Le projet d’école anglophone s’invite dans la campagne à Dieppe

Invités à se prononcer sur le projet d’une deuxième école anglophone publique sur le territoire de Dieppe, plusieurs candidats ont dit souhaiter en savoir davantage sur les intentions de la province avant de trancher.

Le projet du ministère de l’Éducation de construire une deuxième école anglophone sur le territoire de la Ville de Dieppe soulève des inquiétudes en lien avec l’impact que cette initiative pourrait avoir sur le paysage linguistique de la municipalité.

Ce débat survient dans un contexte de croissance démographique important à Dieppe. Selon la municipalité, sa population est passée de 28 114 résidents en 2021 à 35 400 en  2024. Cette croissance a toutefois aussi fait reculer le poids démographique des francophones.

Lors du dernier recensement de la population en 2021, la proportion des francophones est passée de près de 80 % à un peu moins de 70 %.

Le Tintamarre le 15 août 2019 à Dieppe, au Nouveau-Brunswick, en plein Congrès mondial acadien.

Photo : Radio-Canada / Emmanuelle Robinson

L’un des candidats à la mairie de Dieppe, Michel Melanson, reconnaît qu’il s’agit d’un sujet chaud.

Je reconnais la fragilité de la langue française, dit-il, rappelant qu’il s’est engagé, s’il est élu, à mettre sur pied un comité pour conseiller le maire sur la vitalité de la langue.

Avant de prendre une décision tranchée en faveur ou non du projet, M. Melanson dit vouloir prendre le temps de consulter la population en créant notamment des comités. Il envisage aussi la possibilité d’organiser un référendum à ce sujet.

Portrait d'Hélène Boudreau.

Hélène Boudreau, candidate à la mairie de Dieppe.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

Tout comme M. Melanson, la candidate Hélène Boudreau estime qu’il est encore trop tôt pour elle de prendre position sur le projet d’école puisqu’il lui manque des informations importantes de la part du ministère de l’Éducation, comme savoir si l’école serait une école d’immersion ou non.

Pour Mme Boudreau, ce n’est pas nécessairement aux élus de Dieppe à se prononcer sur cet enjeu, mais plutôt au ministère de l’Éducation de le faire. Elle souligne toutefois l’importance du lieu qui sera choisi afin de construire cette nouvelle école.

Je n’appuierai pas un projet qui se met uniquement dans un quartier qui se dit francophone.

Le candidat Ernest Thibodeau, qui était jusqu’à présent conseiller municipal, n’a pas souhaité accorder d’entrevue à ce sujet.

Tout d’abord, je dois dire que personne n’est venu présenter un projet d’école de langue anglaise au conseil municipal, a-t-il indiqué dans un courriel. Si je suis élu maire de Dieppe et qu’un représentant du District [scolaire] anglais du sud-est ou du ministère nous présente un tel projet, nous aurons à en discuter en conseil et nous nous prononcerons à ce moment-là. D’ici là, je ne me prononcerai pas.

Sonder les résidents de Dieppe

En date du 6 mai 2026, Michel Melanson avait été en mesure de sonder environ 1000 personnes en cognant aux portes de ses concitoyens dans le cadre de la campagne électorale. Même si l’enjeu de l’école anglophone inquiète, plusieurs Dieppois appuient le projet, dit-il.

J’entends qu’il y a probablement 20 % des personnes de la ville qui sont contre l’école et probablement 30 % qui disent qu’on devrait être une ville inclusive, qu’on doit accepter l’école, puis accueillir toutes les langues.

Portrait de Michel Melanson.

Michel Melanson, candidat à la mairie de Dieppe.

Photo : Radio-Canada / Michèle Brideau

De son côté, Hélène Boudreau a remarqué que l’enjeu de cette deuxième école anglophone n’était pas la priorité de la majorité des citoyens. Par contre, elle souligne que plusieurs étaient réellement préoccupés.

L’idée d’une école d’immersion séduit

Malgré le fait que les écoles d’immersion n’existent pas au Nouveau-Brunswick, Hélène Boudreau est d’avis qu’il s’agit d’une piste de solution pour préserver l’héritage culturel et linguistique de la communauté acadienne pour laquelle elle est engagée.

Dans mon monde de rêve, ça aurait été une école avec des étudiants anglophones, mais qui auraient été encadrés par le District scolaire francophone [Sud].

L'École Lou McNarin.

L’École primaire Lou McNarin à Dieppe est la seule école anglophone de la ville jusqu’à présent. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

Michel Melanson voit aussi un avantage à avoir une école d’immersion. Selon lui, beaucoup de familles issues de l’immigration se sont installées sur le territoire de Dieppe au cours des dernières années. Si leurs enfants apprennent le français, ils pourront facilement s’intégrer à la communauté francophone, notamment par le sport.

Notre association de hockey mineur, notre association de ringuette, notre association de soccer, c’est toutes des organismes francophones, souligne-t-il.

Les inquiétudes d’un spécialiste en droit linguistique

Le spécialiste de droit linguistique, Michel Doucet, dit comprendre la volonté de construire une autre école anglophone à Dieppe. Avec ses 800 élèves, la seule école anglophone sur le territoire de la ville, l’école Lou MacNarin, déborde et elle aurait intérêt à être agrandie.

Or, le projet proposé par la province est beaucoup plus grand qu’une simple école, dit-il.

On parle d’une école de la maternelle jusqu’au secondaire qui desservirait une population de 1200 élèves, s’inquiète-t-il.

Portrait de Michel Doucet.

Michel Doucet est professeur émérite en droit et spécialiste en droits linguistiques.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano

Selon lui, ce projet pourrait faire reculer davantage le poids démographique de la communauté francophone.

Avec l’arrivée d’une nouvelle école comme celle-là à Dieppe, il y aura certainement un effet d’attraction et un plus grand nombre de familles anglophones qui s’installeront à Dieppe, ce qui risque de déstabiliser, si on veut, le caractère francophone de la ville, dit celui qui est aussi professeur émérite de droit à l’Université de Moncton.

M. Doucet dit aussi être sceptique à l’idée d’accueillir une école d’immersion sur le territoire de la municipalité.

Le professeur rappelle qu’il existe au Nouveau-Brunswick des programmes d’immersion, mais pas d’écoles d’immersion.

Et même si c’était une école d’immersion, il faudrait à ce moment-là modifier la loi sur l’éducation, précise-t-il.

Les résultats du recensement 2026 vivement attendus

Les deux candidats s’entendent pour dire que les résultats du recensement de la population de 2026, permettront aux élus municipaux de prendre des décisions éclairées en lien avec le dossier d’école anglophone.

Le pourcentage français/anglais [sur le territoire municipal] pourrait être encore diminué davantage, c’est vraiment important qu’on regarde toutes les pistes de solutions, illustre-t-il.

Hélène Boudreau rappelle pour sa part que la Ville de Dieppe a aussi accueilli des allophones au cours des dernières années.

La perception, c’est qu’on a eu beaucoup d’anglophones qui sont venus à Dieppe. Mais moi j’ai un feeling que, peut-être, ça va être égal à d’autres langues. Puis c’est pour ça que le recensement de 2026 va être important, pour qu’on puisse adresser l’ensemble de la communauté.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick doit annoncer les détails de la construction de la nouvelle école anglophone d’ici un an.

Avec les informations de Michèle Brideau

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