 2026. Je peux vous dire que c’est une douche froide pour l’ensemble des bailleurs de la Guadeloupe, à savoir que je représente aujourd’hui la SIG, la SEMSAMAR, la SEMAG, la SPHLM, SIKOA. »
Thierry Romanos, président de l’ARMOS (association régionale des maîtres d’ouvrages sociaux)
Il y a 10 ans, la part de cette ligne budgétaire unique allouée à la Guadeloupe s’élevait encore à 50 millions d’euros. Elle ne devrait pas dépasser les 15 millions en 2026, une situation qui pourrait mettre en péril l’ensemble de l’économie locale.
« On est véritablement sur une poudrière, une bombe à retardement. Donc à un moment, il y aura des percussions au niveau social, peut-être au niveau sociétal, mais en tout cas sur le plan économique, l’adage qui dit que quand le bâtiment tout va, mais là pour le coup, ça ne va pas, ça risque d’avoir un effondrement qui sera beaucoup plus global. »
Thierry Romanos, président de l’ARMOS (association régionale des maîtres d’ouvrages sociaux)
Et effectivement, le secteur du BTP, dont la moitié des activités dépendent des commandes de l’État, déplore actuellement un contexte étouffant.
Avec une nouvelle taxe carbone s’appliquant sur les éléments de construction, l’augmentation des prix des carburants et la clôture à venir des derniers grands chantiers de l’État comme l’hôpital ou la prison de Basse-Terre, les commandes liées aux logements sociaux auraient pu représenter une sorte de bouée de sauvetage.
« Vous voyez le nombre d’entreprises qui sont liquidées chaque semaine à la barre du tribunal, et les quelques entreprises qui restent sont déjà en difficulté. Faute d’activité aujourd’hui, nos entreprises sont en difficulté, que ce soit au niveau du bâtiment, que ce soit au niveau des TP. Même si au niveau des TP il y a des chantiers qui vont démarrer ou qui ont démarré à travers le contournement de la Boucan et tout ça, il y a quelques lycées aussi, mais ça ne suffit pas pour les entreprises et nos artisans qui travaillent. »
José Gaddarkhan, président de la Fédération du BTP
Et outre l’économie de la Guadeloupe, la situation sociale pourrait elle aussi se dégrader profondément.
« Avant, l’État imposait trois personnes pour un logement, maintenant il nous arrive d’avoir six, sept personnes pour un logement. Les bailleurs ne vont pas construire, les gens vont rester dans la rue. Parce qu’il y a quand même plus de 15 000 personnes qui font des demandes de logements. Et ça, on ne peut rien y faire. »
Camille César-Auguste, président de CLCV (Consommation, Logement et Cadre de vie)
Face à toutes ces menaces, les bailleurs sociaux ont déjà sollicité les députés ultramarins, les ministres ou encore le monde du patronat, avec l’espoir de voir l’État revenir sur sa décision.
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