Surnom improbable, philosophe et lien avec la France… Qui est le sélectionneur du Paraguay Gustavo Alfaro, futur adversaire des Bleus en huitièmes de finale de la Coupe du monde ?

Ce n’est pas le visage le plus connu de ce Mondial, mais il gagne à l’être. Gustavo Alfaro est à la barre du Paraguay, qualifié pour les 8es de finale de la Coupe du monde après son exploit en 16es face à l’Allemagne, quadruple championne du monde (1-1, 4 tirs au but à 3).

L’Albirroja a désormais rendez-vous avec l’équipe de France, ce samedi 4 juillet à Philadelphie (23h), pour décrocher un ticket en quarts et égaler son meilleur parcours en Coupe du monde réalisé en 2010. C’était en Afrique du Sud et l’aventure s’était soldée par une cruelle défaite (1-0) face à l’Espagne, future championne. Un revers concédé au bout d’un match fou, sous une montagne de regrets. La Roja avait marqué à la 83e minute par David Villa après avoir concédé un penalty raté par la star Oscar Cardozo (59e).

Il y a seize ans, Alfaro n’était pas en poste. L’Argentin était sur le banc de l’Arsenal de Sarandi dans son pays. Même s’il rêve de Coupe du monde depuis l’édition 2006 en Allemagne, qu’il a commenté pour la télé colombienne, le football de sélection lui est encore connu. Le natif de Rafaela fera le grand plongeon avec l’Équateur (2020-22) et continuera la baignade avec le Costa Rica (2023-24). Et s’il atterrit chez les Guaranis en août 2024, c’est par conviction personnelle, le feeling qu’il peut relancer une équipe moribonde.

Il faut dire qu’Alfaro n’est pas n’importe quel entraîneur. Avec lui, le Paraguay n’a pas seulement retrouvé le chemin de la Coupe du monde. Il a renoué avec son ADN, la « garra guarani », la hargne et le sacrifice en version française.

Il a beau détester l’étiquette de « coach défensif » que lui collent volontiers certains médias, il a basé ses succès sur une défense hermétique.

Corrigée par les États-Unis en ouverture (4-1), martyrisée par Christian Pulisic, Folarin Balogun et consorts, l’Albirroja n’avait pas fait honneur à cette forteresse quasi imprenable qu’elle était lors des qualifications. Un bastion qu’elle a reconstruit depuis, face à la Turquie (1-0), l’Australie (0-0) puis l’Allemagne.

Lors des éliminatoires, avec l’ex-milieu de terrain qui n’a jamais pu assouvir ses rêves de jouer en première division argentine, les partenaires du Strasbourgeois Julio Enciso ont signé sept de leurs dix clean-sheets en dix-huit rencontres. Malgré la possession moyenne la plus basse de la zone Am. Sud (37 %), ils ont scalpé le Brésil et l’Argentine à Asunción (1-0, 2-1).

Il déclenche les larmes d’un supporter au supermarché

Pour son capitaine Gustavo Gomez, Alfaro est « comme un père ». Pour les supporters paraguayens, il est le « Professeur » et une idole. Pour ses amis d’enfance, il reste « Lechuga (laitue) » parce que sa coupe de cheveux rendrait hommage aux plants de salades.

L’homme est un phénomène médiatique avec ses phrases philosophiques dont il arrose ses conférences de presse. Certaines de ses interventions peuvent durer quarante-cinq minutes, parce qu’il aime entrer dans le détail. Il a déjà été rapporté qu’il pouvait prendre dix minutes pour répondre à une seule question des journalistes locaux. Ses apparitions publiques sont écoutées en live à la télé ou à la radio, à Asunción et aux quatre coins du pays.

L’Argentine ? Il la compare à l’humidité qui s’infiltre partout pour expliquer la difficulté de la contrecarrer. Son métier de sélectionneur ? « Il n’est qu’un locataire » du poste. La passion pour le foot ? Il dit l’avoir « sacrifiée » sur l’autel des critiques et d’un milieu qui « vous fait passer de héros à zéro en un instant. »

Dans une interview pour le magazine So Foot, il expliquait récemment s’être forgé « une carapace » au fil des années et des désillusions, mais elle n’a pas résisté à l’amour des Paraguayens. Il est touché par les marques d’affection qu’il reçoit depuis sa prise de fonctions. Et qui ne se sont pas raréfiées depuis la qualification pour les 8es, synonyme de jour férié au pays.

Il aime narrer l’anecdote qui le lie à Claudio, un caissier de supermarché. Il en a parlé pour la première fois en mars 2025 devant la presse. « Je poussais mon chariot, je me suis dirigé vers le rayon des légumes et le caissier est venu me voir, décrivait-il. Il m’a serré dans ses bras et s’est mis à pleurer. Il m’a dit : ‘‘Professeur, j’ai vraiment du mal à joindre les deux bouts, mon moment de bonheur c’est quand l’équipe nationale joue’’.  »

Chasseur d’utopies

Alfaro, qui n’a pas été au bout de ses études d’ingénieur chimiste, a écrit un bouquin au titre éloquent : Chasseur d’utopies impossibles. L’ex-coach de Boca Juniors y traite de son expérience en Équateur et prétend qu’il n’existe aucun rêve saugrenu.

Grâce à sa fille Josefina, qui travaille chez l’Oréal à Paris, l’Argentin a un lien avec la France. Il a d’ailleurs eu l’occasion de visiter la capitale. Il y a trouvé « une certaine magie », une beauté, « le rythme d’une chanson mélancolique » et l’énième aphorisme dont il a le secret. Tout un peuple espère qu’il en trouvera d’autres et les bons pour galvaniser ses troupes face aux Bleus.

Samedi, le Paraguay veut poursuivre son rêve. Il sait faire déjouer ses adversaires et l’équipe de France est prévenue : attention à la mauvaise salade.

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